Ménestrier: la nouvelle méthode raisonnée du blason

Abschrift eines Textes von C.F. Ménestrier aus dem Jahre 1696, in einer Überarbeitung von 1734.


Meine Quelle: https://play.google.com/books/reader?id=YO1GAAAAcAAJ&printsec=frontcover&output=reader&hl=de&pg=GBS.PA92


La nouvelle méthode raisonnée du blason, pour l’apprendre d’une manière aisée, réduite en leçons, par demandes & par réponses

Reduite en Leçons, par Demandes & par Réponses par le P.C.F. Menestrier de la Compagnie de Jesus. Enrichie de figures en taille douce. Nouvelle Edition, revue, corrigée & augmentée.
A LYON,
Chez les Frères BRUYSET, rue Merciere, au Soleil, & à la Croix d’or.
MDCCXXXIV. [=1734]
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
A LA TRÈS-NOBLE ET TRÈS-ILLUSTRE EGLISE DE LYON.
Qui a le Roy pour premier Chanoine d’honneur, pour Archevêque Messire Charles-François de Chateauneuf de Rochebonne, Conseiller du Roy en tous ses Conseils, Corate de Lyon, Primat des Gaules, Pair de France, & trente-deux Chanoines Comtes de Lyon.
TRES NOBLES ET TRÈS ILLUSTRES SEIGNEURS, Les Instructions que je donne à la jeune Noblesse sur la pratique des Armoiries, dont la connaissance a reçu le nom de Blason, ne peuvent paroître sous une Protection plus heureuse que la Vôtre, puisque plusieurs Historiens ont nommé vôtre auguste Chapitre la Pierre de touche de la Noblesse, par le privilège que vous avez, de ne recevoir parmi vous que des Gentils-hommes, selon vos anciens Statuts, confirmez par tant de Bulles des Papes, &c par tant de Lettres patentes de nos Rois.

L’exactitude avec laquelle vous vous maintenez en l’observance d’un Statut si glorieux à vôtre Eglise, a conservé la pureté du sang en plusieurs illustres Maisons de nos Provinces voisines, qui auroient peut-être dégénéré par des alliances moins pures, si elles n’avoient eu en vue de ne pas se fermer l’entrée d’une Compagnie, qui a l’honneur d’avoir nos Rois pour associez., & d’avoir eu plusieurs grands Princes, qui se sont assujettis à cette Loi des preuves que vous exigez avec tant de circonspection de ceux qui veulent être agregez parmi vous.

L’histoire de vôtre Eglise que j’espere de publier un jour en fera mieux connoître la grandeur que ce petit ouvrage que je vous presente pour vous marquer le profond respect avec lequel je suis,

Tres-nobles ET TRES-ILLUSTRES Seigneurs,

Vôtre très-humble & très-obéissant serviteur,

C.F. MENESTRIER de la Compagnie de Jesus.

Avertissement

Il y a trente-cinq ans que je publiai pour la premiere, fois une Méthode du Blason, qui s’est imprimée plusieurs fois, & qui a été imitée ou contrefaite en plus de cinq ou six éditions faites par des Plagiaires, & par des personnes peu intelligentes des principes de cet Art. On me sollicitoit depuis long- tems d’y mettre la derniere main, & de la rendre également utile à la jeunesse, qui veut s’instruire de la pratique des Armoiries, & à ceux qui veulent pénétrer plus avant dans les misteres de ces marques de Noblesse, qui ont eu tant de cours depuis cinq ou six siècles, qu’elles font aujourd’hui les plus, glorieux monumens de l’ Antiquité, & de la splendeur des Familles les plus distinguées dans le monde.

C’est ce qui m’a obligé de traiter cette matiere d’une maniere géométrique, par des regles aisées &C suivies, qui en découvrent les divers usages, fondez sur, des principes naturels & de bon sens, qui semblent régner universellement dans toutes les inventions de l’esprit humain, quelques casuelles qu’elles paraissent, & dépendantes plutôt du caprice que d’un profond raisonnement. Ceux qui aiment à raisonner sur les moindres choses, sont bien aises d’être conduits de cette sorte à la connoissance de ces usages & de ces pratiques introduites insensible ment, fans que ceux qui en ont été les premiers auteurs ayent eu dessein de les conduire aussi loin qu’elles sont allées dans la suite des tems. Ceux qui bâtirent les premiers des Maisons pour se loger, ne songerent d’abord qu’à se mettre à couvert des injures des Saisons. Que n’a-t-on pas depuis inventé pour la commodité des édifices, pour leur solidité & pour la délicatesse de leurs ornemens. C’est ce qui a fait de l’Architecture l’un des plus beaux Arts, & même une Science qui fait l’une des plus belles parties des Mathématiques.

Cependant pour accommoder ces principes raisonnez à l’instruction de la Jeunesse, je les ai reduits en demandes & en réponses, & distinguez par leçons, à la maniere des Catéchismes, qui sont une Théologie familiere qui propose aux enfans les plus grandes veritez de nôtre Religion d’une maniere aisée, qui exerce leur mémoire & les prépare insensiblement à s’instruire un jour plus à fond de ces misteres par des études plus serieuses.

Ceux qui voudront pénétrer plus avant dans le Blason trouveront en huit ou dix autres Ouvrages que j’ai donnez sur cette matiere de quoi satisfaire leur curiosité. Ces, Ouvrages sont un Traité de l’origine des Armoiries; un autre des ornemens qui les accompagnent ordinairement pour distinguer les dignitez, les emplois & la qualité des personnes.

Un Traité de la pratique des Armoiries des diverses Nations de l’Europe: un autre de l’usage du Blason pour les diverses conditions. Un Traité des recherches curieuses du Blason. Un autre des- diverses especes de Noblesse: un des preuves de Noblesse par les Armoiries. Un autre de la Chevalerie ancienne & moderne. Un de la manière de placer les quartiers pour les preuves & les généalogies. L’Art du Blason justifié. Un jeu de Cartes du Blason, & une autre espece de jeu semblable au jeu de l’Oye sous le titre du chemin de l’honneur.

NOUVELLE METHODE RAISONNÉE, POUR APPRENDRE

le Blason d’une maniere aisée, reduite en Leçons par demandes & par réponses.

PREMIERE LEÇON.

Demande: Qu’est – ce que le Blason?

Réponse: C’est l’Art d’expliquer en termes propres toutes sortes d’Armoiries.

D. Qu’entendez-vous par Armoiries ?

R. J’entends ces signes, ou marques d’honneur, composées de figures & de couleurs fixes & déterminées, qui servent à marquer la Noblesse & à distinguer les Familles, qui ont droit de les porter.

D. Pourquoi les nomme-t-on Armoiries ?

R. Parce qu’ordinairement elles se portent sur les armes, sur le bouclier, sur la cotte d’armes, dans les bannieres & pennons: & parce que c’est à la guerre, & dans les Tournois qui sont des faits d’armes, qu’elles ont commencé.

D. Que signifie le mot de Blason ?

R. Il signifie une chose proclamée à son de trompe, & vient de l’Allemand Blasen qui signifie sonner de la trompe, Parce qu’aux Tournois ceux qui s’y alloient presenter, portoient une trompe pour appeller les gardes du pas, & pour leur presenter leurs armoiries, pour marque de leur noblesse.

D. Quelles sont les figures qui entrent en armoiries ?

R. Toutes sortes de figures, que l’on peut réduire sous quatre especes.

D. Quelles sont ces especes ?

R.

  1. Les figures de tous les corps que l’on nomme naturels, & qui peuvent être sensibles à la vue, comme le Soleil, les Astres, les Pierres, les Elemens, les Plantes, & les Animaux.
  2. Les figures artificielles qui sont les ouvrages des mains des hommes,comme les bâtimens , les ustenciles , les instrumens de guerre de chasse, de divers métiers, &c.
  3. Les figures que l’on nomme heraldiques, qui se font par des traits diversement tirez sur l’Ecu ou la Cotte d’armes.
  4. Enfin les figures du caprice, comme sont certains monstres chimeriques, des Hydres, des Harpies, des Centaures, des Diables, &c.

D. Toutes ces figures ont elles leurs couleurs determinées?

R. Oui: & tellement fixes qu’il n’est pas permis de les changer.

D. Combien y a-t-il de couleurs en armoiries ?

R. Il y en a huit, à savoir le blanc, le jaune, le bleu, le vert, le rouge, le noir, & la couleur de chair pour les parties du corps humain, & la couleur naturelle des fleurs, fruits, & animaux.

D. Ces couleurs ont-elles des noms particuliers dans le blason ?

R. Oui: le nom general sous lequel elles sont toutes nommées est celui d’Emaux, parce qu’on les émailloit sur les armes; ainsi la plaque que portaient les Hérauts d’Armes & les Poursuivans avec les Armes du Prince dont ils étoient les Hérauts, se nommoient Email, & nous disons les Emaux du Blason ou des Armoiries.

D. Ce nom est géneral, dites-vous, quels sont les particuliers ?

R. La couleur blanche se nomme Argent, la jaune, Or, le bleu Azur, le rouge Gueules, le verd Sinople, le noir Sable, les deux autres se disent de Carnation pour les parties du Corps humain, & au naturel pour les Animaux, Plantes, Pierreries, &c. qui ont des couleurs qui leur sont propres.

D. Pourquoi nommez vous la couleur blanche Argent, & la couleur jaune Or ?

R. Parce qu’elles passent pour metaux en Armoiries, & c’est une regle du blason de ne pas mettre metal sur metal, ni couleur sur couleur.

D. Pourquoi cela ?

R. Parce que c’est des habits que les Armoiries tirent leur origine à cause des cottes d’armes, & c’étoit l’usage de ces tems-là pour les habits, de ne pas mettre or sur argent, ni argent sur or, ni Etofe de couleur sur Etofe de couleur; mais de mettre l’or & l’argent sur les Etofes , ou les Etofes sur l’or ou l’argent.

D. Cette regle étoit-elle generale ?

R. Oui: à la reserve des fourrures qui n’étant pas moins précieuses que l’or & que l’argent, se mettoient indifferemment sur l’un & sur l’autre; quoique le plus souvent elles se pratiquoient avec les Etoses de couleur, au lieu de l’or & de l’argent.

D. Quelles étoient ces fourrures ?

R. L’hermine blanche & noire, & les petits gris nommez Vairs, du nom d’un animal dit en Latin varus.

D. Comment se nommoient ces fourrures en Blason ?

R. Elles se nommoient pannes ou pennes, parce qu’elles étoient attachées aux Etofes des habits & cottes-d’armes, affut a pannis

D. Quelle difference faites-vous entre ces fourrures ?

R. Que l’Hermine est blanche à mouchetures noires, & le Vair est blanc &c bleu, comme la peau de cet animal, qui est blanche sous le ventre, & sur le dos, d’un gris tirant sur le bleu.

D. N’y a-t-il point d’autre couleur pour ces pannes ?

R. Elles peuvent être de toutes couleurs usitées en armoiries, mais alors il faut en blasonnant spécifier ces couleurs, & dire un tel porte de gueules, de sinople, de sable, &c à mouchetures d’hermine, d’argent, d’or, où d’or à mouchetures de Sable, d’azur,

II LEÇON.

D. Puisque toutes sortes de figures peuvent entrer en armoiries, me pourriez-vous donner des exemples de ces figures portées, dans les armoiries?

R. Très-volontiers: le Soleil t par exemple, fait les armoiries d’un grand nombre de familles,

  • la Maison d’Aligre dont il y a eu deux Chanceliers, porte en chef trois Soleils, & pour devise non uno gens splendida Sole;
  • Poussart en porte trois avec un Ecusson d’Ecars au milieu;
  • Amelot, en porte un en chef sur trois coeurs;
  • Tressol en Bretagne en porte trois.

D. Et la Lune entre-t-elle en armoiries ?

R. Elle y entre sous toutes les figures qu’elle a naturellement: pleine, en croissant, avec figure, & sans figure.

D. Que voulez- vous dire avec figure & lans figure ?

R. Je veux dire avec ces traits qui lui donnent une figure humaine, des yeux, un nez, & une bouche, ou simplement en croissant sans ces traits c’est ce qui se pratique aussi pour le Soleil, qui se nomme ombre du Soleil, quand il n’a pas ces traits de visage humain comme les quatre qui accompagnent la Croix des armoiries des Huraults ; les Illuminati de Genes portent un croissant de Lune figuré avec un flambeau allumé.

D. Les autres Astres entrent-ils en Armoiries ?

R. Oui: même des constellations entières, comme celle du Taureau, qui est portée par quelques familles.

D. Les exemples des Etoiles sont si frequens que je ne vous en demande rien ?

R. Elles remplissent une infinité de blasons, il y en a aussi plusieurs qui portent des Cometes, qui sont des Etoiles à queues; l’arc-en-ciel, la pluye & quelques autres météores y entrent aussi, & la sphere du feu, comme vous remarquerez aux armoiries des Bellegardes de Savoye & en quelques autres.

D. Quels sont les autres corps naturels, qui entrent en Armoiries ?

R. Les Pierres, les Rochers, les Montagnes, les Isles, les Pierres précieuses, les Diamans, les Rubis, les Escarboucles, &c.

D. Et les plantes, n’y entrent-elles pas ?

R. Oui, de toutes sortes, les herbes, les fleurs, les fruits, les arbrisseaux, les arbres & leurs branches, leurs troncs, &c. pour lesquels le plus souvent on observa la couleur qui leur est propre.

D. A l’égard des Animaux, y a-t-il quelque distinction à faire ?

R. Non: ils y peuvent tous entrer, ou leurs parties, têtes pattes, demi corps, ailes & leurs peaux mêmes: ou dépouilles, comme les Vairs & les Hermines.

D. Le corps de l’homme y peut-il être admis ?

R. Oui, & de plusieurs manieres differentes, nud, vécu, & sous des figures particulieres de Sauvage, de Dieux de la Fable, de Soldat, de Moine, d’Homme, ou de Femme, d’Enfant de Vieillard; car il y a des exemples de tous ces usages.

D. Les parties separées y peuvent- eìles être reçues ?

R. Oui : Comme la tête, les bras, les jambes, les cuisses, le coeur, les yeux, les os, la main, le pied, &c.

D. Tout cela doit donc être representé de carnation ?

R. Il n’est pas necessaire, puisqu’on en voit de diverses couleurs.

D. A propos de cette diversité, d’où vient que l’ont voit des Lions, des Aigles & d’autres animaux, d’Hermine, de Vair, Echiquetez, Lozangez de diverses couleurs, puisqu’il n’y en jamais eu dans la nature de cette sorte ?

R. Cela vient de l’usage des Cottes d’armes qui se portoient dans les Armées & dans les Tournois, & qui se faisant de diverses Etofes & de pieces rapportées selon les modes de ces tems-là, ont representé les devises & les symboles de ceux qui les portoient de cette sorte; ainsi il y a des Crossans, des Fleurs, des Lions & d’autres corps semblables d’Hermine, de Vair, lozangez, burellez, échiquetez, &c.

III LEÇON.

D. Comment entrent en Armoiries les corps artificiels ?

R. De la même maniere que les corps naturels; & il n’est rien de visible, c’est- à-dire, qui ait quelque figure qui n’y puisse être reçu.

D. N’y a-t-il point pour cela de distinction à faire ?

R. Il y en a trois ou quatre, la premiere que les Offices & les Dignitez, y ont introduit certaines figures propres de ces dignites, les Couronnes, les Sceptres, les Diadèmes & d’autres semblables marques d’honneur. Les dignitez Ecclesiastiques, la Thiare, les Clefs, la Croix, la Crosse, la Mitre, le Pallium, la Main qui benit, les Anneaux, les Chandeliers, les Livres, l’Encensoir, &c. Les Offices d’Echanson v de Panetier, de Sénéchal, de Maréchal, d’Ecuyer, de Chambellan, &c, y ont fait prendre des Coupes, des Bouteilles, des Bannieres, des Epées, des Chevaux, des Etriers, &c. la seconde & là plus génerale est le rapport au nom des personnes qui a fait les Armoiries que l’on nomme parlantes : la troisiéme , Certains droits & certaines Juridictions, sur les passages des rivieres, qui ont fait prendre des bacs, des vaisseaux, des avirons,. des tours, des châteaux, des ponts, &c. des droits de servitudes, qui ont fait prendre des charrues, des chariots, des jougs des roues, des fers de moulin, des faulx, des râteaux, des herses, des poêles, des chauderons, &c. La pieté enfin y a fait recevoir des croix, des calices, des Images des Saints, des Reliquaires, le Nom de Jesus, le Cordon de Saint François, des Chapelets, des Eglises, &c.

D. L’inclination & le caprice n’y ont-ils point eu de part ?

R. Oui sans doute: ainsi l’inclination à la chasse, ou à la pêche ont fait prendre des instrumens de l’une ou de l’autre: des cors, des épieux des dards, des couples de chiens, des rets, des hameçons, des nasses, &c.

L’inclination à la musique, a fait prendre des flûtes, des haubois, des luths, des harpes, des violons, des siflets, &c.

D. Quelles sont les choses les plus ordinaires, en armoiries de tous ces corps artificiels?

R. Les Bâtimens, & les Armes, à cause des Fiefs, & de la guerre, ainsi on y voit grand nombre de Châteaux, des Tours, des pans de mur, des pieces crenellées, où bretessées, des Eglises, des ponts, des portes, &c. des lances, des piques, des épées, des chausse-trapes, des étriers, des fers de lance ou de pique, des roquets de lances, des trompettes,. des tambours, des étendars, des tentes, des éperons, des molettes d’éperons, des écussons, des fleches, des masses d’armes, des arcs,, des fleches, &c.

D. Les vêtemens n’y ont-ils point de part?

R. Ils y ont la meilleure part, puis qu’outre les bonnets, chapeaux, houssettes, souliers, bottes, bottines, gands, manteaux, chaperons, chemises, ceintures, boucles, rubans, dentelles,, manches, manchons, fourrures, écharpes, . colliers, bracelets & autres ornemens. C’est des vêtemens qu’on a tiré toutes les Figures, que nous nommons Heraldiques, le parti, le coupé, le tranché, le taillé, l’écartelé, .le fascé, le palé, le bandé, le burelé, le cotticé, les points équipolez, les jumelles, . les herses, les fasces:, les bandes, les chefs , les chevrons , les sautoirs , les bordures , les gyrons , les piles, les quartiers, l’échiqueté, le fuselé, le lozangé, & plusieurs autres figures semblables.

D. Vous m’apportez une foule de termes auxquels je n’entens rien ?

R. Ce sont aussi les Figures que nous nommons Heraldiques, parce qu’elles sont si propres au Blason, que l’on a besoin de le servir des termes propres de l’Art Heraldique pour les expliquer.

D. Comment dites- vous donc, que c’est des vêtemens que ces Figures, & ces termes ont été tirez ?

R. Parce qu’il y a cinq ou six siecles que l’on s’habilloit de ces sortes d’habits mi-partis, comme sont encore les robes des Echevins de plusieurs Villes: d’habits pallez comme ceux des trompettes & des tambours de plusieurs Compagnies, ou Regimens: d’habits lozangez, échiquetez & burellez comme sont les étofes rayées; comme cet usage a changé, les termes, qui expliquoient ces étofes differentes ont change, & vous ne les entendriez pas.

IV. LEÇON

D Puisque ces Figures que vous nommez Heraldiques sont plus, difficiles à entendre que les autres, je serois bien aise d’avoir quelque methode facile pour les retenir ?

R. Je veux vous en donner une la plus aisée du monde.

D. Et comment ?

R. Il faut supposer que toutes ces figures se font par le moyen de quatre lignes. Par une ligne tirée du haut en bas, comme seroit de la tête aux pieds, que nous appellons ligne à plomb ou perpendiculaire dont voici la figure. |

D. Je la conçois.

R. Il y en a une autre tirée toute droite & couchée comme les lignes d’un livre imprimé que nous nommons ligne horizontale –

D. Je l’entend.

R. La troisiéme est une ligne traversante de droit à gauche que l’on nomme diagonale, \ Et la quatriéme est celle qui tire de gauche à droit obliquement./

D. C’est-à-dire , que ces deux lignes mises l’une sur l’autre sont la Croix de Saint André ? X

R. Justement vous l’entendez.

D. Et de quoi me sert de l’entendre ?

R. Pour vous faire concevoir toutes les figures heraldiques.

D. Comment cela ?

R. Parce que la ligne à plomb, ou de haut en bas fait dans les Armoiries, le parti, l’addextré, le senestré, le pallé, le vergetté.

D. Ce sont termes, où je n’entens rien ?

R. Vous les entendrez avec le tems, & par les figures que je vous donnerai.

D. Poursuivez donc ?

R. La ligne couchée ou horizontale: fait le chef, le coupé, la fasce, la trangle, la champagne, le fascé, le burelé, les jumelles en fasce, le hersé en fasce. La ligne diagonale de droit à gauche fait le tranché, la bande, le bandé, le cotticé, les jumelles en bande, le hersé en bande.

La ligne traversante de gauche à droit, d’un angle d’en haut de l’Ecu à l’angle d’en bas opposé, forme, la taillé; la barre, le barré; le filet de bâtardise, le hersé en barre.

D. Comment une seule ligne peut-elle produire tant de figures differentes?

R. Etant multipliée. Ce sont ces mêmes lignes, qui jointes ensemble & diversement combinées sont plusieurs autres Armoiries.

D. Quelles Armoiries?

R. L’Ecartelé se fait de la ligne à plomb & de la ligne couchée mises en croix, comme les deux que vous avez dit faire la Croix de Saint André sont l’écartelé en sautoir: or ces quatre sortes de lignes diversement combinées & multipliées sont les points équipollez, l’échiqueté, le lozangé, le fuselé, le fretté, le sautoir, &c. dont les termes ne doivent pas vous éfaroucher, parce qu’ils sont tout le secret du Blason, qui, ne consiste presque qu’à entendre ces termes.

D. Comment me les ferez-vous entendre ?

R. En vous les expliquant, & en vous montrant les figures pour lesquelles ils sont employez; c’est pour cela que je vous ai dit d’abord, que le Blason est l’art d’expliquer en termes propres , tout ce qui entre dans les Armoiries, c’est-à-dire, toutes les figures qui les composent.

D. Dites-moi en peu de mots, &c méthodiquement ce qu’il faut faire pour apprendre ce chaos de figures, & de termes ?

R. Je vous le dirai une autrefois, & pour une autre leçon.

V. LEÇON.

D. Vous m’avez promis de m’expliquer en peu de mots en quoi consiste tout l’Art Heraldique, ou toute la connoissance du Blason?

R. Je suis prêt de le faire, & pour commencer je vous dis qu’il y a six choses à apprendre touchant les Armoiries.

La premiere, est le Champ, ou le Sol sur lequel elles sont placées. La séconde, les Figures qui les composent, & qui occupent ce champ, ou entierement ou en partie.

La troisiéme, la position de ces Figures, ou leur situation.

La quatriéme, la disposition de ces Figures qui se répondent les unes aux autres & qui sont ondées, canelées, arrachées, coupées, liées, entrelassées, &c. Ainsi la position s’explique par rapport au Champ, & la disposition par rapport aux Figures.

La cinquiéme, sont les Emaux, ou Couleurs de ces figures.

La sixiéme, les ornement qui accompagnent les Armoiries, & qui leur sont extérieurs.

D. Quand je sçaurai donc cela sçaurai je le Blason?

R. Vous en sçaurez autant que la plupart des Livres en enseignent, mais quand vous en serez là, si vous voulez penetrer plus avant, je vous enseignerai leur origine, leurs usages, les pratiques de toutes les Nations de l’Europe, les manieres de placer les quartiers, & de dresser les Genealogies.

D. Je n’en veux pas tant apprendre aujourd’hui, je me contente de vous repeter ce que vous venez de me dire, qu’il y a six choses à considerer dans les Armoiries, le Champ qui les porte & où elles sont placées : les Figures, la position de ces Figures sur le Champ, leur disposition, leurs couleurs, & les ornemens extérieurs qui les accompagnent ?

R. Fort bien : je veux vous les expliquer l’une après l’autre; le Champ ou le Sol des armoiries est l’écu, la cotte d’armes, & la banniere qui servent de champ aux figures.

D. Je connois bien l’écu & la banniere, mais qu’est-ce que la cotte d’armes ?

R. C’est une espece de tunique semblable à celles des Diacres & des Soû-diacres, que les Chevaliers portoient en guerre & dans les Tournois sur leurs armes, & qui étoient figurées de leurs blasons pour les faire connoître.

D. N’est-ce pas ce que j’ai vu en plusieurs verrieres d’Eglise, sur des tombeaux & en plusieurs vieilles peintures ?

R. C’est cela même.

D. J’ai aussi remarqué les armoiries en plusieurs cartouches differens de plusieurs figures bizarres ?

R. C’est selon la fantaisie de quelques nations particulieres.

En France l’écu est comme quatre un peu plus long que large, qui en bas s’arrondit & se termine en pointe sur le milieu de sa base, anciennement il étoit presque triangulaire, & un peu incliné ou penché sur le côté; les Italiens, le portent souvent ovale ou approchant de l’ovale, les Espagnols l’arrondissent en bas, les Allemans le font en cartouche assez souvent, & les filles le figurent en lozange; ce que quelques femmes ont aussi observé, le quarré en forme de banniere est le propre des Chevaliers Bannerets de Poitou & de Guienne, voilà pour ce qui regarde le Champ.

D. Laissez-moi vous repeter ce que vous venez de dire pour voir si je l’aurai bien retenu ; vous distinguez la Cotte-d’armes, la Banniere & l’Ecu ; l’Ecu est quarré, long, an peu arrondi & pointu sur le milieu de la base, pour les François ; l’Antique, triangulaire & panché ; l’Italien en ovale; l’Allemand en cartouche; l’Espagnol arrondi en bas; il est quarré pour les Bannerets de Poitou & de Guienne, & en lozange pour les filles & quelques femmes ?

R. Vous pouvez passer maintenant à l’intelligence des figures.

VI. LEÇON.

Pour proceder avec methode dans les connoissances des Figures, je suppose que vous connoissez toutes les figures naturelles , le Soleil, la Lune, les Etoiles, les Cometes, l’Arc-en-Ciel, les Pierres, les Plantes, les Animaux &c. & la plupart des Figures artificielles, comme les Tours, les Châteaux, les Armes, les Instrumens des arts, &c. Ainsi sans m’y arrêter, je viens à celles qui sont moins connues ou qui ont des noms particuliers dans le Blason.

D. Vous me ferez plaisir.

R. Je vous ai déja dit que l’on nomme Ombre de Soleil, celui qui n’a pas une figure humaine. On nomme aussi Lunels quatre croissans appointez & joints en rose.

D. J’en connoissois les Figures sans sçavoir les noms.

R. Il y a quelques parties du Corps humain qui ont aussi des noms particuliers, le bras droit se nomme dextrochere, le gauche senestrochere, deux mains jointes une foy, la tête & la poitrine bust.

D. Parmi les Animaux quels termes particuliers ont les Figures ?

R. Un serpent se nomme bisse, ou guivre, particulierement quand il devore un enfant; une tête de front se dit rencontre; le Lyon qui passe & qui montre les deux yeux se nomme Léopard; un Aigle sans bec & sans pieds, aux aîles étendues se nomme Alerion, comme des petits Oiseaux sans bec & sans pieds, les aîles serrées se nomment merlette & canette ; deux aîles étendues & jointes, ensemble se disent un vol, une seule, un demi vol; une dent de Sanglier se nomme défense; les barbeaux poissons se disait bars; la tête du Sanglier hure, une tête de Cerf ou de Boeuf, décharnée se nomme massacre.

D. Parmi les plantes y a-t-il quelques noms particuliers?

R. Oui: une espece de prunier sauvage se nomme Crequier comme celui de Crequi. On nomme tierce-feuilles les treffles sans queue, quinte feuilles les fleurs de Pervanche de cinq feuilles percées au milieu, Coquerelles les fleurs où les bourses d’une espece de Solanum qui sont comme des noisettes vertes & en fourreau.

D. Parmi les instrumens des Arts, y en a-t-il qui ayent des noms particuliers ?

R. Oui: les fers des meules de moulin se nomment Anilles; les grands anneaux à attacher les cables se nomment Vires, particulierement quand ils sont deux ou trois l’un dans l’autre, les haches des Tonneliers Douloires comme celles de Renty; des épées larges en coutelas & courbées Badelaires; les bouts des fourreaux de ces épees Bouteroles; une bande de fer à tenir une porte sur ses gonds un bris d’huis; les boucles des ceintures & baudrier, des Fermaux; les fasces danchées, des de Scie; une piece en quarté long comme une brique, une Billette; les flans des monnoyes d’or & d’argent Bezans; & les gâteaux ronds & plats comme les besans, mais de couleur, Tourteaux ; une anse de chauderon Corniere. Un linge autour des têtes de mores Tortil; une banniere d’Eglise Gonfanon; les cordes d’un Anchre Gumenes; le bois traversier qui la tient Trabe; des pieces d’étoffes longuettes à deux, trois, quatre, cinq ou six piéces pendantes, Lambels; les pieces découpées d’étoffes, qui couvrent & accompagnent le cas que dans les armoiries Lambrequins; des chausiès pour les Jambes Houlet tes; les cors de chasse Huchets; les quartaux comme ceux des vitres posez sur une de leurs pointes Lozanges; une semblable figure ouverte à jout comme une maille de filet Macle, ouverte en rond Rustre; une figure semblable à une amande pelée Otelle, une Figure en Y Pairle, un Chapeller Patenostre, une roue sans janres ray; & ray d’Escarboucle, quand elle a une pierrerie au milieu, & quand ses bâtons sont fleurdelisez aux extremitez; un fer ‘ de lance morné, c’est-à-dire, courbé en deux sur les côtez Roc ou Roquet; la Croix de S. André Sautoir, une dentele ouvragée autour de certaines Figures Trescheur, les Coquilles de S. Jacques dont on voit le dedans, Vannets.

D. Pourriez- vous me montrer les Figures de toutes ces sortes de choses ?

R. Très-volontiers, & par ordre alphabetique, après vous avoir donne celles de divers Champs ou Sols.

D. Il me semble que vous me donnez là des figures dont vous ne m’aviez pas parlé des noms ?

R. Quelles sont-elles ?

D. Vous me montrez des Buttes, des Chaussetrapes, des Fanons, des Fusées des Hies, des Herses & des Nilles?

R. Je veux vous les expliquer. Une Butte est cet instrument dont les Marechaux se servent pour couper la corne des Chevaux, quand ils veulent les ferrer. Les Chaussetrapes sont des pieces, de fer à quatre pointes, dont l’une est: toujours droite tandis que les trois autres la soutiennent, on s’en sert en tems de guerre pour les jetter dans les lieux où doit passer la Cavalerie, pour blesser les Chevaux. Le Fanon est une pièce d’étofe pendante d’une manche ou de quelque autre chose. Il y a deux sortes de Herse; l’une à fermer les portes des; Villes qui se nomme Herse sarrasine, l’autre à couvrir les sillons & à rompre Les mottes de terre quand on a semé. La Hie est un instrument qui sert à planter des pieux, ou à paver, ou à piloter. Les Nilles sont la même chose que les annilles.

D. N’y a-t-il point d’autres Figures, dont les noms soient aussi inconnus ?

R. Il y en â plusieurs entre les instrumens des Arts qui sont moins en usage parmi nous, & dans l’usage de certains Païs, qui ont des bâtimens-des meubles & des ustenciles qui leur sont particulieres, comme en Angleterre, il y a des fers de Dards que l’on nomme Pheons: des bourses de cuir qui fervent à élever l’eau avec des Roues que l’on nomme bouges en Armoiries, & les Anglois water Bougets; il y de cette sorte en Allemagne des instrumens à porter des verres, & les Falconieri d’Italie ont une espece de brancart à porter plusieurs faucons, ou autres oyseaux de proye, c’est à quoi il faut prendre garde quand on veut blasonner les Figures extraordinaires des Armoiries des Païs Etrangers, il faut, tâcher d’apprendre les noms qui leur sont propres, pour ne pas tomber dans les erreurs de certains Blasonneurs, qui prennent souvent des Figures, pour ce qu’elles ne sont pas.

VII. LEÇON.

D. la representation de ces figures que vous venez de me mettre, devant les yeux, & l’explication que vous en avez faite, me les sont parfaitement connoître.

R. Je vous en donnerai une intelligence plus parfaite en vous enseignant: leurs usages dans le Blason: parce qu’elles y ont divers attributs, qu’il faut expliquer en termes propres, ce qui n’est pas la moindre Partie de l’Art du Blason, puisque c’en est la Grammaire.

D. Pourquoi appellez-vous ces termes la Grammaire du Blason ?

R. Parce que comme la Grammaire enseigne à lier le Substantif & l’Adjectif, le Nominatif & le Verbe, le Relatif & l’Antecedent le Verbe & le Cas qu’il regit; cette partie du Blason enseigne à expliquer la situation, la disposition & la composition ou l’assemblage de ces figures dans les armoiries.

D. Chaque figure a donc des attributs, qui lui sont propres?

R. Oui; il y a cependant des attributs generaux qui conviennent à la plupart des figures. Mais pour ne pas vous embarrasser, commençons par les attributs des figures naturelles que vous connoissez.

D. Vous me ferez plaisir; car il est plus aisé de proceder des choses que l’on connoît, à celles qu’on ne connoit pas, que d’expliquer des choses inconnues par d’autres qui ne le sont pas moins. Vous m’avez dit que les figures des Corps naturels, sont les Astres, les Elemens, les Pierres, les Plantes, &c. Commençons s’il vous plait par les Astres ?

R. J’en suis content. Le Soleil figuré avec des yeux, une bouche & des rayons, se dit simplement Soleil sans autre attribut, parce que c’est sa figure naturelle en armoiries. Quand il n’a pas ces traits il se nomme ombre de Soleil, que je vous ai representé.

D. Je l’ai vu.

R. Quand il meut de l’angle de l’Ecu d’où il semble sortir, on le nomme Horizonté à dextre, ou à senestre suivant sa disposition, Naissant quand il meut du chef, & qu’il ne paroît qu’à moitié, & Couchant quand il meut, sa pointe. Ce que vous verrez dans les figures, ainsi ne vous inquietez pas sur ce que vous ne comprendrez pas d’abord, les figures vous le feront connoître.

D. Et la Lune ?

R. La Lune peut être Horizontée comme le Soleil, elle est rare en armoiries pleine & entiere. Le Croissant y est plus ordinaire.

D. Quels sont les attributs du Croissant ?

R. Il peut être montant, verse, tourné & contourné. Quand ses deux pointes aboutissent vers le chef ou le haut de l’Ecu, il est montant, ce qu’il n’est pas necessaire d’exprimer, parce que c’est sa situation naturelle dans les armoiries. Quand au contraire ses deux pointes regardent le bas ou la pointe de l’Ecu il est versé. Quand elles regardent le flanc dextre de l’Ecu, il est tourné, & contourné quand elles regardent le gauche.

D. J’entens cela: mais quand, il y a plusieurs Croissans diversement disposez, n’y a-t-il point de termes propres pour énoncer ces dispositions ?

R. Oui sans doute: deux Croissans peuvent être addossez, acculez, appointez, entrelacez. Quand il y en a quatre appointez, les Espagnols les nomment Lunels.

D. J’en ai vû la figure; passons s’il vous plaît aux Etoiles ?

R. Je le veux bien. Les Etoiles sont Rayonnantes, Cometécs, de cinq de six, de huit & de seize Rais. Elles le disent Rayonnantes, quand entre leurs grandes pointes, il y a des filets de rayons. Cometées, quand elles ont une queue. Ce sont leur pointes, qui se nomment Rais. En France elles en ont ordinairement cinq, & il n’est pas necessaire d’en exprimer le nombre, les autres pais leur en donnent ordinairement six, particulierement en Italie. Quand elles en ont 8 ou 16 il faut en exprimer le nombre. Quand les Etoiles- ne paroissent qu’à demi & sortent de quelque autre figure, elles sont dites Eclipsées.

D. N’y a-t-il que ces attributs pour les Astres ?

R. Il y a encore des rayons de lumiere sortans des Angles de l’Ecu, qui se nomment simplement Rais, dont il faut exprimer la disposition, en disant mouvant de l’Angle dextre, de l’Angle senestre du chef, ou de la pointe. Il ya aussi des croix qui sont cantonnées de semblables Rais.

D. Pour les Elemens, quels en sont sont les attributs ?

R. Le feu peut être flambant, étincellant, ardent, fumant, &c. ce qui se dit plutôt des sujets auxquels il est attaché que du feu même. Ainsi il y a des paux ou pieux flambans, des charbons et medians, des Fournaises ardentes, des Flambeaux, des Vases fumant.

D. Et à l’égard de l’Eau ?

R. II y a des rivieres sur lesquelles on voít de petits traits pour en marquer les flots, alors on les dit flotées, comme on dit la Mer agitée, quand on y remarque des ondes élevées. Et calme quand on n’en remarque point. Les- Fontaines sont jaillissantes ou coulantes par tant de Jets ou Canaux, dont on doit exprimer le nombre.

D. Pour l’Air n’y a-t-il rien a observer ?

R. Il y a des Nuages, des Vents, des Foudres, dont vous connoissez les figures de la maniere dont les Peintres les representent. Il faut seulement observer que les foudres se peignent quelque sois aîlez, liez, élancez, étincellans, tortillez, &c. Ce que vous apprendrez dans la suite par les Figures.

D. Pour la Terre que faut-il savoir ?

R. Qu’un bout de terrein figuré sous les Arbres, les Tours, Maisons, &c se nomme Tertre. Et qu’à l’égard des montagnes il en faut exprimer les coupeaux; trois, cinq, sept, &c.

D. Et pour les plantes qui naissent par la terre ?

R. Elles ont un grand nombre d’attributs. Les Arbres sont fleuris, fruitez, coupez, arrachez, écotez, courbez, leurs branches peuvent être passés & repassées en sautoir. Le Chêne fruité se nomme englanté. Les autres plantes sont tigées, feuillées, fleuries, &c.

D. Les fleurs ont-elles des termes particuliers ?

R. Oúi: Les Roses sont boutonnées, ce sont les grains d’or ou d’autre couleur qu’elles ont au milieu. Le Rosier est aussi dit boutonné quand les Roset y sont en boutons. Les Roses de cinq feuilles percées à jour se nomment en armoiries, Quintefeuilles; Angemmes, ou achesmes, celles qui n’en ont que quatre: & les Trefles qui n’ont point de queue Tiercefeuilles. Les lys sont en boutons ou épanouis, quand les feuilles de la fleur sont ouvertes. On les nomme aussi ordinairement Lys de Jardin , pour les distinguer des fleurs de lys. Les Girasols & les Ancolies sont penchez. Les fleurs du Solanum semblables à des noisettes en fourreau se nomment Coquerelles.

VIII. LEÇON.

D. Avant que de venir aux animaux & aux autres figures naturelles, je voudrois bien savoir comment vous nommez en blason la figure, que l’on appelle vulgairement un monde, qui est une boule ronde surmontée d’une croix ?

R. Vous me faites plaisir de me faire cette demande, parce que vous me donnez occasion de vous rapporter une érudition, que nul des Auteurs du Blason n’a encore touchée que je sçache. C’est Glaber qui la rapporte au Livre I. de ses Histoires. Il dit que l’an 710 Le Pape Benoît VIII. fit faire un globe d’or avec des ceintres en quarré de pierreries, & une croix élevée au dessus de ces ceintres, pour representer le monde, qui ne pouvoit être bien gouverné qu’en le soumettants à Jesus-Christ & à la Religion Chrétien ne: qu’ensuite l’Empereur Henry II. étant allé à Rome, le Pape alla au devant de lui, lui presenta ce globe, & voulut qu’il fut dorenavant la principale marque de l’Empire: aussi voyez-vous les Images de Charlemagne & de la plûpart des Empereurs avec ce globe. L’Empereur en le recevant de la main du Pape, lui dit: que c’étoit une leçon muette qu’il lui faisoit, de la maniere dont il devoit regir le monde, mais que l’on ne pouvoit mettre ce present en de meilleures mains qu’en celles des personnes, qui avoient méprise le monde & ses pompes, & qu’aussi-tôt après il l’envoya à l’Abbaye de Cluni.

D. Voilà une belle remarque, & c’est sans doute pour la même raison pour laquelle il fit ce present à l’Abbaye de Cluni, que les Chartreux ont fait leurs armoiries d’un semblable Globe, pour marquer leur mépris du monde.

R. Cela est vrai, & le passage de Glabert est trop singulier pour ne pas vous le rapporter en la langue en la quelle il l’a écrit.

R. Vous ajouterez par ce moyen une nouvelle grace à celle que vous m’avez faite de me raconter cette Histoire.

[ Anno Dominiez Incarnationis septingentesimo* decimo, licet Insigne Imperiale diversis speciebus priùs figuratum suissett à venerabili tamen Papa Benedttio sedis Apostolica fieri jussum est ad modum intellettuali specie idem insigne. Praecepit fabricari quasi aureum pomum, atque circumdari per quadrum pretiosissimis qui busque gemnis, ac defuper auream erucem inféri. Erat autem instar speciei hujus mundans, molis, que videlicet in quadam rotunditate circumfiflere perhibetur, ut dûm fiquidem illud respiceret princeps terreni imperii, feret ci documentum, non aliter debere imperare, vel militare in mundo, quàm ut dignus haberetur vivifie crucis tueri vexillo. In ipso etiam diversarum gemmarum decoramine, videlicet Imperii culmen plurimarum virtutum speciebus exornari oportere. Cumque postmodum prédietus Papa Imperatori videlicet Henrico hujus rei gratia Romam venienti obviam cum maxima virorum & sacrorum ordinum multitudine procesisset ex more, eique hujusmodi insigne scilicet imperii in compectu totius Romane plebis tradidisset: suscipiens illad hilariter, circumspectoque eo,ut erat vir sagacissimus dixit. Optime Pater, inquiens ad Papam, istud facere decrevisti nostra portendendo innuens monarchie, qualiter sese moderari debuerat, cantiùs perdocuisti. Deinde manu gerens illud auri pomum subsunxie, nulles inquit melsus hoc prasens donum possidere ac cernere congruit, quam illis qui mundi pompis calcatis crucem expeditius sequuntur Salvatoris. Qui protinus misit illud ad Cluniacense Monasterium Galliarum, quod etiam tunc temporis habebatur religiosissimum caterorum.]

D. Cette remarque de Glaber me paroît belle. Mais pourquoi en avez-vous marqué la datte avec une étoile ?

R. Parce qu’elle est évidemment fausse sous l’an 710 puisqu’il n’y avoit point eu en ce tems-là d’Empereur nommé Henry. Ainsi cela ne peut convenir qu’au Pape Benoît VIII. & à l’Empereur Henry II environ l’an 1015 ou 1015 il faut que quelque Copiste ait changé mal à propos la datte de Glaber.

D. Comment blasonneriez-vous donc cette figure ?

R. Je l’appellerois le globe Imperial de tel métail, ou de telle couleur, ceintre & croisé de ….

D. N’est-ce pas ce Globe Imperial que l’Electeur Palatin ajoûte à ses armoiries ?

R. Oui: en qualité de Grand Senechal de l’Empire, parce qu’en la ceremonie du sacre & couronnement de l’Empereur, c’est lui qui porte ce Globe.

IX. LEÇON.

D. Vous m’avez déja fait connoître les figures naturelles & artificielles. Mais il y en a de deux autres especes que je ne connois pas encore, les figures Chimeriques, ou Monstrueuses & les figures Heraldiques ?

R. Il n’est pas mal-aisé de connoître la plupart des figures Chimeriques; puisqu’elles sont tirées des fables, comme les Centaures, les Sirenes, les Griffons, les Harpies, les Hydres, les Aigles à deux têtes, les Lions à face humaine, les Pegases ou Chevaux aîlez, les Cerfs aîlez, les Phenix, &c. les Peintres & les Sculpteurs les representent si souvent, que vous devez les reconnoître à la premiere vûë.

D. Trouve-t-on toutes ces figures en armoiries ?

R. Non-seulement on les y trouve, mais quelque-unes y sont assez frequentes comme les Griffons, les Aigles à deux têtes , les Sirenes, les Phenix, auxquels je joindrois volontiers les Pelicans qui s’ouvrent le sein, & les Salamandres sur le feu: car quoi qu’il y ait des Pelicans & des Salamandres, ces proprietez qu’on leur attribue sont fausses & chimeriques.

D. On pourroit donc dire la même chose des Aigles & des Lions d’Hermine, de Vairs, lozangez, échiquetez, bandez, faícez & de tant d’autres manieres ?

R. Vous avez raison, puisque dans la; nature il n’y en a point de cette sorte.

D. D’où vient donc cet usage dans le Blazon ?

R. Je vous l’ai déja dit, des cottes d’armes, sur lesquelles on portoit anciennement les armoiries, & qui se faisoient de pieces rapportées de diverses étoffes ou fourrures ainsi bigarrées.

D. N’y a-t-il que ces sortes de figures faites à plaisir ?

R. Il y a encore des Anges, des têtes de Chérubins, des Diables, des Vents representez par des têtes bouffies & qui soufflent.

D. Et des monstres «’en trouve-t-il en armoiries outre les Aigles à deux têtes, & les bêtes à quatre pieds qui ont’des aîles?

R. Il y a plusieurs autres monstres : la Maison d’Ancezune porte des dragons monstrueux à face humaine, avec de longues barbes & des cheveux de serpens. Il y a quatre cens ans que la plûpart des Cimiers, qui se portoient sur les casques dans les Tournois étoient monstrueux; parce que l’on affectoit de faire de ces fêtes, des masquarades. Ainsi vous y verrez des Sauvages velus, couverts de mousse, des Centaures, des cornes, des trompes d’Elephans, des bois de Cerfs avec des sonnettes, des feuilles, des branches d’arbres, des grelots, des hommes sans bras vêtus en Harlequins avec des bonnets d’Albanois, que l’on nomme à present à la dragonne t des oreilles d’Ane, des Chevaux marins, des Dragons qui vomissent le feu, & cent autres extravagances.

D. N’est-ce point de-là qu’est venu le Proverbe, de blasonner quelqu’un, lorsque l’on en fait d’étranges peintures, & des portraits désavantageux ?

R. Vous l’avez dit comme il est. C’est l’origine de ce proverbe.

D. Que veulent dire ces femmes nuës en cimier qui ont les cheveux épars, & qui sont dans des cuves jusqu’au nombril ?

R. Ce sont des mellusines, figures chimeriques, empruntées d’un vieux Roman, à qui la Maison de Lusignan a donné cours dans le monde.

D. Qui a donné cours à ces figures ?

R. Je vous l’ai déja dit: ce sont des masquarades de Tournois faits en tems de Carnaval. Les vieux Romans, & les recits fabuleux des Chevaliers de la Table Ronde, à qui les Romanciers ont attribué de pareilles figures pour armoiries, ont introduit ces figures dans le Blason. Bara & quelques autres Blasonneurs qui ont recueilli ces sottises, les ont autorisées; & il y a environ quatre-vingts ans, que ceux qui vouloient se faire des armoiries, en choisissoient dans ces Auteurs, & ont ressuscité par ce moyen ces Blasons extravagans.

D. Je connois, ce me semble, suffisamment ces figures: venons, s’il vous plait, aux figures heraldiques ?

R, Ce sont les plus essentielles au Blason, & il y a long-tems que l’on les nomme, Pieces honorables & séantes partitions.

D. Que veulent dire ces mots ?

R. Il faut vous les expliquer en deux differentes Leçons, parce qu’elles demandent plus d’application que les autres figures qui se connoistènt d’elles- mêmes: au lieu que celles-ci sont plus propres de l’Art heraldique, qui est le nom que l’on donne à la connoissance du Blason.

X. LEÇON.

D. Expliquez-moi, je vous prie, bien exactement ces pieces honorables & ces seantes partitions ?

R. Pour le faire avec méthode, il faut réprendre la chose de plus haut. Vous devez vous souvenir de ce que je vous ai dit en la cinquiéme Leçon, que pour apprendre le Blason, il falloit apprendre six choses.

D. Je m’en souviens: & pour vous faire voir que je retiens fidélement vos instructions; vous voulez bien que sans vous donner la peine de me les repeter, je vous dise que c’est: le champ ou le Sol, les Figures, leur position, leur situation, les Emaux & les ornemens, qui sont les six principes generaux de l’Art du Blason.

R. Fort bien. Or ce sont toutes ces choses qui sont figures heraldiques, & qui composent le Blason. Car il y a des armoiries de simples émaux, d’or, d’argent, d’azur, de gueules, de sinople, d’hermines & de vairs.

D. Comment cela, si le Blason ou les armoiries sont composées d’un champ ou sol & de figures posées, ou placées sur ce champ ?

R. C’est qu’alors l’Ecu, la Banniere & la cotte d’armes tiennent lieu de figures & de champ, & l’Email ou la couleur distingue. Les Rubis, Maison de Florence, & l’ancienne Maison d’Albert, portoient de gueules purement. Et l’on dit de ces armoiries, porte d’or plein, de gueules, &c. Comme qui diroit porte l’Ecu plein d’or, plein de gueules, sur ce principe de Géométrie, que la Figure est ce qui est fermé de tous cotez & compris dans ses extremitez. Figura est que sub uno vel pluribus terminis contineturs, Euclid Elem. l.1. Ainsi le cercle est une figure enfermée dans l’enceinte d’une seule ligne qu’on nomme circonference.

LeTriangle qui faisoit l’ancien Ecu

Le Rectangle, qui fait la banniere, &c le Rhombe qui fait le Lozange sont vraies figures Geometriques, comme aussi l’Ovale.

D. Il n’est donc aucun Blason sans figure, n’en étant aucun qui ne soit ou dans an écu, ou dans une banniere, ou en lozange, ou en ovale.

R. Vous le comprenez. C’est aussi ce qui a determiné à marquer les Emaux du Blason par des traits, qui les sont connoître sans couleurs dans les gravures & dans les estampes. Et c’est ce qu’on nomme hachures.

D. Apprenez-moi à connoître ces Hachures.

R. On marque l’Or par des points, comme il y a des ouvrages d’or qui sont pointillez.

L’Argent est representé par des fonds blancs sans aucun trait.

L’azur se represente par des lignes couchées & tirées d’un flanc à l’autre de l’Ecu horizontalement. Les Gueules par des traits perpendiculaires de haut en bas. Le Sinople par des lignes diagonales de droit à gauche. Le Sable tout noir ou par des traits croisez.

Quelques-uns y ajoutent le pourpre par des traits de gauche à droit.

D. Cette invention est agréable. Est elle ancienne ?

R. Non: elle est seulement du commencement de ce siécle, & l’on ne sait pas bien qui en est le premier Inventeur. Quelques-uns l’ont attribuée au P. Petrasancta Jesuite, parce qu’on s’en est servi en l’impression de son Livre latin du Blason. Vulson la Colombiere se l’est voulu attribuer, mais son Ouvrage est posterieur à celui de ce Jesuite, & l’on en voit aussi la pratique en quelques endroits avant le P. Petrasancta. Ou la vaisselle & dans les cachets, aussi bien que pour les Estampes.

XI. LEÇON.

D. Vous m’avez dit, ce me semble, en la quatriéme Leçon, que toutes les figures heraldiques se pouvoient expliquer par quatre lignes j par la ligne à plomb ou perpendiculaire, par la ligne horizontale ou couchée, & par deux lignes inclinées ou diagonales, l’une à droite & l’autre à gauche.

R. Cela est vrai: & je veux vous en «sonner les figures pour mieux déterminer vôtre imagination à les entendre.

  • ligne à plomb
  • Ligne horizontale
  • Diagonale à droite
  • Diagonale à gauche.

D. Comment ces lignes produisent-elles les figures héraldiques ?

R. Je vous le démontrerai, quand je vous aurai dit, combien il y a d’especes de figures heraldiques.

D. Combien y en a-t-il?

R. Six, qui sont

  1. Les Partitions.
  2. Les Pieces honorables.
  3. Les Repartitions.
  4. Les Rebattemens.
  5. Les Reductions.
  6. Les Seances, ou seantes partitions

D. Qu’appellez- vous partitions ?

R. Le partage de l’Ecu en deux, par un trait ou par une ligne, qui rait que le champ est de deux émaux differens.

  • La ligne à plomb fait le parti.
  • La ligne horizontale ou couchée le coupé.
  • La ligne inclinée de droite à gauche le tranché.
  • La ligne inclinée de gauche à droite le taillé.

Voilà les quatre partitions simples, dont il se fait des repartitions.

D. Quelles sont ces repartitions ?

R. L’Ecartelé qui se fait de deux lignes croisées de la ligne à plomb & de la ligne couchée qui partagent l’Ecu en quatre, dont il est dit écartelé.

Les tiercez sont aussi repartitions.

D. Qu’appeliez- vous rebattemens dans Ie Blason.

R. Les mêmes pieces repetées comme sont les fasces, les pals, les bandes, les burelles, les cottices, les jumelles, les tierces, les chevrons, &c. parce qu’ils sont comme rebatus.

D. Et les Reductions que sont-elles ?

R. Les pieces diminuées de la moitié ou d’un tiers de leur juste largeur. Le pal retreci se nome Vergette

La bande retreci Cottice ou bâton

La fasce retrecie fasce en devise & trangle.

Le Chevron retreci estaye.

D. Qu’appellez-vous seances, ou seantes partitions ?

R. Les figures heraldiques, qui remplissent tout l’Ecu à distances égales; comme sont le fascé, le pallé, le bandé, l’écartelé, le fuselé, le lozangé le fretté, l’échiqueté, les points équipollez, le vairé, l’émanché, &c.

D. Je n’entens rien à tous ces termes.

R. Il n’est pas tems de vous les expliquer, il suffit pour le present que vous appreniez les principes generaux de l’Art du Blason, & dans la suite vous connoîtrez le reste par les figures.

XII. LEÇON.

D. Après m’avoir instruit des figures & des Emaux, il me semble que vous devez m’instruire des postions & des dispositions, de ces figures.

R. Il est vrai & pour commencer par les positions, je vous dirai qu’il y en a de fixes, de pleines, de rapport & d’arbitraires.

D. Je veux tâcher de retenir ces quatre termes fixes, pleines y de rapport & arbitraires. Qu’appellez-vous positions fixes ?

R. Celles qui ont une place arrêtée & determinée dans l’Ecu & qui ne change point: comme le chef qui occupé toujours le tiers le plus haut de l’Ecu d’un flanc à l’autre. La face, qui occupe le tiers du milieu en hauteur. La Bande, qui occupe le tiers en travers de droite à gauche. La Barre, le tiers de gauche à droite en travers. La Croix, dont les quatre branches aboutissent aux quatre milieux de l’Ecu, dont elle laisse quatre quartez Vuides. Le Sautoir au contraire, s’étend, aux quatre angles, & laisse quatre angles vuides à ses côtez, au dessus & & au-dessous. La Bordure, qui borde toujours tout l’Ecu d’un demi tiers tout autour. L’Orle qui sans toucher les bords de l’Ecu tourne tous autour en demi-tiers dans le même sens que – la bordure. Le Canton qui est un quarré, qui occupe l’un des quatre quartiers de l’Ecu. Le chevron, dont la pointe aboutit sur le milieu de l’Ecu un peu plus haut vers le chef, & dont les deux jambes s’ouvrent en compas, & s’étendent aux deux angles de la pointe.

D. Sont-ce les seules positions fixes ?

R. Oui, à l’égard des figures que nous nommons Heraldiques, qui étant la plupart les mêmes entre elles, n’ont divers noms qu’à cause de leurs diverses positions, comme le Chef, le Pal,

la Fasce, la Bande & la Barre, qui sont toutes des figures longues de la largeur du tiers de l’Ecu, & qui ne different que par leurs situations.

D. Pourquoi dites-vous à l’égard des figures heraldiques?

R. Parce qu’il y a d’autres figures qui ont des situations propres & naturelles, que l’on n’exprime point en blasonnant, comme les Tours sont droites, les Arbres, les piques, les Chandeliers, les Clefs, les Bourdons, les Marteaux, les Billettes, les Fusées, les Lozanges, les Ecussons, les Anchres, les figures humaines, les Croissans, &c auxquels il faut ajouter les Lions, qui sont rampans en armoiries & les Leopards passans.

D. N’y a-t-il plus rien à observer touchant les positions ?

R. Il y a encore le nombre des pieces à observer; parce que ce nombre attribue beaucoup aux situations qu’on leur donne: car deux figures se placent l’une sur l’autre. Trois se mettent naturellement deux & une, ou en chef, ou en fasce, ou en bande, ou en pairle, ou en pal, comme vous avez vu. Quatre se mettent deux deux, ou cantonnées. Cinq en croix, en sautoir trois deux une, ou en orle.

D. Sont-ce là toutes les figures qui se comptent ?

R. Il y en a quelques autres comme les points équipollez, les pieces qui chargent le chef, la fasce, la bande, les croix, les sautoirs, les bordures, les fusées & les lozanges accollées, les pendans des lambels, les pointes ou rais des Etoiles, qui en ont cinq, six, sept, huit, jusqu’à seize les creneaux des Tours.

On compte aussi les fasces, les bandes, les pas, &c.

Les jumelles sont de deux en deux, & les Tierces de trois en trois.

D. Ne pourriez-vous point me donner de regle generale pour ces situations ?

R. Je veux vous en donner une Geometrique avec les lettres qui vous marqueront par rapport à l’Ecu les assiettes differentes des figures.

  • A. est le centre de l’Ecu.
  • D. Le canton dextre du chef.
  • B. Le point du chef.
  • E. Le canton senestre du chef,
  • F. Le flanc dextre.
  • G. Le flanc senestre .
  • C La pointe de l’Ecu.
  • H. Le canton dextre de la pointe.
  • I. Le canton senestre de la pointe.¨

Quand il n’y a qu’une figure, elle occupe ordinairement le milieu de l’Ecu comme A. Quand elle est ainsi placée, on ne parle point de sa situation en blasonnant, parce que c’est sa position naturelle.

D. Qu’appeliez- vous positions pleine ?

R. Celles qui remplissent tout l’Ecu par pieces égales, ou comme l’on dit tant plein que vuide: non pas qu’il y ait rien de vuide mais parce que ces pieces sont de differens émaux à égales largeurs ou distances.

D. Donnez-m’en des exemples ?

R. Le fascé, le pallé, le bandé, le barré, le burelé, le cotticé, le fuselé, le chevronné, l’échiqueté, le lozangé, le fretté, le parti, l’estayé, le vairé, l’écartelé, les points équipollez, le gironné, l’émanché, le semé, les hermines, &c. Termes que vous entendrez mieux en voyant les figures, que par les descriptions que je vous pourrois faire.

D. Passons donc aux positions, arbitraires ?

R. Ce sont celles des figures à qui l’on change leur situation propre & naturelle pour leur en donner une autre telle que l’on veut. Car elles peuvent être droites, couchées, tournées, hautes, baises, versées, contournées sans rien faire contre les regles du Blason.

D. Qu’appellez-vous position de rapport ?

R. Celles dont les figures sont placees à la maniere du chef, de la fasce, de la bande, de la barre, du chevron, du pairle, du sautoir, de la croix, de Toile aux cantons, en pointe, aux flancs, aux cotez: comme sont trois coquilles rangées en chef, une épée posée en bande, trois étoiles rangées en fasce ou en pal, deux lances passées en sautoir, un croissant en chef & une étoile en pointe, un pal accosté de six roses, une bande de six billettes.

D. Pourquoi appellez-vous ces positions de rapport ?

R. Parce qu’elles ont rapport aux positions fixes du chef, de la fasce, de la bande, du pal, aux flancs de l’Ecu, à la pointe, aux cantons, &c.

D. Expliquez-moi, je vous prie, la disposition de ces neuf lettres ?

R. Elles marquent, comme je vous ai déja dit, les divers points de l’Ecu, & serviront à déterminer vôtre imagination pour la position des figures des Armoiries. Toute figure mise au point où est la lettre D. est dite être au canton dextre du chef: & celle qui est en E au canton senestre.

Celle qui sera au point B. se dit simplement en chef. Celle qui est en F. au flanc dextre de l’Ecu , celle qui est en G. au flanc senestre.

Celle qui est en C. en pointe, celle qui est en H. au canton dextre de la pointe, celle qui est en I. au canton senestre de la pointe. Ainsi il faut que vous connoissiez bien ce que c’est que chef, que pointe & flanc, ce que vous verrez par cette figure.

D. Je le connois: mais quand il y a plusieurs figures, comment en faut-il expliquer la position ?

R. Vous l’entendrez par les mêmes lettres.

Trois figures disposées comme D. B. E. sont dites rangées en chef. Si elles sont comme F. A. G elles sont dites rangées en face, comme H. C. I. Elles sont rangées en pointe.

Si elles sons comme B. A. C. Elles sont dites rangées en pal. Comme D. A I. rangées en bande.

Comme E. A. H. rangées en barre. Comme D. F. H. En pal au flanc dextre. En E. G. I. En pal au flanc senestre.

Si elles sont comme D. E. C. Elles sont dites deux & une comme les trois fleurs de lys de France, & c’est la situation la plus ordinaire de trois pieces en armoiries, ainsi il n’est pas necessaire si l’on veut de dire deux & une; cela s’entendant assez, parce que c’est l’usage.

Si elles étoient comme B. H. I. Elles seroient dites mal ordonnées, parce que la position ordinaire est la précedente comme je vous ai dit.

D. Quand il y a plus grand nombre de figures, & qu’elles sont quatre, cinq, ou six: comment les blasonnez-vous.

R. Quatre figures mises comme D. E. H. I. se disent deux deux. Par exemple il porte quatre étoiles, quatre besans , quatre croissans 2. 2.

S’il y en a cinq disposées comme B. A. C. F. G. on les dit en croix. Comme D. A. I. E. H en sautoir.

Comme D. E. A. C. en pairle.

Quand il y en a six, sept, huit ou neuf comme D, B. E. G. L C H, F. elles sont dites mises en orle.

Quand il y a au point A. une petite figure, au milieu de plusieurs autres differentes figures, cette petite figure est dite en abîme, ou au centre de l’Ecu.

D. Voilà une figure qui enseigne bien des choses.

R. Je vous en donnerai des exemples de toutes les manieres, qui vous feront encore mieux entendre cela.

D. Sont-ce là toutes les positions ?

R. Non, ce sont les plus communes. Il y en a de reciproques.

XIII. LEÇON.

D. Qu’appellez-vous positions reciproques ?

R. Celles qui sont mutuelles entre deux ou plusieurs figures: comme font deux clefs addossées, qui se tournent le dos, deux lions affrontez, deux animaux acculez l’un à l’autre, deux Contrepassans deux Contrerampms.

L’écartelé, l’équipolé, le componné, l’échiqueté, le vairé, le bandé, le palé, contrepallé, &c. dont les émaux sont alternez reciproquement.

D. N’y a-t-il que ces positions reciproques ?

R. Il y en a deux autres qu’il est important de sçavoir.

C’est celle que l’on appelle de l’un à l’autre, & celle que l’on dit de l’un en l’autre.

De l’un à l’autre, c’est quand Ie champ est coupé, ou tranché, ou écartelé de deux émaux differens, & qu’il y a une figure qui pose sur les deux Emaux, & qui est aussi reciproquement des deux mêmes émaux, mais en opposition le metal sur la couleur, & la couleur sur le metal. Comme qui diroit; an tel porte parti d’or & de gueules à un chevron de l’on à l’autre, c’est-à-dire, de gueules sur or & d’or sur gueules.

De l’un en l’autre, c’est quand il y a plusieurs figures sur un champ parti ou tranché, ou coupé. Comme Monestier porte d’argent, coupé d’azur à six fleurs-de-lys de l’un en l’autre, c’est-à dire, trois d’azur sur l’argent, & trois d’argent sur l’azur.

D. Sont-ce là toutes les positions ?

R. Non, il y en a d’irréguliéres, que de longs discours ne vous expliqueroient pas assez, les figures vous les feront entendre.

D. Les positions sont donc l’un des principaux misteres de l’Art du Blason, puisqu’il y en a de tant d’especes, qu’il faut necessairement les specifier ?

R. Vous avez raison de les appeller d’un des principaux misteres du Blason, parce qu’en effet c’est ce qu’il y a de plus difficile, & ce qui a fait naître une infinité de termes pour énoncer toutes ces positions, particuliérement pour les figures qui peuvent avoir diverses situations. Car, par exemple, la Fasce dont la position naturelle est d’occuper horizontalement le milieu de l’Ecu & de remplir le tiers de sa largeur, peut être haussée ou baissée, quand elle est plus haute ou plus basse que ce milieu. Le Chevron peut-être abaissé, versé, couché, contourné, & deux chevrons entrelassez, adossez ou apointez.

La Fasce, le Pal, le Chevron, la Bande, la Barre, le Sautoir peuvent Brocher sur d’autres pieces ou figures.

Les Chefs de Patronage, de Chevalerie, abbaissent necessairement les chefs des armoiries où l’on ajoute ces chefs de Patronage. Ainsi quand un Cardinal qui a un chef dans ses armoiries, met en chef au-dessus les armoiries du Pape dont il est créature, & quand un Commandeur de Malte qui a un chef en ses armoiries, met au dessus un chef de son Ordre, ces chefs des armoiries sont pour lors dits abbaissez sous celui des armes du Pape, ou des armes de la Religion. Mais c’est trop vous en apprendre d’abord, il faut reserver ces difficultez pour un tems au quel vous serez plus instruit. Passons aux dispositions des figures.

XIV. LEÇON.

D. Les positions & les dispositions ne sont-elles pas une même chose ?

R. Non: ce sont deux choses differentes qu’il ne faut pas confondre.

D. Qu’appellez-vous donc disposition?

R. Le sens dans lequel est mise une figure, qui a diverses faces selon les-quelles elle peut être differemment placées.

D. Quelles sont ces figures ?

R. Il y en a un très-grand nombre. Une tête peut être mise de front & en profil. De même un casque, une clef à cause de son anneau, de son paneton & de son dos, peut avoir diverses dispositions; de même une fléche & une pique à cause de leurs pointes & de leurs fers. Une tour peut être ronde, quarrée, couverte, crenelée, chastelée, ouverte, fermée, flanquée, accompagnée d’un avant-mur, &c.

D. Je conçois ces differences, & la necessité qu’il y a de les exprimer.

R. Il y en a quantité d’autres dont je vous ai déja parlé, en vous parlant des figures naturelles & artificielles. Comme le Soleil naissant, couchant horizonté; les figures humaines nuës, vêtues, &c des arcs cordez, tendus, couchez, &c. C’est ce que fait les attributs du Blason, à qui on a donné le nom de Termes, que Messieurs de l’Academie ont inserez dans leur Dictionnaire des Arts & des Sciences, où ils ont expliqué la plupart de ces termes, sur les premieres éditions de cette Methode.

D. Le nombre des figures ne contribuë-t-il rien à ces dirrérentes dispositions ?

R. Il y contribue beaucoup, puisqu’outre les positions de rapport donc je vous ai déja parlé, plusieurs lances ou plusieurs épées peuvent être fretées ou entrelassées les unes dans les autres.

Trois anneaux peuvent aussi être entrelassez, de même les croissans. Des clefs peuvent être addossées ou affrontées. Trois fleches ou trois dards peuvent être empoignez, &c.

D. Faut-il toujours specifier le nombre des pieces ?

R. Oui: à moins que tout l’Ecu n’en soir rempli à égales distances & tant plein que vuide.

D. Vous m’avez dit, ce me semble, que c’étoient les positions pleines ?

R. Il est vrai: Mais touchant ces positions pleines il y a certaines choses à observer.

D. Et quoi ?

R. Par exemple, quoique l’échiqueté remplisse tout l’Ecu, il faut en compter les tires, ou les rangs d’échiquier en face, & dire échiqueté de nombre de six , sept, ou huit tires.

Le Fascé est de quatre , ou de six.

Car quand les fasces passent ce nombre elles changent de nom, & deviennent burelles, comme je vous ai dit en parlant des diminutions. Ainsi il faut dire burelé de huit ou de dix pieces. De même pour le gironné qui est de six pieces, il faut quand les girons passent ce nom bre, dire gironné de huit, de douze, & de seize pieces.

On doit aussi spécifier les traits ou tires du Vairé.

L’Equipollé est toujours de neuf pieces quarrées, & l’on dit cinq points d’or équipollez à quatre d’azur.

D. Y a-t-il des figures qui ne soient pas sujettes à ces variations ?

R. Oui: particulierement les rondes comme les besans & les tourteaux, les roues, les annelets, &c. Mais il y en a d’autres qui peuvent avoir une autre position que leur position ordinaire dans le Blason. Ainsi les billettes, qui sont ordinairement droites, peuvent être couchées, ou mises dans le sens de la bande. De même les fusées, les lozanges, les macles & les rustres, qui font en Blason ordinairement sur leurs pointes.

D. Quand est-ce qu’on n’est pas obligé à spécifier le nombre des pieces ?

R. Quand tout l’Ecu en est tellement rempli, qu’il y a des moitiés ou des bouts des figures, qui se perdent dans les extremitez de l’Ecu; car alors on le dit semé d’hermines, de fleurs de lys, d’Aiglettes, de Roses, de Billettes, d’Etoiles, &c. Mais quand ces figures paroissent toutes entieres, en quelque nombre qu’elles soient, il faut spécifier ce nombre.

D. Est-ce là tout ce qui se peut sçavoir touchant les dispositions ?

R. Ce n’en est qu’une partie & la moins considerable.

D. Quelles sont donc les autres ?

R. Ce sont celles des figures Heraldiques, qui peuvent recevoir encore un plus grand nombre de variations, les unes communes à la plupart des figures, les autres plus particulieres de quelques-unes ?

D. Quelles sont les plus communes ?

R. C’est que ces figures peuvent-être ondées, vivrées, chargées, sommées, alezées, crenelées, breteflees, échiquetées, lozangées, engrêlées, en- dentées, émanchées, parties, retraites, massonnées, bastillées, &c. Ainsi il y a des chefs chargez, bastillez, échiquetez, lozangez, endentez, &c. Des Fasces bretessees, crenelées, bastillées, vivrées, ondées, retraites, &c. De même des chevrons, des sautoirs, des pals, des croix, &c.

D. A propos de croix; il me semble que j’en ai remarqué de plusieurs formes differentes.

R. Vous avez raison; & je veux devant que d’aller plus avant dans nos Instructions, vous en faire remarquer quarante differentes, avec les noms des Familles ou des Communautez qui les portent, &C vous les blasonner exactement, pour donner un peu d’exercice à vôtre imagination & à vôtre mémoire.

D. Vous me ferez plaisir.

XV. LEÇON.

R. La croix ordinaire se nomme croix plaine crux plana, comme celle de Savoye, &c.

Aspremont en Lorraine, de gueules à la croix d’argent. Elle est dite engreslée, quand elle a une espece de dentelle sur tous les bords.

D’Aillon du Lude, d’azur à la Crôix engreslée d’argent.

Elle est dite pattée, quand ses quatre extremitez s’élargiísent comme Argentré en Bretagne, d’argent à la Croix pattée d’azur.

Elle est dite alezée, ou coupée, ou retrecie, quand de nul de ses bouts elle ne touche aux bords de l’Ecu.

Xaintrailles, d’argent à la Croix alezée de gueules.

Celle des Squarciafichi de Genes, est d’autant plus extraordinaire, qu’étant potencée, c’est-à-dire, terminée par quatre plates bandes, elle est repotencée ou cramponnée en quatre endroits au bout droit d’en haut, au droit du côté dextre & aux deux d’en bas.

Celle de Damas est anchrée, c’est-à-dire, crochue en ses extremitez comme les anchres des Vaisseaux.

Celle des Allegrains, est non-seulement anchrée, mais partie de l’un à l’autre d’argent & de gueules. L’Ecu étant contreparti de même, ainsi on dit:

Allegrain parti de gueules & d’argent, à la croix anchrée, contrepartie de l’un à l’autre.

Celle des Venasques, semblable à celle des Comtes de Tolose dont ils se disent descendus, est vuidée, c’est-à dire, percée à jour, clechée, cest-à-dire, qu’elle a ses quatre extremitez comme les anciens anneaux des clefs, & pommettée, c’est-à-dire, qu’à chaque angle des anneaux il y a une pomme; ainsi on blasonne ces armoiries, d’or à la Croix vuidée, clechée, & pommettée de gueules.

La Croix des Sauteraux de Dauphiné, est accompagnée de quatre oiseaux de proye d’argent, bequez, membrez & grillettez, d’Or. On dit bequé pour le bec, membré pour les jambes, grilletré pour les sonnettes.

La Croix des KAER en Bretagne, est dite en termes d’armoiries Gringolée, c’est-à-dire, que ses extremitez se terminent en huit têtes de Serpens, que le vulgaire nomme gargouilles, & par corruption gringoles, ainsi il faut blasonner.

Kaer en Bretagne, de gueules à la croix d’Hermine gringolée d’or.

Celle des Des-Escures en Bourbonnois, est anchrée & chargée d’une étoile en cœur, c’est-à-dire, au milieu, ou au centre de la croix.

Des-Escures, de sinople à la croix anchrée d’argent chargée en cœur d’une étoile de sable.

II s’en peut faire de cordes & de cables comme celle qu’Upton donne en Angleterre à un nouvel annobli de deux tortils de cables ; ces croix se disent cablées.

Hurleston en Angleterre, d’argent à une croix de quatre queues d’hermine abouttées.

Laurencs, d’argent à une croix écotée de gueules.

Bierley, d’argent à une croix recroisetée de gueules.

Villequier, de gueules à une croix fleurdelisée d’or accompagnée de douze billettes de même.

Troussel, une croix pattée & fleurdelisée,

Delisle, une croix pommettée.

Rubat, une croix potencée.

La Chastre, une croix anchrée de vairs.

La croix des Tohestke en Silesie, est une croix que nous nommons croix de Lorraine, parce qu’une semblable croix est l’ancienne devise de la Maison de Lorraine. C’est une Croix Grecque alezée à double traverse, la traverse la plus haute plus courte que la basse ici la plus basse est cramponnée à senestre; il faut donc dire, porte d’azur à la croix de Lorraine d’argent, cramponnée au flanc senestre de la traverse d’en bas.

Celle de Saliceta à Genes, est bretessée ou recroisettée à double.

Celle des Vveyers, au païs du Rhin, est recercelée en ses extremitez & chargée en coeur d’un écusson de sable à trois besans d’or.

Herschfelt, Abbaye d’Allemagne, a pour armoiries une croix de Lorraine, dont le pied est enhendé; ce terme vieux de l ‘Espagnol enhendido, qui signifia refendu: ces croix à refente sont communes dans les armoiries d’Allemagne.

Celle de Tigny, est alezée, pattée, & écartelée.

Celle du Bofe, en Normandie, est échiquetée.

Celle des Truchfts, fourchetée.

Celle de S. Gobert, trefflée.

Celle de la Riviere, frettée.

Des Ardinghelli, lozangée.

De Viri, ouverte en fer de moulin.

Echaute, porte celle de Lorraine.

La Croix longue sur un mont avec la couronne d’Epine, & les clous, se nomme Croix du Calvaire. Les Peres Théatins la portent ainsi, parce que leur Congregation commença le jour de l’Exaltation de la sainte Croix.

Celle qui la suit se dit perronnée.

Celle des Manfredy de Luques, est retranchée & pommettée.

Celle des Knolles d’ Angleterre, est resarcelée d’or.

Celle des Roussets, est au pied fichée.

La suivante est de Lozanges.

La penultiéme guivrée.

Et la derniere a le pied cramponné comme le flanc senestre de la pointe.

D. Voilà bien des termes differens pour une seule figure ?

R. La plupart des autres figures ont de semblables attributs, principalement les Animaux.

  • Les Lions armez, lampassez, couronnez, vilenez, evirez, mornez, rampans, passans, posez, leopardez, accroupis, addossez, acculez, contrerampans, contournez.
  • Les Vaches, & Belliers ou Moutons, acornez, clarinez, accoliez, passans, paisans, &c.
  • Les Taureaux furieux.
  • Les Cerfs élancez, chevillez, couchez, sommez de tant de cors.
  • Les Chiens courans, rampant, assis.
  • Les Chevaux gay, houssez, bardez, éfarez.
  • Les Buffles bouclez.
  • Les Ours & chameaux emmufelez.
  • Les Serpens aîlez., tortillez., pliez en rond.
  • Les Coqs, crestez., barbez..,bequez. &c.
  • Les Aigles bequées, membrées, armées, diademées, esplojées à deux têtes, demembrées.
  • Les Dauphins, sont barbez., lorrez., peautrez., pamez.
  • Les Colombes & autres oiseaux, volans, essorez., perchez.
  • Les Oiseaux de leurre chaperonnez, perchez, grilletez, empietans.
  • Le Phenix sur son immortalité.
  • La Gruë avec sa vigilance.
  • Le Pelican avec sa pieté.

D. Outre les Animaux y a-t-il de pareils attributs pour d’autres figures ?

R.

  • Les Coquilles sont oreillées.
  • Les Cloches bataillées,
  • Les Fers à cheval clouez.
  • Les Dards & fléches, armez., fusiez., empennez., encochez.
  • Les Badelaires anchez, rivez, clouez, liez.
  • Les cors, trompes, huchets, liez, enguichez., virolez.
  • Les Vaisseaux, flottans, équippez.
  • Les Anchres ont leurs Stangues, leurs Trabes, & leurs Gumenes.
  • Les Casques sont tarrez de front oh de profil.
  • Les Tours sont maçonnées,. crenelees, dongeonnées, ajourées, coulissées, ouvertes, couvertes, girouettées, buttées, pignonnées.
  • Les Maisons sont essorées, couvertes.
  • Les Haches, Marteaux, &c. emmanchez. & emboutez.
  • Les Luths, violons, 8c. cordez.
  • Les Epées hautes, croisées, pommettées.
  • Les Couronnes, & annelets enfilez, enlassez., &c.
  • Les voiles de Vaisseau en poupe.
  • Les Gonfanons frangez.
  • Les têtes des Mores, tortillées.
  • Les têtes des Femmes coiffées, couronnées, chevellées.
  • Les Mains appaumées.
  • Les Chefs- cousus.
  • Les armoiries des puisnez brisées, celles des aînez pleines.
  • Les armoiries des femmes, parti es ou accolées à celles de leurs Maris.
  • Les Ecus penchez. , accolez, liez, arrondis, couronnez. , tymbrez. , &c.

D. Vous m’accablez de termes où je ne comprens rien.

R. Je vous ai déja dit plusieurs fois, qu’il n’y a que les figures qui puissent vous les faire entendre: mais il est necessaire auparavant de vous faire un Dictionnaire Alphabetique de tous ces termes, & de vous les expliquer, après quoi je vous donnerai des exemples de toutes ces figures avec leurs attributs.

XVI. LEÇON,
DICTIONNAIRE ALPHABETIQUE des termes du Blason.

A.

Abaissé se dit des pieces qui sont au-dessous de leurs situations ordinaires; comme le chef qui occupe ordinairement le tiers de l’Ecu le plus haut, peut être abaissé sous un autre chef de Concession, de Patronage, de: Religion, &c.

Ainsi les Commandeurs & Chevaliers de l’Ordre de S. Jean de Jerusalem, qui ont des chefs dans leurs armoiries, les abaissent necessairement sous celui de leur Religion.

La fasce peut aussi être abaissée quand on la place plus bas que le tiers du milieu de l’Ecu qu’elle occupe ordinairement.

Le Chevron de même.

Le vol, & les ailes des oiseaux peuvent aussi être abaissez, quand au lieu d’être élevez vers le chef de l’Ecu, ils descendent vers la pointe.

Abboutté, se dit de quatre hermines dont les bouts se répondent & se joignent en croix.

Accollé, se prend en Blason en quatre sens differens.

  1. 1. Pour deux choses attenantes &c jointes ensemble. Ainsi les Ecus de France & de Navarre, sont accollez sous une même couronne, pour les armoiries de nos Rois. Les femmes accollent leurs Ecus à ceux de leurs Maris. Les fusées, les lozanges, & les macles sont accollées, quand elles se touchent de leurs flancs ou de leurs pointes, sans remplir tout l’Ecu. Comme les trois lozanges de Nagu.
  2. 2. Accollé se dit des chiens, des vaches, & autres animaux qui ont des colliers ou des couronnes passées dans le col, comme les Cygnes , les Aigles &c.
  3. 3. Des choses qui sont entortillées à d’autres comme une vigne à l’échalas, un serpent à une colomne, ou à un arbre, &c.
  4. 4. On se sert de ce terme pour les clefs, bâtons, masses, épées, bannieres & autres choses semblables qu’on passe en sautoir derriere l’Ecu.

Accompagné, Ce dit de quelques pieces honorables, quand elles en ont d’autres en séantes partitions. Ainsi la Croix se dit accompagnée de quatre étoiles, de quatre coquilles, de seize alerions de vingt billettes, & quand ces choses sont également disposées dans les quatre cantons qu’elle laisse vuides dans l’Ecu. Le Chevron peut être accompagné de trois croissans, deux en chef, & un en pointe, de trois roses, de trois besans, &c. La Fasce peut être accompagnée de deux lozanges, deux molettes, deux croisettes, &c. L’une en chef, l’autre en pointe, ou de quatre tourteaux, quatre aiglettes, &c. deux en chef & deux en pointe. Le Pairle peut être accompagne de trois pieces semblables, une en chef, deux en flanc: le Sautoir de quatre, une en chef, une en pointe, deux aux flancs. On dit le même des pieces mises dans le sens de celles-là, comme deux clefs en sautoir, trois poissons mis en pairle, &c.

Accorné, se dit de tous, les animaux qui ont cornes, quand elles sont d’autres couleurs que l’Animal.

Accosté, se dit de toutes les pieces de longueur, mises en pal ou en bande, quand elles en ont d’antres à leurs côtez. Ainsi le pal, peut être accosté de deux, de quarre, ou de six annelets, trois d’un côté, & trois de l’autre, de même un arbre, une lance, une pique, une épée, &c. On dit le même de la bande, quand les pieces qui sont à ses cotez, suivent le même sens qu’elle. Ainsi on la dira accostée de 2 de 4. & de six billettes, quand elles seront couchées dans le même sens, trois d’un côté & trois d’un autre, suivant l’étendue de la bande. Quand elles sont droites, elles sont dites accompagnées de 2. 4 ou six fleurs comme de lys, dont il faut énoncer la situation, particulierement quand il y en a six, parce qu’elles peuvent être mises en orle.

Quand ce sont des pieces rondes, comme tourteaux, besans, roses, annelets on peut se servir indifferemment du terme Accosté ou Accompagné.

Accroupi, se dit du Lion , quand il est assis, comme celui de la ville d’Arles, & celui de Venise. On dit le même de tous les animaux sauvages, qui sont en cette posture, & des liévres, lapins, & conils qui sont ramassez, ce qui est leur posture ordinaire, quand ils ne courent pas.

Acculé, se dit d’un cheval cabré, quand il est sur cul en arriere, & de deux canons opposez sur leurs affuts, comme les deux que le grand Maître de l’Artillerie, met au bas de ses armoiries, pour marque de sa dignité.

Addextré, se dit des piéces qui en ont quelqu’autre à leur droite, comme un pal, qui n’auroit qu’un Lion sur le flanc droit, seroit dit addexetré de ce Lion.

Addossé, se dit de deux animaux qui sont rampans, les dos tournez, comme deux Lions, &c. Deux clefs, sont aussi dites addossées, quand leurs pannetons sont tournez en dehors, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, de même deux Faux, & generalement tout ce qui est de longueur & qui a deux faces differentes, comme les haches, les doloires, les marteaux, &c.

Affronté, est le contraire d’Addossé & se dit de deux choses qui sont opposées de front, comme deux Lions, ou deux autres animaux.

Aiguisé, se dit de toutes les pieces, dont les extremitez peuvent être aiguës, comme le pal, la fasce, la croix, le sautoir.

Ajouré, se prend pour une couverture du chef, de quelque forme qu’elle soit, ronde, quarrée, en croissant, &c pourvu qu’elle touche le bout de l’Ecu. Il se dit encore des jours d’une tour, & d’une maison, quand ils sont d’autre couleur.

Ailé, se dit de toutes les pieces qui ont des aîles contre nature, comme un Cerf aîlé, un Lion aîlé, & des animaux volatils, dont les aîles sont d’autres couleurs que le corps.

Alezé, se dit des pieces honorables, retraites de toutes leurs extremitez, comme un cerf (-sic-), une fasce, & une bande qui ne touchent pas les deux bords, ou les deux flancs de l’Ecu, sont pieces alezées. De même la croix, & le sautoir, qui ne touchent pas les bords de leurs quatre extremitez.

Allumé, se dit des yeux des animaux, quand ils sont d’autre couleur, & d’un bucher ardent. On dit le même d’un flambeau, dont la flâme est d’autre couleur.

Anché, se dit seulement d’un cime terre recourbé.

Anglé, se dit de la croix, & du sautoir, quand il y a des figures longues à pointes, qui sont mouvantes de ces Angles. La Croix de Malthe des Chevaliers François est anglée de quatre fleurs de lys, celle de la Maison de Lambert en Savoye, est anglée de rayons, & celle des Machiavelli de Florence, est anglée de quatre cloux.

Animé, se dit de la tête d’un cheval & de ses yeux, quand ils paroissent avoir action.

Antique, se dit des couronnes à pointes de rayons, des coëífures anciennes, Grecques ou Romaines, parce que ces choses sont antiques & ne sont pas de l’usage moderne. Ainsi on dit des busts de Rois, couronnez à l’antique, des têtes & busts de femmes coëffées à l’antique. On peut dire le même des vêtemens, des bâtimens, & des riches Gotiques, qui sont les armoiries de certaines Villes, comme celles de Montpellier, sont une Image de Nôtre Dame, sur son siege à l’antique en forme de Niche.

Appaumé, se dit de la main ouverte dont on voit le dedans, qui est le paume.

Appointé, se dit de deux choses, qui se touchent par les pointes, comme deux chevrons peuvent être appointez, trois épées mises en pairle, peuvent être appointées en cœur, trois fleches de même, &c.

Ardent, se dit d’un charbon allumé.

Armé, se dit des ongles des Lions, des grifons, des aigles &c. & des fleches, dont les pointes sont d’autre couleur que le fust. Il se dit aussi d’un Soldat & d’un Cavalier, comme celui des Armes de Lithuanie.

Arraché, se dit des arbres & autres plantes, qui ont des racines qui paroissent, & des têtes & membres d’animaux, qui ne sont pas coupez nets, & qui ont divers lambeaux & filamens, encore sanglans ou non sanglans, qui paroissent des pieces arrachées avec force.

Arrêté se dit d’un animal qui est sur ses quatre pieds, sans que l’un avance devant l’autre, qui est la posture ordinaire des animaux que l’on appelle passans

Arrondi, se dit de certaines choses qui étant rondes naturellement ou par artifice, ont certains traits en armoiries, qui servent à faire paroître cet arrondissement, comme les boules, pour les distinguer des tourteaux & des besans, & les troncs d’arbres.

Assis, se dit de tous les animaux domestiques, qui sont sur le cul, comme les chiens, chats, écureuls, &c.

XVIL LEÇON.

B

Baillonné se dit des animaux, qui ont un bâton entre les dents, comme les lions, les ours, les chiens & les cochons.

Bandé, se dit de tout l’Ecu couvert de bandes, ou des pieces bandées comme le chef, la fasce, le pal, & même quelques animaux, comme le Lion de Hesse.

Barbé, se dit des coqs, & des dauphins, quand leur barbe est d’un autre émail.

Barre, se dit d’un cheval paré.

Barré Ce dit dans le même sens que bandé, de l’Ecu &c des pieces couvertes de barres, qui vont diagonalement de gauche à droite.

Bastillé, se dit des pieces qui ont des creneaux renversez, qui regardent la pointe de l’Ecu.

Bataillé, se dit d’une cloche, qui a le batail d’autre émail qu’elle n’est.

Bequé, se dit des oiseaux, dont le bec est d’autre émail.

Besanté, se dit d’une piece chargée de besans, comme une bordure bezantée de 8. pieces.

Bigarré, se dit du papillon, & de tout ce qui a diverses couleurs.

Billetté, se dit du champ semé de billettes.

Bisse, est un serpent, & vient de l’Italien Biscia

Bordé, se dit des croix, des bandes, des gonfanons, &c de toutes autres choses, qui ont des bords de differens émaux.

Bouclé, se dit du collier d’un levrier, & d’un autre chien qui a des boucles.

Bourdonné, se dit d’une croix, dont les branches sont tournées & arrondies en bourdons de Pelerins.

Boutonné, se dit du milieu des roses & des autres. fleurs, quand il est d’autre couleur que la fleur , il se dit aussi d’un roíìer qui a des boutons ,& des des Fleurs de lys épanouies, comme celle de Florence dont sortent deux boutons.

Bretessé, se dit des pieces crenelées haut & bas en alternative, comme la bande des Scarrons.

Brisé, se dit des armoiries des puînez & cadets d’une famille, ou il y a quelque changement par addition, diminution ou alteration de quelque piece pour distinction des branches. Il se dit encore des chevrons dont la pointe est déjointe, comme ceux des Violes. C’est une erreur d’appeller les autres brisez.

Brochant, se dit des pieces qui passent sur d’autres, comme une fasce ou un chevron qui broche sur un Lion. Les chevrons de la Rochefoucaut brochent sur des burelles.

Burelé, se dit de l’Ecu rempli de longues listes de flanc à flanc, jusques au nombre de dix, douze ou plus, à nombre égal, & de deux émaux differens.

XVIII. LEÇON.

C.

Cablé, se dit d’une croix, faite de cordes ou de Cables tortillez.

Cabré, se dit d’un cheval acculé.

Canelé, se dit de l’engrêlure, dont les pointes sont en dedans & le dos en dehors, comme les canelures des colomnes en Architecture.

Cantonné, se dit de la croix, & des sautoirs, accompagnez dans les cantons de l’Ecu de quelques autres figures.

Carnation, se dit de toutes les parties du corps humain, particulierement du visage, des mains & des pieds, quand ils sont representez au naturel.

Ceintré, se dit du globe ou monde Imperial, entouré d’un cercle & d’un demi cercle en forme de ceintre.

Cerclé, se dit d’un tonneau.

Chappé, se dit de l’Ecu, qui s’ouvre en chappe ou en papillon, depuis le milieu du chef, jusques au milieu des flancs. Telles sont les armoiries des Peres Prêcheurs & des Carmes, & c’est l’image de leurs habits, de leurs robes, & de leurs chappes.

Chaperonné , se dit des Eperviers,

Chargé, se dit de toutes sortes de de pieces sur lesquelles il y en a d’autres. Ainsi le chef, la fasce, le pal, la bande, les chevrons, les croix, les lions, &c. peuvent être chargez de coquilles, de croissans, de roses, &c.

Chastelé, se dit d’une bordure & d’un lambel, chargez de huit ou neuf châteaux. La bordure de Portugal, & le lambel d’Artois sont chastelez.

Chaussé, est l’opposé de Chappé.

Chevelé, se dit d’une tête, dont les cheveux sont d’autre émail que la tête.

Chevillé, se dit des ramures d’une corne de cerf, & on dit: Chevillé de tant de Cors.

Chevronné, se dit d’un pal, & autre piece chargée de chevrons, ou de tout l’Ecu, quand il en est rempli.

Clariné, se dit d’un animal qui a des sonnettes, comme les vaches, les moutons, les chameaux, &c.

Cleché, se dit des arrondissemens de la croix de Tolose dont les quatre extremitez sont faites, comme les anneaux des clefs.

Cloué, se dit d’un collier de chien, & des fers à cheval, lorsque les cloux paroissenr d’autre émail.

Colleté, se dit des animaux, qui ont collier.

Componné, se dit des bordures, paux, bandes, fasces, croix & sautoirs, qui sont composés de pieces quarrées d’Emaux alternez, comme une tire d’Echiquier. Ainsi la bordure de Bourgogne & la bande de Vallins, sont componnées, la bordure de Seve, est contre-componnée, parce que leur Ecu étant fascé d’or & de Sable, & la bordure componnée de même, les compons d’or répondent aux fasces de sable, & ceux de sable aux fasces d’or.

Contourné, se dit des animaux, ou des têtes des animaux, tournées vers la gauche de l’Ecu.

Contrebandé, contrebarré, contrebretessé, contrecartdé, contresfascé, contrefleuré, contrepallé, contrepotencé, contrevairé, sont pieces dont les bandes, barres, brétesses, écartelures, fasces, fleurons, paux, potences & vairs sont opposez.

Contrepassant, se dit des animaux, dont l’un passe d’un côté, l’autre d’un autre.

Cordé, se dit des luths, harpes, violons, & autres instrumens semblables & des Arcs à tirer, quand leurs cordes sont de different émail.

Cotticé, se dit du champ ou de l’Ecu, rempli de dix bandes de couleurs alternées.

Couché, se dit du Cerf, Lion, Chien & autres animaux.

Coulissé, se dit d’un château, & d’une tour, qui ont la herse ou coulisse à ta porte.

Coupé, se dit de l’Ecu partagé par le milieu horizontalement en deux parties égales & des membres des animaux qui sont coupez nets, comme la tête, cuisses, &c.

Couplé, se dit des chiens de chasse, liez ensemble.

Courant, de tout animal qui court.

Courbé, est la situation des Dauphins & des Bars qui ne s’exprime pas, leur étant naturelle & propre en armoiries. II se dit des fasces un peu voutées en arc.

Couronné, se dit des Lions, du Casque & des autres choses, qui ont couronne.

Cousu, se dit du chef, quand il est de métal sur métal ou de couleur sur couleur, comme aux armoiries des Villes de Paris & de Lion, & des Maîsons de Bonne, de la Croix-Chevrieres & autres, en Dauphine & ailleurs.

Couvert, se dit d’une tour qui a un comble.

Cramponné, des croix & autres pieces, qui ont à leurs extrémitez une demie potence.

Crenelé, se dit des tours, châteaux, bandes, fasces & autres pieces à creneaux.

Cresté, se dit des coqs à cause de leur creste.

Croisé, se dit du goble impérial & des bannieres qui ont croix.

XIX. LEÇON.

D

Danché, se dit du chef, de la fasce, de la bande; & du parti, coupé, tranché, taillé & écartelé, quand ils se terminent en pointes aiguës, comme les dents.

Decoupé, se dit des lambrequins, qui sont découpez à feuilles d’Acante, & du papillonné.

De l’un en l’autre, se dit du parti, du coupe , du tranché , de l’écartelé , du fascé , du pallé, du bandé, &c. quand ils sont chargez de plusieurs pieces, qui sont sur l’une de ces parties, de l’émail de l’autre reciproquement & alternativement, comme aux armoiries de Builloud où l’Ecu est tranché d’argent & d’azur à trois tourteaux d’azur sur l’argent & trois besans d’argent sur l’azur.

De l’un à l’autre, se dit des pieces étendues qui passent sur les deux pieces de la partition, ou sur toutes les fasces, bandes, paux, en alternant les émaux de ces partitions, comme Rodes Barbarel en Dombe, porte parti de sable & d’argent à treize étoiles, rangées en trois paux, les cinq du milieu de l’un à l’autre, & les quatre de chaque flanc de l’un en l’autre.

Demembré, se dit de l’aigle, du lion & de tout autre animal, dont les membres sont separez.

Denté, se dit des dents des animaux.

Dentelé, se dit de la croix, de la bande & autres pieces à petites dents.

Deux un, se dit de la disposition ordinaire de trois pieces en armoiries, dont deux sont vers le chef & une vers la pointe, comme les trois fleurs de lys de France.

Diademé, se dit de l’aigle, qui a un petit cercle rond sur la tête.

Diapré, se dit des fasces, paux & autres pieces bigarées de diverses couleurs.

Diffamé, se dit du Lion, qui n’a point de queuë.

Divisé, se dit de la fasce, de la bande, qui n’ont que la moitié de leur largeur, l’on dit fasce ou bande en divise.

Donjonné, se dit des tours & châteaux qui ont des tourrelles.

Dragonné, se dit du Lion qui se termine en queue de Dragon.

XX. LEÇON.

E

Ecartelé, se dit de l’Ecu, divisé en quatre parties égales en banniere ou en sautoir.

Echiquueté, se dit de l’Ecu & des pieces principales, &c même de quelques animaux, comme les Aigles & les Lions, quand ils sont composez de pieces quarrées alternées, comme celles des Echiquiers :- dans l’Ecu, il saut pour le moins qu’il ait vingt quarreaux pour être dit échiqueté ; autrement ou le dit équipolé, quand il n’en a que neuf, & quand il n’y en a que quinze, comme aux armoiries de Tolede & de Quinnones, on dit quinze points d’Echiquier. Les autres pieces doivent pour le moins être échiquetées de deux tires, autrement elles sont dites componnées.

Ecoté, se dit des troncs & branches de bois dont les menues branches ont été coupées.

Effaré, se dit d’un cheval levé sur ces pieds.

Elancé, se dit d’un cerf courant.

Emanché, se dit des partitions de l’Ecu, où les pieces s’enclavent l’une dans l’autre, en forme de longs triangles piramidaux, comme aux armoiries de Vaudrey.

Embouté, se dit des manches des marteaux, dont les bouts sont garnis d’émail different.

Embrassé, se dit d’un Ecu parti, ou coupé, ou tranché d’une seule émanchure, qui s’étend d’un flanc à l’autre, comme on verra dans ma pratique aux armoiries des Allemands.

Emmanché, se dit des haches, marteaux, faulx, & autres choses qui ont manche.

Emmuselez, se dit des Ours, Chameaux, Mulets & autres animaux auxquels on lie le museau pour les empêcher de mordre & de manger.

Empené, se dit d’un d’ard, trait, oix javelot, qui a ses ailerons ou pennes.

Empiétant, se dit de l’oiseau de proye, quand il est sur sa proye, qu’il tiene avec ses serres.

Empoigné, se dit des fleches, javelots & autres choses semblables de figure longue, quand elles sont au nombre de trois ou plus, l’une en pal, les autres en sautoir assemblées & croisées au milieu de l’Ecu. Les fleches de la devise des Etats de Hollande sont de cette sorte.

Enchaussé, est le contraire de chapé & une figure rare.

Encoché, se dit du trait, qui est sur un arc, soit que l’arc soit bandé ou non.

Enclavé, se dit d’un Ecu parti, dont l’une des partitions entre dans l’autre par une longue liste.

Enclos, se dit du Lion d’Ecosse, qui est enclos dans un trescheur.

Endenté, se dit d’une fasce, pal, bande & autres pieces de triangles alternez de divers émaux.

Enfilé se dit des couronnes, annelets, lances & autres choses rondes ou ouvertes , passées dans des bandes , paux , fasces , lances , ou autres pareilles choses.

Englanté, se dit du chêne, chargé de glands.

Engoulé, des bandes, croix, sautoirs 8c toutes autres pieces, dont les extrémitez entrent dans des gueules de Lions, Leopards, Dragons, &c. comme les armoiries de Guichenon. Il y a aussi des mufles de Lions qui engoulent le Casque, comme” aux anciennes armoiries des Ducs de Savoye.

Engreslé, se dit des bordures, croix, bandes, sautoirs qui sont à petites dents, sort menues, dont les cotez s’arrondissent un peu.

Enguiché, se dit des cors, huchets & trompes, dont l’embouchure est de different émail.

Enlevé, se dit de certaines pieces qui paroissent enlevées, comme aux armoiries d’Anglure.

Ensanglanté se dit du Pelican & autres animaux sanglans.

Enté, se dit des partitions & des fasces, bandes, paux, qui entrent les uns dans les autres à ondes rondement.

Entravaillé, se dit des oiseaux, qui ayant le vol éployé, ont un bâton ou quelque autre chose passée entre les ailes & les pieds.

Entrelassé, se dit de trois croissans, de trois anneaux & autres choses semblables passées les unes dans les autres.

Entretenu, se dit des clefs & autres choses qui se tiennent liées ensemble par leurs anneaux.

Equippé, se dit d’un vaisseau qui a ses voiles, cordages & autres choses.

Equipollé, se dit de neuf quarrez, dont cinq sont d’un émail & quatre d’un autre alternativement.

Esbranché, se dit d’un arbre, dont les branches ont été coupées.

Escaillé, se dit des poissons.

Esclatté, se dit des lances rompues, & chevrons.

Esclopé, se dit d’une partition, dont une piece paroît comme rompue.

Escorché, se dit des Loups de gueules ou couleur rouge.

Espanoui, se dit des Fleurs de lys,-dont il sort des boutons entre les fleurons, & dont le fleuron d’en haut est comme ouvert, comme en celle de Florence.

Esployé, se dit des oiseaux, dont les aîles sont étendues.

Essorant, se dit des oiseaux qui n’ouvrent l’aîle qu’à demi, pour prendre le vent, & qui regardent le soleil.

Essoré, se dit des toits des maisons de divers émail.

Estincellant, se dit des charbons, dont sortent des étincelles, &

Estincellé d’un Ecu, semé d’étincelles.

Eviré, se dit du Lion, qui n’a pas la marque du sexe.

XXI. LEÇON.

F

Failli, se dit des chevrons rompus en leurs montans.

Fascé, se dit de l’Ecu couvert de fasces & des pieces divisées par longues listes.

Faux, se dit des armoiries qui ont couleur sur couleur, ou métail sur métail.

Fiché, se dit des croisettes, qui ont le pied aiguisé.

Fier, se dit du Lion herissé.

Fierté, se dit des Baleines dont on voit les dents.

Figuré, se dit du soleil sur lequel on exprime l’image du visage humain, de même des tourteaux, besans & autres- choses, sur lesquelles la même figure paroît, comme seroit un miroir, &c.

Flambant, se dit des paux, ondez & aiguisez en forme de flâmes.

Flanqué, des paux, arbres & autres figures qui en ont d’autres à leurs cotez: aux armoiries de Sicile, les paux d’Arragon sont flanquez de deux aigles.

Fleuré, se dit des bandes, bordures, orles, trescheurs & autres pieces dont les bords sont en façon de fleurs, ou de trefles.

Fleuri, se dit des rosiers & autres plantes, chargées de fleurs.

Florencé, se dit de la croix dont les extrêmitez se terminent en fleurs de lys.

Flotant, se dit des vaisseaux & des poissons sur les eaux.

Forcené, se dit d’un cheval effaré.

Frangé, se dit des Gonfanons, qui ont des franges, dont il faut spécifier l’émail.

Fretté, se dit de l’Ecu & des pieces principales, couvertes de bâtons croisez- en sautoirs, qui laisent des espaces Vuides & égaux en forme de lozanges.

Fruité se dit d’un arbre chargé de fruits

Feuillé, d’une plante qui a ses feuilles.

Furieux , d’un Taureau élevé sur ses pieds.

Fuselé, d’une piece chargée de fusées.

Fusté, d’un arbre dont le tronc est de differente couleur & d’une lance ou pique, dont le, bois est d’autre émail que le fer.

G

Gay, se dit d’un cheval nud, sans harnois.

Garni, d’un épée, dont la garde ou la poignée est d’autre émail.

Gironné, est l’Ecu divisé en six, huit, ou dix parties triangulaires, dont les pointes s’unissent au centre de l’Ecu.

Gorge, se dit de la gorge & col du Paon, Cigne & autres semblables oiseaux, quand ils sont d’autre émail.

Grilleté, se dit des oiseaux de proye qui ont des sonnettes aux pieds.

Gringolé, se dit des croix, sautoirs, fers de Moulin & autres choses pareilles, qui se terminent en têtes de serpens.

Guivré, est le même que vivré.

H

Habillé est un terme entendu de tout le monde.

Haussé, se dit du chevron & de la fasce, quand ils sont plus hauts que leur situation ordinaire.

Haut, se dit de l’épée droite.

Herissonné, d’un chat ramassé & accroupi.

Herse, d’une porte qui a sa coulisse abbatuë.

Houssé, d’un cheval qui a sa housse.

I

Issant, des Lions, aigles & autres animaux dont il ne paroît que la tête avec bien peu de corps.

Jumellé, se dit d’un sautoir, & d’un chevron de deux jumelles.

XXII. LEÇON.

L

Lampassé, se dit de la langue des j Lions & autres animaux.

Langué, de celle des aigles.

Leopardé, du Lion passant.

Levé, de l’Ours en pied.

Lié, des choses arrachées, comme clefs, huchets, &c.

Lionné , des Leopards rampans.

Lorré , des nageoires des poissons.

Losangé, de l’Ecu & figures couvertes de lozanges.

L’un sur l’autre, des animaux & autres choses, dont l’une est posée &c étendue au dessus d’une autre.

M

Mal ordonné, se dit de trois pieces mises en armoiries, une en chef, deux autres paralleles en pointe.

Mal taillé, se dit d’une manche d’habit bizarre; il n’y en a des exemples qu’en Angleterre.

Mantelé, se dit du Lion & autres animaux qui ont un mantelet, & de l’Ecu ouvert en chappe, comme celui des Henriquez que les Espagnols nomment tiercé en mantel.

Marché, est un vieux terme des anciens manuscrits, pour la corne du pied des vaches, &c.

Mariné, se dit des Lions & autres animaux qui ont queuë de poisson, comme les Sireines.

Masqué, se dit d’un Lion qui a un masque.

Massonné, des traits des tours, pans de mur, châteaux & autres bâtimens.

Membré, des cuisses & jambes des aigles & autres oiseaux.

Miraillé, des aîles de papillons.

Monstrueux, des animaux qui ont face humaine.

Montant, des écrevisses, croissans, épies & autres choses dressées, vers le chef de l’écu.

Morné, du Lion & autres animaux sans dents, bec, langues, griffes & queue.

Moucheté, se dit du milieu du papelonné, quand il est plein de mouchetures, des hermines.

Mouvant, se dit des pieces attenantes au chef, aux angles, aux flancs ou à la pointe de l’Ecu, dont elles semblent sortir.

Miparti, se dit de l’Ecu, qui étant, coupé est parti seulement en une de ses parties.

N

Naissant, se dit des animaux qui ne montrent que la tête, sortant de l’extremité du chef, ou du dessus- de la fasce, ou du second du coupé.

Naturel, se dit des animaux, fleurs & fruits representez, comme ils sont naturellement.

Nebulé, se dit des pieces faites en formes de nuées, comme la bordure des Comtes de Fustemberg.

Nervé, Ce dit de la fougere & autres- feuilles, dont les nerfs & fibres paroissent d’un autre émail.

Noué, se dit de la queue du Lion, quand elle a des noeuds en forme de houpes.

Noueux, se dit d’un écot, ou bâton à nœuds.

Nourri, se dit du pied des plantes qui ne montrent point de racine & des Fleurs de lys, dont la pointe d’embas ne paroît pas, comme aux armoiries de Vignacourt.

O

Ombré, se dit des figures qui sont ombrées ou tracées de noir, pour les mieux distinguer.

Ondé, se dit des fasces, paux, chevrons & autres- pieces un peu tortillées à ondes.

Onglé, se dit des ongles des animaux.

Oreillé, des Dauphins & des coquilles.

Ouvert, des Portes, des Châteaux Tours, &c.

XXIII. LEÇON.

P

Paillé, est le même que diapré.

Paissant, se dit des vaches & brebis qui ont la tête baissée pour paître.

Palisssé, se dit des pieces à paux ou fasces aiguisées, enclavées les unes dans les autres.

Pallé, se dit de l’Ecu & des figures chargées de paux

Papillonné, se dit d’un ouvrage à écailles.

Parti, se dit de l’Ecu & des animaux & autres pieces divisées de haut en bas, en deux parties égales & du chef des aigles à deux têtes.

Pasmé, du Dauphin sans langue, la hure ouverte.

Passant, des animaux qui semblent marcher.

Passé en sautoir, des choses qui sont mises en forme de croix de S. André.

Paté, des croix, dont les extrémitez s’élargiísent en forme de pate étendue.

Peautré, de la queue des poissons.

Pendant, des deux, crois, quatre, cinq &c. pieces pendantes des lambeaux.

Percé, des pieces ouvertes à jour.

Perché, des oiseaux sur la perche, & sur des branches.

Peri, en bande, en barre, en croix, en sautoir, de ce qui est mis dans le sens de ces pieces.

Pignonné, de ce qui s’éleve en forme d’escaliers de part & d’autre pyramidalement.

Plié, des oiseaux qui n’étendent pas les ailes, particulierement des aigles que l’on dit alors au vol plié.

Plumeté, est le même que le moucheté ou papelonné.

Pommetté, se dit des croix, & rais tournez en plusieurs boules ou pommes.

Posé, se dit du Lion arrêté sur Ces quatre pieds.

Potencé, se dit des pieces terminées en T.

R

Racourci, est le même qu’Alezé.

Ramé, est le même que chevillé pour les cornes des Cerfs, Daims, &c.

Rampant, se dit du Lion droit.

Rangé, de plusieurs choses-mises sur une même ligne en chef, en fasce ou en bande.

Ravisant, d’un Loup portant la proye.

Rayonnant, du soleil & des étoiles.

Recercelé, de la croix ancrée, tournée en cerceaux, & de la queuë des cochons & levriers.

Recoupé, des Ecus mi-coupez, & recoupez un peu plus bas.

Recroisetté, des croix, dont les branches sont d’autres croix.

Rempli, des Ecusions vuidez & remplis d’autre émail, comme Brezé.

Resercelé, des croix qui en ont une autre conduite en filet d’autre émail.

Retrait, des bandes, paux & fasces, qui de l’un de leurs cotez seulement ne touchent pas les bords de l’Ecu.

Rompu, des chevrons, dont la pointe d’en haut est coupée.

Rouant, du Paon qui étend sa queuë.

S

Saillant, d’une chevre & mouton ou bellier en pied.

Sanglé, du cheval & des pourceaux, & sangliers qui ont par le milieu du corps, une espece de ceinture d’autre émail.

Sellé, du cheval.

Semé , des pieces dont l’Ecu est chargé , tant plein que vuide & dont quelques parties sortent de toutes les extrémitez de l’Ecu.

Senestré, d’une piece qui en a une autre à sa gauche.

Sommé, d’un piece qui en a une autre au-dessus d’elle.

Soutenu, au contraire de celle qui en a une autre au-dessus.

Sur le tout, se dit d’un Ecusson qui est sur le milieu d’une écartelure & des pieces qui brochent sur les autres.

Sur le tout du tout, se dit de l’écusson qui est sur le milieu de l’écartelure d’un Ecusson, qui est déja sur le tout.

Surmonté, est le même que sommé.

T

Taillé, se dit de l’Ecu divisé diagonalement de gauche à droite en deux parties égales.

Terrassé, se dit de la pointe de l’Ecu faite en forme de champ plein d’herbes.

Tiercé, se dit de l’Ecu divisé en trois parties en long, en large, diagonalement ou en mantel.

Tige, se dit des palmes & fleurs.

Timbré, se dit de l’écu couvert du casque ou timbre.

Tortillant, se dit de la guivre ou serpent.

Tourné, du croissant & autres pieces tournées.

Tracé, est le même qu’ombré.

Tranchés se dit de l’écu divisé diagonalement en deux parties égales de droite à gauche.

Treillissé, est le fretté plus serré.

Trois, deux, un, se dit de six pieces disposées, trois en chef sur une ligne deux du milieu, & une en pointe de l’écu.

V

Vairé, se dit de l’écu, & des pieces chargées de vairs.

Vergette, se dit de l’écu rempli de paux, depuis dix au de-là.

Versé, se dit des glands, pommes de pin, croissans &c.

Vestu, se dit des espaces que laisse une grande lozange qui touche les quatre flancs de l’écu.

Vilené, se dit du Lion, dont on voie le sexe.

Virolé, des boucles, mornes & anneaux, des cornes, huchets, trompes.

Vivré, des fasces, bandes, paux, &c. à replis quarrez, comme la bande de la Baume.

Vuidé, se dit des croix & autres pieces ouvertes, au travers desquelles on voit le champ, ou sol de l’Ecu.

Comme ces choses s’entendent beaucoup mieux par les figures que par les descriptions que l’on en sçauroit faire, quelques exactes qu’elles puissent être, je vais donner en pratique ce que je n’ai fait qu’expliquer, & mettant chaque terme au dessus de chaque figure, j’en vais rendre la demonstration aisée à tous ceux qui veulent s’instruire des termes du Blason. Je le fais par des exemples connus & de Familles celebres, afin qu’en même-tems on puisse apprendre deux choses: les armoiries de ces Maisons & la maniere de les déchiffrer en termes propres. On n’aura qu’à les confronter avec les explications precedentes, pour tirer tous les éclaircissemens necessaires à la science du Blason pour les premiers élemens. Car comme j’ai déja observé ci-devant, ceux qui veulent s’en instruire plus à fond, doivent lire ce que j’ai écrit de l’origine des armoiries & de leurs ornemens, de l’usage & de la pratique du Blason: des diverses especes de Noblesse, de ses preuves, de la maniere de dresser les quartiers & de l’ancienne Chevalerie, qui est la matiere la plus curieuse de cette science, des marques de Noblesse.

EXEMPLES

Par lesquels on peut voir l’application de tous les termes précédens.

A

abaissé.

  • 1. François de Boczossel .L Mongontier, Chevalier de l’Ordre de Saint Jean de Jerusalem, Commandeur de S. Paul, Marêchal de son Ordre, & dépuis Bailly de Lyou. D’or au chef échiqueté d’argent & d’azur de deux tires, abaisse sous un autre chef des armoiries de la Religion de S. Jean de Jerusalem, de gueules à la Croix d’argent.
  • 2. Chappellain, d’azur au chevron d’or abaisse sous une trangle d’or, chargée de trois roses de gueules. Quelques-uns nomment mal à propos cette trangle un chef abaissé : il n’y a point en armoiries de chef qui ne tienne immédiatement au bord superieur de l’écu, ainsi tout chef abaissé est celui qu’étant chef dans des armes, devient par accident abaissé íous un autre chef de patronage, de concession ou autrement.
  • 3.

    Cybo, Prince de Massa & de Carrare, de gueules à la bande échiquetée d’argent & d’azur, au chef d’or à la croix de gueules, des armoiries de la Republique de Genes, accordées par le Senat à Guillaume Cybo, qui avoit traité les affaires de la Republique auprès du Pape. Ce chef de la Republique est abaissé sous un autre chef de l’Empire, d’or à l’aigle à deux têtes de sable, avec un liston d’argent tortillé en fasce, chargé du mot libertas: l’Empereur Maximilien ajoûta ce chef à leurs armoiries, quand il fit Alberic Cybo Prince de l’Empire.

    Une Concession semblable abaisse le chef des armoiries des Odescalchi, dont étoit le Pape Innocent XI. sous un chef du Royaume des Romains d’un aigle de sable.

  • 4. Montconis en Bourgogne, de gueules à la face d’argent, abaissée sous une face ondée d’or,
  • 5. Du Faing, Comte d’Asselt aux païs-bas, d’or à l’aigle de sable membré & langué de gueules, au vol abaissé
  • 6. Bevilaqua, à ferrare en Italie, de gueules au demi vol senestre abaissé d’argent.
  • 7. Cavalieri ou de Cavaleris, à Ro me, d’azur au levrier courant d’argent, à la bordure endentée d’argent & d’azur, abaissée sous un chef de gueules à l’aigle à deux têtes naissant d’or & couronné.
  • 8. Le Cardinal Constance Buocafoco, Religieux de l’Ordre de Saint François, de gueules à une tête de Seraphin à six aîles, les deux d’en- haut élevées & terminées en sautoir, les deux du milieu esployées & abaissées, les deux d’en bas abaissées & terminées en sautoir vers la pointe de l’écu.

Abouti.

  • 9. Hurleston, en Angleterre, d’argent à quatre queues d’hermines en croix & aboutées en cœur.
  • 10. V. SCREISBERSDORF en Silesie, de gueules à trois panelles ou feuilles de peuplier d’argent en pairle , les queues aboutées en coeur.
  • L’Armorial Allemand a plusieurs pieces ainsi aboutées,plusieurs pieces ainsi aboutées.
  • 11. Assalenc la Gardette en Dauphine, d’azur au croissant d’argent, lurmonté d’une étoile ou comete à íept rais, le plus long abouté dans le centre du croissant,.
  • 12. Melaten la même Province, coupé, emmanché de gueules & d’argent, les trois pointes emmanchées de gueules, aboutées d’autant de roses en face abaissée.

Acollé.

  • 13. Rohan en Bretagne, de gueules à neuf macles d’or, acolées & aboutées trois trois, en trois fasces.
  • 14. Vidoni à Cremone, d’argent à une tour de gueules, ajourée de sâble, une tige de vigne de sinople avec ses pampres & ses raisins naissant de la porte & acolant la tour entrant & sortant par les fenestres & couronnant la cime.
  • 15. Du Bellay en Anjou, d’argent à la bande de fusées, acostées & acolées de gueules, accompagnée de six fleurs-de-lys d’azur en orle.
  • 16. Biscia à Rome, de gueules à la colonne d’or, couronnée de même d’une couronne à l’antique de pointes ou rayons, la colonne acolée d’une couleuvre, bysse ou guivre d’azur à quatre tournans, l’issant de gueules.
  • 17. Dans le grand écusson des armoiries des Archiducs d’Inspruck, il y a quatre écussons acolez & arrondis par le bas, Arragon, Sicile, Carinthie & Tyrol.
  • 18. Beaujeu, anciens Comtes ou Sires du Beaujolois, d’or au lion de sable armé & lampassé de gueules, acolé d’un lambel de cinq pendans de gueules.
  • 19. Beon en Guienne, d’argent à deux vaches de gueules, accornées, acolées, & clarinées d’azur.
  • 20. BERMON en Languedoc, d’or à l’Ours rampant ou sur pié, de gueules acolé d’une épée d’argent avec la ceinture de même.
  • 21. NicolaÏ à Paris, où il y a eu sept premiers Présidens de la Chambre des Comptes, d’azur au levrier courant d’argent, acolé & bouclé d’or.

Accompagné.

  • 22. Esparbez en Guienne, d’argent à la face de gueules accompagnée de trois merlettes de sable.
  • 23. Aumont dans l’Isle de France, d’argent au chevron de gueules, accompagné de sept merlettes de même, quatre en chef, trois en pointe une & deux, ou mal ordonnées.
  • 24. Sautereau en Dauphiné, d’azur à la Croix d’or, accompagné de quatre éperviers d’argent, bequez, membrez, liez & grillerez d’or.
  • 25. Isnard au Comtat d’Avignon, de Sable au sautoir d’argent accompagné de quatre moletes de même.
  • 26. Chastelus en Bourgogne, d’azur à la bande d’or accompagnée de sept billettes de même en orle.
  • 27. Le Goux en la même Province, d’argent à la tête de more de sable, tortillée d’argent, accompagnée de 2 moletes de gueules. M. l’Archevêque de Narbonne est de cette Maison, qui a donné deux premiers Presidens au Parlement de Grenoble, & un Chancelier aux Ducs de Bourgogne.
  • 28. Arbalete à Paris, d’or au sautoir engrelé de sable, accompagné de 4. arbaletes de gueules.
  • 29. Gougnon en Berry, originaire d’Auvergne, d’azur à un poisson d’argent en face, accompagné de 3 étoiles étincelantes d’or.

Acorné.

  • 30. Musterton en Angleterre, de gueules à une licorne passante d’argent, accornée & onglée d’or.
  • 31. Saint Belin en Champagne, d’azur à trois rencontres de belier d’argent, accornées d’or.

Acosté.

  • 32. Villeprouvée en Anjou & en Champagne, de gueules à la bande d’argent acostée de deux cottices d’or.
  • 33. Badoncourt en Lorraine, d’azur à la bande d’or acostée de 7 billettes couchées, 3 en chef 1 & 2 quatre en pointe 3. 1.
  • 34. Miremont en Champagne, d’azur au pal d’argent, freté de sable, acosté de deux fers de lance du second.
  • 35. Du Lis, dont étoit la Pucelle d’Orleans, d’azur à I’épée haute d’argent, la garde d’or, surmontée d’une couronne couverte de France, & acostée de deux fleurs-de-lys d’or.
  • 36. Rocaberti en Catalogne, d’or à trois pals de gueules, acostez de douze Rocs d’Echiquier, trois à trois.
  • 37. Cottington en Angleterre, de sable à deux biches contrepassantes, acostécs & adossées d’argent.
  • 38. Sainte Marthe, d’argent à trois fusées, & deux demies acostées, acolées en face de sable, au chef, même.
  • 39. Canpi à Genes, d’azur à deux demi vols acostez, & adossez d’argent.

Acroupi.

  • 40. Paschal Coulombier en Dauphiné, d’argent à un Singe acroupi de gueules. Quelques-uns de la même famille l’ont porté rampant.
  • 41. Die Schertlim V. Burtembac en Silesie, d’azur au Leopard acroupi en face d’or, tenant d’une patte une clef d’argent, & de l’autre une fleur-de-!ys de même.
  • 42. Dragho à Genes, d’azur au Dragon acroupi d’argent.
  • 43. Stroode en Angleterre, d’argent à trois lapins accroupis de sable.

Aculé.

  • 44. Harling en Angleterre, d’argent à la licorne accolée de íable, acornée & onglée d’or.
  • 45. Ronchaux en Bourgogne, d’azur à deux croissans aculez d’argent ac compagnez de 4 bezans en croix d’or.
  • 46. La Province de Guipuscoa en Espagne, de gueules à six canons sur leurs afusts, aculez deux à deux d’argent.
  • 47. Illuminati à Genes, d’azur au croissant figuré, versé & aculé à un flambeau allumé d’argent, issant en pal du dos du croissant. Adextré.
  • 48. Thomassin en Provence, de sable semé de faulx d’or, le manche en haut, adextré & senestré de même.
  • 49. Visemal en Bourgogne & aux Pays bas, de gueules au chevron d’argent, adextré en chef d’un croissant de même.
  • 50. L’Eglise d’Ambrun en Dauphine, de gueules au pallium d’argent, orné de cinq croix de sable, adextré d’une crosse d’or & senestré d’une mitre d’argent.
  • 51. Cubleze en Vellay, de gueules à une tour d’argent, adextrée d’une fleur de lys d’or, & senestrée d’une étoile de même, à la bordure de sable, semée de fleurs de lys d’or, liserée d’argent.
  • 52. Descordes en Hainaut, d’or à deux lions adossez de gueules.
  • 53. Blammont en Lorraine, de gueules à deux bras adossez d’argent.
  • 54. CLUGNYen Bourgogne, d’azur à deux clefs d’or adossées en pal, attachées par les anneaux.
  • 55. Achey en Bourgogne, de gueules à deux haches d’or adossées en pal.

Affronté.

  • 56. Jonac en Vivarés, de gueules à deux levretes affrontées d’argent, acolées de sable, clouées d’or.
  • 57. Ancesune Caderousse au Comtat d’Avignon, de gueules à deux dragons monstrueux, à face humaine de barbe de serpens, affrontez d’or.
  • 58. Colston dans le Comté d’Esscx en Angleterre, d’azur à deux bar beaux affrontez d’argent.
  • 59. Chiavaro à Genes, de gueules à deux clefs d’or affrontées en pal.

Aiguisé.

  • 60. Chandos, d’argent au pal aiguisé de gueules.
  • 61. Fiquemont en Lorraine, d’or à trois pals aiguisez de gueules, surmontez d’un lion leopardé de sable.
  • 62. Vieille-Maison, d’azur à la herse d’argent de trois pals aiguisez.
  • 63. V. Mestelpach en Baviere, de gueules à la face aiguisée.

Ajouré.

  • 64. Viry en Bourgogne, de sable à la croix anchrée d’argent, ajourée en coeur en quarré; c’est-à-dire, ouverte au milieu. Ce sont des croix de fer de moulin.
  • 65. Ruesdolf en Baviere, de sable ajouré en chef d’argent de trois piceces quarrées.
  • 66. Fezay en Bourgogne, parti d’argent & de gueules à la croix anchrée, ajourée en quarré de l’un à l’autre.
  • 67. Prunier en Dauphiné, de gueules à la tour d’argent, donjonnée, & maçonnée de sable, ouverte & ajourée de gueules.

Les macles, les rustres, & les moletes sont ajourées en armoiries, ce qui ne s’exprime pas en blasonnant, parce que c’est par là qu’elles sont distinguées, & qu’elles reçoivent les noms de macles, de rustres & de moletes, à la difference des lozanges, & des étoiles.

Ailé.

  • 68. Manuel en Espagne, de gueules à une main de carnation ailée d’or, tenant une épée d’argent, la garde d’or.
  • 69. Cadenet en Bresse & en Provence, d’azur au taureau aîlé & élancé d’or.
  • 70. Cauchon Maupas en Champagne; de gueules au grifon d’or aîlé d’argent.
  • 71. Ambel en Dauphine, d’or au moulin à vent d’argent, sur une terre de sinople, & brochant sur ses ailes étendues de gueules. Ce qui empêche la fausseté, & la position de métal, sur métal.

Alezé.

  • 72. L’aubespine, d’azur au sautoir alezé d’or, accompagné de 4.billertcs de même.
  • 73. Xaintrailles, d’argent à la croix alezée de gueules.
  • 74. Palavicini à Genes, cinq points d’or équipollez à quatre d’azur au chef d’or, chargé d’une estacade alesée de sable. Cette estacade est de pals liez les uns aux autres Palavicini.
  • 75. Argentré en Bretagne, d’argent à la croix patée & alezée de gueules.

Allumé.

  • 76. Perrucaru de Balon en Savoye, de sinople à trois têtes de perroquets d’argent, allumées & bequées de gueules, au chef d’argent, chargé d’une croix treflée de sable.
  • 77. La Fare en Languedoc, d’azur à trois flambeaux d’or, allumés de gueules.
  • 78. Tizoni à Verceil en Lombardie, d’azur à trois tisons de sable en bande & acostez aux uns des autres, allumez de gueules par les bouts & sur les côtes.
  • 79. Flammen en Tirol, d’argent à une Montagne de sable, allumée & flambante de trois flâmes de gueules, tortillantes en pointes vers le chef.

Anché.

  • 80. Tournier S. Victoret, à Marseille, de gueules à l’écuston d’or, chargé d’un aigle de sable, l’écusson embrasse de deux sabres badelaires, ou braquemars, anchez d’or, les poignées vers le chef.
  • 81. V. Molsbach au Rhin, d’azur à la perche droite d’un bois de cerf anchée & chevillée de six cors d’argent.
  • 82. Schambach en Baviere, de gueules à la bande anchée d’argent, chargée de deux poissons d’azur affrontez & étendus le long de la bande. Anché est le même que courbé, & vient de l’Espagnol hincado.

Anchré.

  • 83. Broglio originaire de Piemont, d’or au sautoir anchré d’azur. Cette Maison s’est établie en France, où ceux de ce nom servent avec honneur dans nos armées, à l’exemple de leur Pere, mort au service da Roi, lorsqu’il avoit un brevet de Maréchal de France.

Angle.

  • 84. Machiavjelu à Florence, d’argent à la croix d’azur anglée de quatre cloux de même.
  • 85. Lugo en Espagne, de gueules à la croix d’Alcantara d’or remplie de sinople & anglée de 4. épies d’or.
  • 86. Lambert en Savoye, d’argent au pal d’azur, chargé d’une croix d’or, anglée de rayons à trois pointes de même. La Croix des Chevaliers du S. Esprit est anglée de quatre fleurs de .lys.

Animé

  • 87. Penmarch en Bretagne, de gueules à une tête & col de cheval d’argent, animée & bridée de sable.

Antique.

  • 88. L’Evesché de Freyssing en Baviére, d’argent au bust de more de sable, couronné d’or à l’antique & vétu de gueules.
  • 89. La Ville de Montpellier en Languedoc, de .. à la Notre-Dame, tenant l’Enfant – Jesus, & assise dans une chaise à l’antique, &c.
  • 90. La Bourdonnure, d’azur à trois fers de lance à l’antique, ou trois pointes de bourdons d’argent.
  • 91. Les Comtes d’Althann en Allemagne, de gueules à la face d’argent, chargée d’un A gothique de sable où à l’antique.

Apaumé.

  • 92. Baudry Piencourt en Normandie, de sable à trois mains droites, levées & apaumées d’argent.

Apointé.

  • 93. Armes en Nivernoîs, de gueules à deux épées d’argent, apointées en pile vers la pointe de l’écu, les gardes en bande & en barre, à une rose d’or en chef entre les gardes, & une engrelure de même au tour de l’écu.
  • 94. Aquin en Dauphine, d’azur à quatre piles renversées d’argent, appointées vers le chef en chevron; ces armoiries sont parlantes; c’étoierrt anciennement cinq A à l’antique liez qui faisoient un A quint.
  • 95. Die Golstein en Saxe, de gueules à trois fleurs de lys en pairle d’argent, mouvantes de trois angles de l’écu, & apointées par la tête en cœur de l’écu.

Ardent.

  • 96. Cardonnieres en Auvergne d’azur à quatre bandes d’argent, chargées de charbons de sable, ardents de gueules.
  • 97. Don Vela en Espagne, d’argent à l’aigle de sable, vêtu d’azur, à quatre flambeaux d’argent, ardents ou allumez, d’or & posez dans le sens des quatre traits du vêtu dont les quatre cotez sont acostez de ces flambeaux.
  • 98. La Styrie Province d’Allemagne, de sinople au Taureau furieux d’argent, ardent de gueules par les oreil les, la gueule & les nazeaux. Ceux qui n’ont pas entendu que Stier signifie en Allemand un taureau, & qu’il fait des armoiries parlantes dans l’écu de Styrie, en ont fait un animal monstrueux de la forme d’un griffon.
  • 99. Macloide, en Ecoste, d’or à la montagne d’azur ardente & enflamée de gueules.

Armé.

  • 100. Bertrand de la Perouse & Chamosset, dont il y a eu plusieurs Presidens au Senat de Chambery, d’or au lion de Table, armé, lampasse & couronné de gueules.
  • 101. Blandrate Comtes de S. Georges en Piemont; de gueules à un homme armé, monté sur un cheval bardé & caparassonné, tenant du bras gauche un bouclier, & levant la droite avec une épée nue, prêt à fraper, le tout d’argent, ou plus succinctement, de gueules à un Saint George d’argent, parce que c’est ainsi que l’on peint ce Saint.
  • 102. Sarras en Provence, alliance des Alberts de Luynes, d’azur à la massuë d’or, armée de piquerons d’argent, dressée en pal, au chef d’argent chargé d’un gonfanon de gueles à deux pendans.

Arraché.

  • 103. De Launay en Bretagne, d’argent à un arbre de sinople arraché.
  • 104. Groin en Berry, d’argent trois têtes de lion arrachées de gueules, couronnées d’or.
  • 105. Valpergue en Piémont, d’or à une tige de chanvre arrachée de sinople, & deux faces d’argent brochant sur le tout.
  • 106. Del Bene à Florence, d’azur à deux fleurs de lys à tiges arrachées & passées en sautoir d’argent.

Arrêté.

  • 107. Baglione, Marquis de Morcone à Florence, & Baillon Comte de la Sale à Lyon, dont il y a eu un Evêque de Poitiers, d’azur au lion léopardé d’or, arrêté & appuyé de la pate droite de devant sur un tronc de même, trois fleurs de lys d’or rangées en chef, surmontées d’un lambel de quatre pieces de même.
  • 108. Du Fou du Vigean en Bretagne, d’azur à la fleur de lys d’or, deux éperviers d’argent affrontez, perchez & arrêtez sur les deux feuilles re courbées de la fleur de lys.

Arrondi.

  • 109. Medicis, Grands Ducs de Florence, d’or à cinq boules de gueules en orle, en chef un tourteau d’azur chargé de trois fleurs-de-lys d’or.

    Je nomme boules les pieces de gueules de ces armoiries, parce que dans tous les anciens monumens de Florence & de Rome, on les voit arrondies en boules; Tous les Italiens les blasonnent ainsi boule.

  • 110. Miron Catelans d’origine, de gueules au miroir arrondi d’argent, bordé d’un cercle pommeté de même.

Assis.

  • 111. Brachet à Orleans, de gueules au chien braqué assis d’argent.
  • 112. Louell en Angleterre d’argent au chevron d’azur, accompagné de trois écureuls assis de gueules.
  • B

    Bâillonné.

    • 1. Bournens au païs de Vaux, d’argent au lion de sable baillonné de gueules à la bordure componnée d’argent & de sable.

    Bandé.

    • 2. Miolans en Savoye, bandé d’or & de gueules.
    • 3. Pons la Case, d’argent à la face bandée d’or & de gueules.
    • 4. Les Landgraves de Hesse; d’azur au lion bandé d’argent & de gueules de huit pieces, d’autres disent de dix, couronné d’or.

    Barbé.

    • 5. Boucherat, dont il y a eu un Chancelier, d’azur au coq d’or bequé, membré, crêté & barbé de gueules.
    • 6. Les anciens Dauphins & la Province de Dauphiné, d’or au dauphin d’azur, crêté, oreillé & barbé de gueules.

    Bardé.

    • 7. Riperda au païs de Groningue, de sable au cavalier d’or, le cheval bardé & caparassonné d’argent.

    Barré.

    • 8. Urtieres en Savoye, Maison éteinte, barré d’or & de gueules, à la bande de lozanges acolées de l’un en l’autre. Le Chevalier Guichenon, qui n’avoit pas vu ces armoiries les a mal blasonnées, & mal representées dans son Histoire Genealogique de Savoyé. Je les ai vûës dans une vitre de la Chapelle de l’ancien château d’Urtieres, & sur un tableau d’un Autel des Dominicains de Chamberi.

    Bastillé.

    • 9. Belot en Franche-Comté, d’argent à trois lozanges d’azur, au chef cousu d’or, bastillé de trois pieces.
    • 10. Juglat en Auvergne, d’azur à la bande d’argent bastillée de trois pieces, acostée de cinq étoiles, trois en chef, deux en pointe.

    Bataillé.

    • 11. Bellegarde, d’azur à une cloche d’argent, batailléc de sable.
    • 12. Guiffray Vachat en Bugeai, d’azur au grifon d’or, bequé d’argent.

    Besanté.

    • 13. Rochefort en Angleterre, écartelé d’or & de gueules, à la bordure besantée d’or.

    Bigarré.

    • 14. Rancrolles en Picardie, de gueules à un papillon d’argent, miraillé & bigarré de sable.

    Billeté.

    • 15. Conflan d’Auchy & Brenne, d’azur au lion d’or, l’écu billetéde même.

    Bordé.

    • 16. Thomas d’Embri, d’or à la bande d’or bordée & dentelée de gueules.

    Bouclé.

    • 17. Le Fevre de Laubiere, d’azur au levrier rampant d’argent, acolé de gueules, bordé & bouclé d’or.

    Bourdonné.

    • 18. Rochas en Provence, d’or à la croix bourdonnée ou pommetée de gueules, au chef d’azur, chargé d’une étoile d’or.

    Boutonné.

    • 19. Gotafrey en Dauphine, d’argent à trois rôles de gueules, boutonnées d’or.

    Bretessé.

    • 20. Scarron à Paris, originaire de Quiers en Piémont, d’azur à la bande bretessée d’or.

    Brisé.

    • 21. Viole à Paris, d’or à trois chevrons brisez de sable.

    Brochant.

    • 22. La Rochefoucaut en Angoumois, burelé d’argent & d’azur, à trois chevrons de gueules brochant sur le tout.
    • 23. Torsay, burelé d’argent & d’azur, à la bande de gueules brochant sur le tout.
    • C

      Cabré.

      • 1. La Chevalerie dans le Maine, de gueules au cheval cabré d’argent.

      Cantonné.

      • 2. Remond de Modene en Provence, de gueules à la croix d’argent, cantonnée de quatre coquilles de même.

      Carnation.

      • 3. La ville de Treves, d’argent à un S. Pierre de carnation, vêtu d’azur, tenant de la main droite deux clefs d’or passées en sautoir.

      Ceintré.

      • 4. Regard en Savoye, d’azur au globe d’or ceintré & croise de gueules.

      Cerclé.

      • 5. Barillon en Anjou, de gueules à trois barillets couchez d’or, cerclez de sable.

      Chapé.

      • 6. Brunecoff en Suisse, & au Comté de Bourgogne, d’argent chapé de gueules.

      Chaperonné.

      • 7. Mangot , d’azur à trois éperviers d’or, chaperonnez de grilletez avec leurs longes de même.

      Chargé.

      • 8. Francheville en Bretagne, d’argent au chevron d’azur, chargé de six billettes d’or dans le sens des jambes du chevron.
      • 9. La Vérone, au Maine, de gueules au chef d’argent, chargé de trois coquilles de sable.
      • 10. Maillans d’Anglefort en Bresse, d’or à la bande de gueules, chargée de trois croissans d’argent.
      • 11. Rouvroy S. Simon, de sable à la croix d’argent, chargée de cinq coquilles de gueules.

      Chatelé.

      • 12. Artois, semé de France au Iambel de gueules, chatelé de neuf pieces d’or, trois sur chaque pendant, en pal l’un sur l’autre.

      Chaussé.

      • 13. Espallart à Bruxelles, de gueules à trois pals d’argent chaussé d’or, coupé d’azur, à une face vivrée d’or.

      Chevelé.

      • 14. Le Gendre à Paris, d’azur à la face d’argent accompagnée de trois têtes de filles chevelées d’or.

      Chevillé.

      • 15. Vogt en Suaube, d’or au demi bois de cerf, chevillé de cinq dagues ou cors de sable tourné en cercle.

      Chevronné.

      • 16. Arberg Valengin en Suisse & Bourgogne, de gueules au pal chevronné d’or & de sable.

      Clariné.

      • 17. Seneret au Gevaudan, d’azur au bélier paissant d’argent, acolé & clariné d’or.

      Cleché.

      • 18. Venasque au Comtat d’Avignon, d’azur à la croix vuidée, clechée & pommetée d’or.

      Cloué.

      • 19. Montferrier, d’or à trois fers de cheval de gueules, clouez d’or.

      Coleté.

      • 20. Thierri, d’azur à trois têtes de levriers d’argent, soletées de gueules.

      Componné.

      • 21. Vallin en Dauphiné, de gueules à la bande componnée d’argent & d’azur. Briçonnet à Paris, d’azur à la bande componnée d’er & de gueules de cinq picces ou compons, le second chargé d’une étoile d’or & accompagné vers le chef d’une autre, étoile de même.

      Contourné.

      • 22. Les anciens Comtes de Charolois, de gueules au lion d’or, la tête contournée.

      Contrebandé.

      • 23. Morbier en Stirie, parti & contrebandé d’or & de gueules.

      Contrebretessé.

      • 24. De Paola à Gènes, d’azur au pal contrebretessé d’or.

      Contrecoté.

      • 25. Pianelle vers la riviere de Genes & à Lyon, coupé de gueules & de sable, au tronc contrecoté d’or, peri en face sur le tout.

      Contrecomponné.

      • 26. Seve à Lyon & à Paris, originaires de Piémont, facé d’or & de sable, à la bordure contrecomponnée de même.

      Contremanché.

      • 27. Ottenberger en Suaube, parti, coupé, & contremanché de sable & d’argent de l’un en l’autre.

      Contrefacé.

      • 28. Vesterholl en Allemagne, contrefacé de sable & d’argent de trois pieces.

      Contreflambant.

      • 29. Prandtner en Styrie, d’argent à un bâton de gueules, flambant & contreflambant de dix pieces de même.

      Contrefleuré.

      • 30. Bossut au Païs de Liege, d’or au double trescheur, fleuré, contre fleuré de sinople au sautoir de gueules brochant sur le tout.

      Contreéchiqueté.

      • 31. Die Tangel en Turinge, facé d’argent& de gueules, à la bordure contrechiquetée de gueules &: d’argent de deux tires.

      Contrepalé.

      • 32. Meirans en Provence, contrepalé d’argent & d’azur, à la face d’or.

      Contrepassant.

      • 33. Du Chêne, d’argent à deux écureuls de gueules, l’un sur l’autre, l’un passant & l’autre contrepassant.

      Centreposé.

      • 34. Wolloviez en Lithuanie, de gueules à deux pheons ou fers de dards triangulaires contrepolez en pal d’or.

      Contrepotencé.

      • 35. Cambray , de gueules , à la face potencée & contrepotencée d’argent remplie de sable, accompagnée de trois loups d’or.

      Contrerampans.

      • 36. Merea à Genes, d’azur à deux griffons d’or, contrerampans à un arbre de sinople.

      Contreissant.

      • 37. Becuti au Royaume de Naples, d’azur au chevron d’or, à deux lions adossez & contreissants des flancs du chevron de même.

      Contrevairé.

      • 38. Eltersdore en Bavière, vairé & contrevairé de quatre tires, à la face d’or.

      Ceintré.

      • 39. Tirelli Casuli à Cosance au Royaume de Naples, coupé d’argent & d’azur, à la face ceintrée d’or.

      Cordé.

      • 40. Arpajou en Roiiergue, d’azur à une harpe, cordée d’or.

      Coticé.

      • 41. Escaieul, coticé d’argent & d’azur.

      Couché.

      • 42. Caminca au Pais de Frise, d’or au cerf couché de gueules, accompagné de trois peignes.

      Coulissé.

      • 43. Vieux Chatel, de gueules au chateau à trois tours d’argent, coulissé de sable.

      Coupé.

      • 44. Lomellini à Genes, coupé de gueules & d’or.
      • 45. Schomberg, d’argent au lion coupé de gueules & de sinople.
      • Couplé.

        • 46. Phelippe de Billy à Paris, d’argent au chevron de gueules, accompagné de trois glands & de trois olives de sinople, un gland & une olive, couplez & liez de gueules.

        Courant.

        • 47. Jaquemet, d’azur à une bande d’or, acostée de deux cerfs courans de même.

        Courbé.

        • 48. Beget en Forêt, d’azur au dauphin courbé d’argent accompagné de trois étoiles de même.

        Couronné.

        • 49. Bournonville en Flandre, de sable au lion d’argent, couronné d’or, armé & lampassé de même, la queue forchuë & passée en sautoir.
        • 50. Bonne de Lesdiguieres en Dauphiné, de gueules au lion d’or, au chef cousu d’azur, chargé de trois roses d’argent.

        Couvert.

        • 51. Leydet Fombeston, de gueules à la tour couverte d’or.

        Crenelé.

        • 52. La Lande en Bretagne, d’argent à la fasce crenelée de gueules.

        Crête.

        • 53. Vavgue en Vivarez, d’azur au coq d’argent, crête & barbelé de gueules.

        Croise.

        • 54. Gabriel en Italie, d’azur à trois besans d’argent, croisez de gueules, un croissant d’argent en abîme, & une bordure endentée d’argent & de gueules.
        • D

          Danché.

          • 1. Cossé en Anjou, de sable à trois fasces danchées par le bas d’or, autrement nommées feuilles de scie.

          Découpé.

          • 2. Ronqueroles, de gueules decoupé d’argent.

          De l’un a l’autre. ET De l’un en l’autre,

          • 3. Rodes Barbarel au Païs de Dombes, parti de sable & d’argent, à treize étoiles, cinq en pal de l’un à l’autre, acostées de huit autres de l’un en l’autre, quatre d’argent sur le sable, & de sable sur l’argent.
          • 4. Bullioud à Lyon, tranché d’argent d’azur, trois tourteaux d’azur sur l’argent, & trois besans d’argent sur l’azur en orle.

          Dentelé.

          • 5. Estourmel au Cambresis, d’azur à la croix dentelée d’argent.

          Deux & un.

          • 6. Cotereau à Tours, d’argent à trois, Lezards montans de sinople.

          Diapre.

          • 7. Mascarel en Normandie, d’argent à la face d’azur, diaprée d’un aigle & de deux lions enfermez dans des cercles d’or, accompagnée de trois roses de gueules.

          Divise.

          • 8. Poisieu en Dauphiné, de gueules à deux chevrons d’argent, sommez d’une divise de même

          Donjonné.

          • 9. Castellane en Provence, de gueules à la tour donjonnée de trois pieces d’or.

          Dragonné.

          • 10. Bretigny, d’or au lion dragonné de gueules, armé, lampaste & couronné d’or.
          • E

            Ecartelé.

            • 1. Rêvant, écartelé d’argent & d’azur.

            Echiqueté.

            • 2. Lotin de Charny à Paris, échiqueté d’argent & d’azur.
            • 3. Cambout Duc de Coaslin, de gueules à trois faces échiquetées d’argent & d’azur de deux tires.
            • 4. Perleoni à Rome, d’argent au lion échiqueté d’or & de sable.

            Ecoté.

            • 5. Lecheraine en Savoye, d’azur à la bande écotée d’or.
            • 6. Chesnel. en Xaintonge, d’argent à trois écots droits de sinople

            Efaré.

            • 7. Gleispach en Allemagne, d’azur au cheval effaré d’argent, mouvant d’une monticule de sinople.

            Elancé.

            • 8. Seguiran en Provence, d’azur au cerf élancé d’or.

            Emanché.

            • 9. Hotman à Paris, originaires du Païs de Cleves, parti, émanché d’argent & de gueules.

            Embrassé.

            • 10. Domantz en Allemagne, d’argent, embrasse de gueules.

            Emmanché.

            • 11. Faoud en Normandie, d’azur à trois faulx d’argent, emmanchées d’or.

            Emmuselé.

            • 12. Montor de Museau, d’argent à une tête d’ours de sable, emmuselée de gueules.

            Emoussé.

            • 13. Salo à Paris, de gueules à trois fers de lances, émoussez d’argent.

            Empenné.

            • 14. Arc, d’azur à un arc d’or, chargé de trois fléches d’argent, empennées d’or, celle du milieu encochée, & les deux autres passées en sautoir.

            Empietant.

            • 15. Tarlet en Bourgogne, d’azur au faucon d’or, grilleté d’argent, empietant une perdrix d’or, bequée & onglée de gueules.

            Empoignée.

            • 16. Bons Comtes d’Entremont en Provence, d’or à la bande d’azur, chargée de trois étoiles d’or, & empoignée par une patte de lion de sable, mouvante du flanc dextre de l’écu.

            Empoignée.

            • 17. Suramont à Paris, d’azur à trois fleches empoignées d’or; c’est-à-dire, que l’une est mise en pal & les deux autres en sautoir, & liées au milieu pour être empoignées.

            Enchauffé.

            • 18. Liectestain, d’argent enchauffé d’azur.

            Encoché.

            • 19. Larchet, coupé d’or & de gueules, à deux arcs tendus & encochez de l’un à l’autre.

            Enclavé.

            • 20. Pelckhosen en Allemagne, parti, enclavé d’argent en gueules à senestre.

            Enclos.

            • 21. Escosse Royaume, d’or au lion de gueules, enclavé dans un double treícheur fleuré & contrefleuré de même,
            • 22. Guaschi en Piemont, tranché endente d’or & d’azur.

            Enfilé

            • 23. Du Faure en Dauphiné, d’azur à trois couronnes d’or, enfilées dans une bande d’azur.

              Dauby dans la même Province, d’azur à la lance d’or, enfilant une bague de course d’argent.

            Englanté.

            • 24. Missirinen en Bretagne, d’argent au chêne de sinople, englanté d’or, au canton dextre de gueules chargé de deux haches d’armes adossées d’argent.

            Engoulé

            • 25. Touar en Espagne, d’azur à la bande d’or engoulée de deux têtes de lion de même.

            Engrêlé.

            • 26. Gadagne à Florence, de gueules à la croix engrêlée d’or.

            Enguiché.

            • 27. Base en Danemark, d’azur à la face d’argent, chargée d’un cors de chasse de sinople, lié, virolé & enguiché d’or.

            Enlevé.

            • 28. Anglure en Champagne, d’or à pieces enlevées à angles ou en croissans de gueules , soûtenans des grelots d’argent dont tout l’écu est semé.

            Ensanglanté.

            • 29. Du Coin en Bretagne , d’or au Pelican d’azur avec sa pieté, le tout ensanglanté de gueules.
            • Le Camus à Paris, dont étoient Mr. le Cardinal Evêque de Grenoble, Mr. le premier President de la Cour des Aides, Mr. le Lieutenant Civil, & plusieurs autres Magistrats sont les Illustres rejettons, d’argent au Pelican de gueules, ensanglanté avec sa pieté, au chef d’azur, chargé d’une fleur-de-lys d’or. J’ai ajoûté au Pelican de Mr le Cardinal ces mots: A pietate est purpura.

            Enté.

            • 30. Maille’ Breze’ en Normandie, face, enté, ondoyé d’or & de gueules.

            Entrelassé.

            • 31. Bourgeois en Bourgogne, d’azur à trois annelets entrelassez l’un dans l’autre en triangle d’or.
            • 32. Villages en Provence, d’argent à un cœur de gueuler, .encloss dans un double delta, entrelassé en triangle de sable.
            • 33. Carpanica à Rome, d’or à trois cyprès de sinople rangez en fasce, entrelassez à leurs troncs d’une gumene d’anchre pendante de gueules.
            • Cauvet en Provence & à Lyon d’or a deux pins entrelassez de sinople

            Entretenu.

            • 34. Clugny en Bourgogne, d’azur à deux clefs d’or, adossées, en pals & entretenues par le bas.

            Equipée

            • 35. La Nauve, de gueules à la nef équipée d’argens, surmontée de trois étoiles d’or.

            Equipollé.

            • 36. Saint Priset en Forêt, cinq points d’or équipollez à quatre d’azur.

              Le P. Petrasancta, qui; au lieu de ces points équipollez a donné quatre billettes à cette Maison a fait tomber bien des gens, après lui dans l’erreur.

            • Ebranché.

              • 37. Dorgilo en Westphalie, d’or à deux troncs d’arbre, ébranchez, arracher & écotez de sable en deux pals
              • 38. Onama au pais de Frise, d’azur à la fleur de lys épanouie d’argent.

              Eployé.

              • 39. Ronchivol en Beaujolois, d’or à l’aigle éployé de gueules, membré & bequé d’azur.

              Essorant.

              • 40. Gauthiot au Comté de Bourgogne, d’azur au Gautherot, oiseau essorant d’argent, armé & couronné d’or.

              Essorrée

              • 41. Grog ou Leszoyc en Pologne, de gueules à une couverture de grains de quatre pieux d’argent, essorrée d’or.

              Etincelant.

              • 42. Bellegarde des Marches en Savoye, d’où est sorti le grand Chancelier de Savoye Janus de Bellegarde, d’azur à la Sphére du feu en fasce, courbée d’un angle du chef à l’autre,rayonnante & étincelante vers la pointe de l’écu d’or, au chef de même, chargé d’un aigle de sable à deux têtes.
              • F

                Failli.

                • 1. Maynier d’Opede en Provence, d’azur à deux chevrons d’argent, l’un failli à dextre, l’autre à senestre, c’est-à-dire, rompus sur les flancs & separez.

                Facé.

                • 2. Vaudetar, facé d’argent & d’azur.

                Fiché.

                • 3. De Bueil, d’azur au croissant montant d’argent, accompagné de six croisettes au pié fiché d’or, trois en chef & trois en pointe.

                Figuré.

                • 4. Gamin, de gueules à trois bezans- d’or figurés d’un visage humain d’os.

                Flambant.

                • 5. Bataille en Bourgogne, d’argent à trois pals flambans, ou trois flâmes tortillantes de gueules, mouvantes du bas de l’écu vers le chef.

                Flanqué.

                • 6. Pingon en Savoye, d’azur à une face d’or, flanquée de deux pointes, d’argent, apointées vers la face.
                • 7. Boudric en Faucigni, d’azur à trois fleurs-de-Iys d’or en pal, flanquées en arc de cercle d’argent.

                Fleuré.

                • 8. Des Cornais en Picardie, d’or au au chevron de gueules, au double trescheur fleuré, contrefleuré de sinople, à l’écusson en cœur d’azur, à la bande d’or.

                Fleuri.

                • 9. Guillem Montjustin au Comtac d’Avignon, d’argent au rosier de sinople, fleuri & boutonné de gueules, à la bordure d’azur, chargée de huit étoiles d’or.

                Florencé.

                • 10. S. Denis, d’argent à la croix florencée de gueules.

                Flotant.

                • 11. La Ville de Paris, de gueules, au Navire équipé d’argent, flotant & voguant sur des ondes de même, au chef de France.

                Frangé.

                • 12. Auvergne, d’or au Gonfanon de gueules, frangé de sinople

                Freté.

                • 13. Humiere en Picardie, d’argent freté de sable.
                • 14. Broon en Bretagne, d’azur à la croix, d’argent fretée, de gueules.
                • 15. Moucy d’Inteville, d’or au pin de sinople, fruité d’or, au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or.

                Feuillé.

                • 16. Thumery à Paris d’or à la croix engrêlée de sable, accompagnée de quatre tulipes de gueules, tigées & feuillées de sìnople.

                Furieux.

                • 17. Du Fenoil à Lyon, originaires de Naples sous les noms de Taureau & Taurelli, d’azur au Taureau furieux & levé en pié d’or, & un chevron de gueules brochant sur le tout.

                Fuselé.

                • 18. Du Bec de Vardes, fuselé d’argent & de gueules.
                • G

                  Gay.

                  • 1. Dugué, d’azur au cheval gay & passant d’or, au chef de même.

                  Garni.

                  • 2. Boutin, d’azur à deux épées d’argent en sautoir, garnies d’or, accompagnées de quatre étoiles de même.

                  Gironné.

                  • 3. Des Armoises en Lorraine, gironné d’or & d’azur de douze pieces.

                  Grilleté.

                  • 4. Leaulmont Puy-gaillard, d’azur au Faucon d’argent, perché, lié & grilleté de même.

                  Gringolé.

                  • 5. Kaër de Montsort en Bretagne, de gueules à la croix d’hermine, anchrée & gringolée d’or.
                  • H

                    Haussé

                    • 1. Rostaing en Forêt, d’azur à une roue d’or & une fasce haussée de même.
                    • I

                      Issant.

                      • 1. Montainard en Dauphine, de vair au chef de gueules au lion issant d’or.
                      • 2. Jumelle.
                      • 3. Gaetani, dont étoit le Pape Boniface VIII, d’argent à deux ondes jumellées, ou une jumelle ondée d’azur en bande.

                      Il y a des faces, des bandes, des sautoirs & des chevrons jumellez

                        L

                        Lampassé.

                        • 1. D’Aubigne de gueules au lion d’hermine, armé, lampassé & couronné d’or. C’est la Maison de Madame la Marquise de Maintenon.

                        Langué.

                        • 2. Du Faing aux Païs-bas d’or à l’aigle au vol abaissé, langué & membré de gueules.

                        Leopardé.

                        • 3. Testu à Paris, d’or à. trois lions leopardez de sable, l’un sur l’autre, celui du milieu contrepassant.

                        Levé

                        • 4. Orly en Savoye, ou Orliers, d’or à l’ours levé en pie de sable.

                        Lié.

                        • 5. Gondt à Florence, d’or à deux mas ses d’armes en sautoir de sable, liées de gueules.

                        Lionné

                        • 6. Leôpard de Bresse, d’or au leopard lionné de gueules.

                        Lozangé.

                        • 7. Craom en Anjou, lozangé d’or & de gueules.

                        L’un sur l’autre.

                        • 8. Caumont en Agenois, d’azur à trois leopards d’or, armez, lampassez & couronnez, l’un sur l’autre
                        • M

                          Mal ordonné

                          • 1. Banes en Vivarez & en Dauphiné, d’azur à trois croissans adossez & mal ordonnez.

                          Mal taillé.

                          • 2. Hastinghs en Angleterre, d’or à une manche mal taillée de gueulés.

                          Mantelé.

                          • 3. Cujas, d’azur à la tour couverte d’argent, mantelée ou chapée de même.

                          Mariné.

                          • 4. Imhof en Allemagne, de gueules au lion mariné d’or

                          Marqué.

                          • 5. Mathias, de gueules à trois der d’argent, marqués de sable.

                          Massonné.

                          • 6. Pontevez en Provence, de gueules au pont de deux arches d’or, massonné de sable.
                          • 7. Foissy, d’azur au cigne d’argent , bequé & membré d’or.

                          Odon, d’azur au cigne d’argent, bequé & membré de sable.

                          Miraillé.

                          • 8. Rancrolles en Picardie, comme ci-devant sous le terme bigarré.

                          Monstrueux.

                          • 9. Busdraghi à Luques, d’argent au dragon monstrueux de sinople, ayant tête humaine dans un capuchon, aîlé de gueules en pié.

                          Montant

                          • 10. Perrot à Paris, d’azur à deux croissans acculez d’argent, l’un montant, l’autre versé, au chef d’or, chargé de trois aiglettes de sable.

                          Morné.

                          • 11. Du Halgoet en Bretagne, d’azur au lion morné d’or.

                          Moucheté.

                          • 12. Chignin en Savoye, de gueules au chevron d’argent moucheté d’hermine.

                          Mouvant

                          • 13. Alberti à Florence, d’azur à quatre chaînes d’or, mouvantes de quatre angles de l’écu, & liées en cœur à un anneau de même.
                          • 14. Douma en Frise , parti d’or & de gueules, au demi aigle ployé de sable mouvant de la partition à droite, & à la demi rose d’argent, mouvante de la même partition à senestre.

                          Miparti.

                          • 15. Salicnon en Dauphiné, que bien des gens appellent mal à propos Sa- ligdon, d’azur au chevron mi-parti d’or & d’argent.
                          • N

                            Naissant.

                            • 1. La Baume de Suze en Dauphiné, d’où il y a eu un Archevêque d’Auch, d’or à trois chevrons de sable, au chef d’azur, chargé d’un lion naissant d’argent.

                            Servient en la même Province, d’azur à trois bandes d’or, au chef cousu d’azur, chargé d’un lion naissant d’or.

                            Naturel.

                            • 2. Berthelas en Forêt, d’azur à un tigre au naturel.
                            • 3. Aguerre en Guyenne, d’or à trois pieds au naturel.

                            Nebulé.

                            • 4. Girolami à Florence, coupé, nebulé d’argent & de gueules.

                            Nervé

                            • 5. Les anciens Princes d’Antioche d’argent à la branche ou feuille de sougere de sinople, nervée d’or.

                            Chenivaux en Forêts, d’azur à une tige de chanvre d’or, nervée de sable.

                            Noué.

                            • 6. Galag en Bretagne, d’or à deux faces nouées au milieu de sable, accompagnées de dix merletes de même 4. 2. & 4.
                            • 7. Mathiley en Angleterre, de gueules au serpent noué & enlassé d’or en rond.

                            Limbourg, d’argent au lion de gueules, couronné & armé d’or, lampassé d’azur, à la queue nouée, fourchue & passée en sautoir.

                            Manowski en Pologne, de gueules à l’écharpe d’argent en rond, nouée vers la pointe de l’Ecu.

                            Noueux.

                            • 8. Thomassin en Bourgogne, d’azur à deux estocs ou bâtons noueux d’or en croix, ou à la croix de deux bâ tons estoquez.

                            Nourri.

                            • 9. Vignancourt en Picardie, d’argent à trois fleurs-de-lys au pied nourri de gueules.
                            • O

                              Ombré.

                              • 1. Des Pruets en Bearn, d’azur à une chapelle d’argent sur une terrasse d’or, ombrée de sinople.

                              Ondé.

                              • 2. Brancion en Bourgogne d’azur à trois faces ondées d’or.
                              • 3. Caudénhoue en Flandre, d’or à la bande ondée de gueules.

                              Mauvoisin en forêt, quartier des armoiries de Rebé, d’or à la face ondée de gueules.

                              Onglé.

                              • 4. Beaumont en Bretagne d’argent à trois pieds de biche de gueules, onglées d’or.

                              Oreillé.

                              • 5. Feypeau à Paris, d’azur au chevron d’or, accompagné de trois coquilles d’or.

                              Ouvert.

                              • 6. Murat de l’Estange en Dauphiné, d’azur à trois faces d’argent, maisonnées & crenelées de sable, la premiere de cinq creneaux, la seconde de quatre, la troisiéme de trois & ouverte au milieu en porte.
                              • 7. Le Compasseur en Bourgogne, d’azur à trois compas ouverts d’or.

                              Denise à Troye en Champagne, d’azur à trois compas ouverts d’argent, & une engrêlure d’or.

                                P.

                                Paillé.

                                • 1. Clere en Normandie, d’argent à la fasce d’azur paillée d’or.

                                Paissant

                                • 2. Berbisey en Bourgogne, d’azur à une brebis paissante d’argent sur une terrasse de sinople.

                                Palissé.

                                • 3. Die Mystinkofe à Lubeck, d’azur à trois troncs écotez d’or, enclos dans une enceinte ronde palissée de même.

                                Pallé.

                                • 4. Briqueville en Normandie, pallé d’or & de gueules.
                                • 5. Martineau en Tourraine, pallé, contrepallé d’or & de gueules, à la fasce de gueules, chargée de trois roses d’argent.

                                Papelonné.

                                • 6. Arquinvilliers, d’hermine papelonné de gueules.

                                Parti.

                                • 7. Bailleul, d’hermine parti de gueules.
                                • 8. Gourreau de la Proustiere à Paris, d’or à l’aigle de sable, au chef parti, c’est-à-dire, à deux têtes. Les vieux armoriaux blasonnent ainsi les deux têtes d’aigle.

                                Pamé.

                                • 9. Comtes de Forêt & Dauphins d’Auvergne, d’or au Dauphin pamé d’azur.

                                Passant.

                                • 10. Merinville en Languedoc, de gueules à deux lions passans l’un sur l’autre.

                                Passé en sautoir.

                                • 11. Angenoust en Champagne, d’azur à deux épées passées en sautoir d’argent, les pointes en haut, les gardes & les poignées d’or. Ces pointes en haut distinguent les armoiries d’Angenoust, de celles de Bavignans dans la même Province, qui portent d’azur à deux épées passées en sautoir d’argent, les pointes en bas, les gardes & les poignées d’or.

                                Paté.

                                • 12. Prantanroux, d’argent à la croix parée d’azur.

                                Pendant.

                                • 13. La Verne en Bourgogne, de gueules au lambel d’argent de deux pendans. Sa situation naturelle est d’être près du chef il y en a de trois, de quatre, de cinq, de six & de sept pendans.

                                Percé.

                                • 14. Bologne en Daaphiné, d’argent à une patte d’ours enrpal, percée en Tond de six pieces. 3. 1. 1.

                                Les macles, les rustres & les molettes sont percées.

                                Perché.

                                • 15. Du Fou en Bretagne, d’azur à une fleur-de-lys d’or & deux oiseaux de même, affrontez & perchez sur les deux retours.

                                Peri.

                                • 16. Le Bareu en Bretagne, d’or au sautoir d’azur peri en tréfles.
                                • 17. La Chambre en Savoye, d’azur semé de fleurs-de-lys d’or, au bâton de gueules peri en bande. Les anciennes armoiries de la branche royale de Bourbon étoient semblables.
                                • 18. Marenches en Bourgogne, d’azur au lion d’or, à la tierce de sable perie en bande sur le tout.

                                Pignonni.

                                • 19. Stainkircker en Baviére de sable au chevron pignonné d’argent, au pal retrait mouvant de la pointe de même.
                                • 20. Stainhauser, la même, de gueules à la maison quarrée d’argent, ouverte & ajourée de sable, pignonnée de pieces d’argent.

                                Plumete.

                                • 21. Ceba à Genes, plumeté d’argent & d’azur.

                                Pommeté.

                                • 22. Ray au Comté de Bourgogne, de gueules au Ray d’escarboucle pommeté & fleureté d’or.

                                Posé.

                                • 23. Montaigu en Dauphiné, de gueules à une tour d’or, posée sur une terre de sinople.

                                Quelques-uns donnent le nom de posé au lion qui est; arrêté, & qui a ses quatre pieds à terre, ainsi on dit Châteigners Roçhcposay, d’or au lion de sinople posé.

                                Potencé

                                • 24. Bureau, d’azur au chevron po tencé, & contrepotencé d’argent, accompagné de trois buries ou phioles d’or. Les Comtes de Champagne.
                                • R

                                  Racourci.

                                  • 1. Ombrich au Païs du bas Rhin, d’or au chevron racourci de sable, accompagné de trois corbeaux de même.

                                  Ramé

                                  • 2. Fredorf en Baviere, d’argent au cerf de gueules, ramé d’or.

                                  Rampant.

                                  • 3. Bonlieu y en Languedoc, d’azur au lion d’or rampant sur un rocher d’argent,

                                  Rangé.

                                  • 4. Turin à Paris, de gueules à trois étoiles d’or rangées en chef.
                                  • 5. Schovanden en Allemagne, d’argent à trois étoiles de gueules rangées en barre

                                  Ravissant.

                                  • 6. Agout en Provence, d’or au loup ravissant d’azur.

                                  Rayonnant.

                                  • 7. Mudtschideler v. Reinsbrun en Franconie, d’argent rayonnant en barre de cinq piéces de gueules, mouvantes de l’angle senestre du chef.

                                  Recercelée.

                                  • 8. Weyer en Allemagne, d’or à la la croix anchrée, recercelée de sable, chargée en cœur d’un écusson de sable, à trois bezans d’or.

                                  Recroiseté.

                                  • 9. Croisilles en Normandie, de sable à trois croix, recroisetées d’or.

                                  Rempli.

                                  • 10. Montfort-Thaillant en Bourgogne, d’argent à trois rustres de sable remplis d’or.

                                  Resarcelé.

                                  • 11. Fumilis, d’or à la croix de sable resarcelce d’or, chargée de cinq écussons bordez & engrêlez de gueules.

                                  Retrait.

                                  • 12. Desrollans de Rheilanete en Provence, d’azur à trois pals retraits en chef d’or au cor de chasse lié de même en pointe.

                                  13. Ludovisio à Bologne, d’où est sorti le Pape Gregoire XV. de gueules à trois bandes díor, retraites en chef

                                  • Rompu.

                                  14. Blanlus en Touraine, d’azur au chevron rompu d’or, accompagné de trois étoiles d’argent.

                                  • 15. Paul de Ricault, d’azur au paon roiiant d’or.
                                  • S

                                    Saillant.

                                    • 1. Decupis à Rome, d’argent au bouc saillant d’azur, ongle & acorné d’or.

                                    Sanglé.

                                    • 2. Die Glaubitzer en Silesie, d’azur au poisson d’argent en face, sanglé de gueules.

                                    Sellé.

                                    • 3. Werderern en Saxe, d’azur au cheval effrayé d’argent, sellé, bridé, & caparaçonné de gueules.

                                    Semé.

                                    • 4. Le Fay en Beauvoisis, d’argent semé de fleurs-de-lys de sable.

                                    Archon, d’or semé de fleurs-de-lys d’azur.

                                    Culant en Brie, d’où est sorti un grand Prieur de Champagne de l’Ordre de S. Jean de Jerusalem, d’argent semé de tourteaux de sable, au sautoir engrêlé de gueules.

                                    Senestré.

                                    • 5. Comte au Pais de Vauds, d’argent à une gruë de sable, senestré en chef d’une croix de gueules.
                                    • 6. Ceriat en Savoye, d’azur au cerf passant d’argent, sommé d’or, chevillé de six cors.

                                    Soutenu.

                                    • 7. Caylar en Languedoc, d’or à trois bandes de gueules, au chef d’or chargé d’un lion naissant de sable, soutenu d’une devise cousue d’or chargée de trois tréfles de sable.

                                    Sur le tout,

                                    • 8. Chissey en Genevois, parti d’os & de gueules au lion de sable sur le tout.

                                    9. Surmonté.

                                    • 10. Joibert en Champagne, d’argent au chevron d’azur, surmonté d’un croissant de gueules, accompagné de trois roses de même.
                                    • T

                                      Taillé.

                                      • 1. Clerfy au Païs de Vauds près des Suisses, taillé d’or & de gueules, à un sanglier issant de sable & mouvant de gueules sur l’or.

                                      Tierce

                                      • 2. Bart en Bourbonnois, tiercé & retiercé en face d’or, d’azur & d’argent. Il y a ci-devant des exemples du tiercé en pal, en face, en bande &c.

                                      Tigé.

                                      • 3. Le Favre d’Ormesson & d’Eaubonne à Paris, d’àzur à trois lis au- naturel d’argent, feuillez & tigez de sinople

                                      Tortillant.

                                      • 4. Bardil en Dauphiné, de gueules au basilic tortillant d’argent en pal, couronné d’or.

                                      Tortillé,

                                      • 5. Charboneau en Dauphiné, de gueules à une fronde tortillée en double sautoir d’or, chargée d’un caillou d’argent, & accostée de deux autres de même.

                                      Tourné,

                                      • 6. Unia au Pais de Frise, d’azur au croissant tourné d’argent.

                                      Tracé.

                                      • 7. Scribani à Génes, d’or à une croix anchrée & fleurée simplement, tracée à filets de sable, à deux chicots de sinople, l’un au canton dextre du chef, l’autre au canton senestre de la pointe.

                                      Tranché.

                                      • 8. Tournel en Languedoc, tranché d’argent & de gueules.

                                      Treillisé.

                                      • 9. Bardonanche en Dauphiné, d’argent treillisie de gueules, cloué d’or.

                                      10. Trois, deux, un.

                                      • 11. Illyers en Beausse, d’or à six anneletsde gueules 3.2.1.
                                      • V

                                        Vairi.

                                        • 12. Gourvinec en Bretagne, vaire d’or & de sable.

                                        Versé.

                                        • 1. Arlandes en Dauphiné, d’azur au croissant versé d’or sur une étoile d’argent;

                                        Vêtu

                                        • 2. Bentoux dans le Gapençois, d’or à une trefle de sinople, vêtu de gueules.

                                        Virolé.

                                        • 3. Hornes au Païs-baí, d’or a trois trompes de gueules, virolés d’argent.

                                        Vivré.

                                        • 4. Sart au Païs de Valois, de gueules à la bande vivrée d’argent.

                                        La Bavme Montrevel en Bresse, d’or à la bande vivrée d’azur.

                                          Mascrany à Lyon & à Paris,de gueules à trois faces d’argent au chef aussi cousu de même chargé d’un aigle d’argent couronné d’or,accosté à dextre d’une clef d’argent en pal & accosté à senestre d’un heaume de côté de même, & sur le tout un petit écusson d’azur à une fleur-de-lys d’or- par concession de nos Rois.

                                        Vuidé.

                                        • 5. Buffevent en Dauphine, d’azur à la croix clechée, vuidée & fleuronnéc d’argent.

                                        Volant.

                                        • 6. Noël en Languedoc, d’azur à la colombe volante d’argent en bande, bequée & membrée d’or, à la bordure componnée d’or & de gueules.

                                        Il est peu d’armoiries, où plusieurs attributs ne se trouvent joints ensemble: car il n’y a rien dans les armoiries qu’il ne saille exprimer en blasonnant, en sorte que ceux-mêmes qui n’en voyent pas les figures, & qui entendent le blason, se les puissent representer comme elles sont.

                                        Ainsi pour blasonner les armoiries De la Hutterie en Lorraine, vous direz, d’argent au lion de sable, mantelé de même, à deux lions affrontez d’argent

                                        1. Comitin originaires de Siracuse, où leur premier nom étoit Belviso, & leur sobriquet Comitino, le petit Comte, établis depuis en Champagne, d’argent à six yeux au naturel, deux à deux sur deux lignes en pal, 2.2. 2.

                                        2. Combles originaires d’Aragon, etablis à Mers & en autres lieux de Lorraine ou du Barrois, écartelé d’or & la croix de sinople bordée de sable, une étoile d’or sur le quartier de gueules.
                                        3. Cossart d’Espiez en Beauvoisis, de gueules à la croix anchrée d’or, chargée de cinq anchres d’azur.
                                        4. Losada en Galice, d’argent à deux lezards de sinople, étendus l’un sur l’autre en contrebande ou en barre, & chargez d’une cotice alezée d’or.
                                        5. Escodea en Perigord, de…. à quatre chiens courans & diffamez; c’est-à-dire, sans queue, & sans oreilles, l’un sur l’autre, ou surposez qui est le terme le plus propre pour exprimer ces positions de 2.,3. ou 4. animaux ainsi disposez, de même les 3. Clefs de la Ville d’Avignon sont surposées en fasce.

                                        II y a aussi quelques plantes & d’autres animaux particuliers en certains Païs dont on ne connoît ordinairement ni le nom, ni la figure, non plus que de certains instrumens, & de quelques autres choses moins usitées dans le commerce du monde. En voici une vingtaine d’exemples, qui serviront à juger des autres.

                                        Entre les exercices militaires il y a un jeu qui se nomme la quintaine. C’est une course qui se faisoit anciennement avec la lance contre un écusson attaché à un pivot mobile, qui tournoit quand on ne donnoit pas justement au milieu, de l’écu, comme à la course du faquin, qui est presque la même, sinon qu’au faquin íl y a une figure humaine – qui tient le bouclier, & qui en se tournant frappe rudement celui qui n’a pas touché au point, où elle demeure ferme.

                                        1. 1. Robert Sieur de Lezardieres en Poitou, d’argent à trois quintaines de gueules.
                                        2. 2. Le Païs de Holstein, de gueules à une feuille d’ortie ouverte ou étendue d’argent. Ceux qui n’ont pas connu cette figure, comme La Colombiere & quelques autres ont blasonné ces armoiries, de gueules à ‘ l’écusson d’argent flanqué de feuilles d’œillet, & de trois cloux de la passion. Ce sont les armoiries parlantes; de Netelenberg, dont Adolphe Comte de Schowenberg reçut l’investiture de Sigebert Evêque de Minden. Adolphus Comes fastus dit la Chronique des Comtes de Schowenberg écrite par Hermant de Lerbeze, velut industrius futura prospicies, generositatem erfa se considerans montem qui olim mons uricarum frue Netelemberg Teutonice dicebatur in feudo recipit Camerarius Episcopi per successionem perpetuis temporibus factus.
                                        3. 3. La Ville de Bâle d’argent à un étui de crosse de sable. Il seroit difficile de deviner cette figure, si on ne savoit d’ailleurs ce que c’est. L’armorial allemand de Sibmacher (-sic-) dit, page 10, Basel ein Weisser Schildt das Zeichen darin Schwarts, Un écu blanc & ce qui est dedans noir. Ce qui n’est pas d’un grand secours pour ceux qui veulent apprendre à blasonner.
                                        4. 4. Sidney Comtes de Leicestre en Angleterre, d’or au Pheon d’azur. C’est un fer de dard de trois branches, dont les deux côtez sont endentez.
                                        5. 5. Cantelle, Maison eteinte en Berry…. de….. à trois doubles chaînons entrelassez en croix, deux à deux à la bordure engrêlée.

                                          La Maréchale de Hopital, Françoise Mignot d’or au chevron d’azur à trois doubles chaînons entrelassez en sautoir, au chef de gueules à une table de diamant en triangle, en pointe d’argent.

                                        6. 6. Tiepolo à Venise, d’azur à une corne d’argent, presque semblable à celle que porte le Doge de Venise. Anciennemment cette Maison avoit pour armoiries d’azur à une tour d’or de trois donjons, mais un de ce nom ayant eu part à quelque conspiration contre l’Etat, on les obligea tous de changer leurs armoiries & de prendre celles que j’ai blasonnées. D. Freschot Religieux Benedictin qui a fait, Li fregi della nobilta veneta, les blasonne ainsi d’azuro con una striscia d’argento, rinvolra in forma di corno ducal. On me dit à Venise que c’étoit une corne de bouc, d’autres une queue de scorpion. Die Pfalenlappen en Alsace, porte trois cornes de cette même figure.
                                        7. 7. V. Loë, d’argent à une corniere de sable, herissée aux deux bouts.
                                        8. 8. Boischot en Brabant, d’or à trois fers de moulin d’azur en sautoir, alésez, parez, anchez & ouverts en lozange.
                                        9. 9. Lieutaud à Arles, d’azur à un anneau d’argent, acroché en croix de quatre crampons croisez & recroisez de même.
                                        10. 10. V. Vegeleben au Pais de Turinge, d’argent à la face de sable, au crancelin de sinople en bande sur le tout.
                                        11. 11. Vaux en Bourgogne, d’azur à trois bonnets d’albanois d’or.
                                        12. 12. Mayental en Franconie, d’azur à un hameçon à prendre des loups, d’argent. Les Allemans le nomment Fvolsssangel. Les Stadion, & les Stein de Suabe en portent chacun trois, renversez les uns sur les autres en pal.
                                        13. 13. La Ville de Chartres, de gueules à trois pieces de monnoye de ses anciens Comtes, marquées de C gothiques & de fleurs-de-lys, au chef cousu de France.
                                        14. 14. Eisenhut en Suabe, d’argent au chapeau de fer d’azur.
                                        15. 15. Stabler en Suabe, de gueules au Pentalpha d’or; c’est un entrelas en forme d’etoile à cinq pointes, qui fait cinq A entrelassez. Les Medecins en ont fait autrefois le simbole (-sic-) de la santé sous ce nom de Pentalpha.
                                        16. 16. V. Scebach au Païs de Turinge, d’argent à trois bouteroles de gueules.
                                        17. 17. Jacques Quinson, Secretaire de René d’Anjou Roi de Sicile, d’or au pignon d’azur de trois marches, chaque montant chargé de deux oiseaux perchez & affrontez de sable.

                                          J’ai donné ses lettres d’anoblissement dans la preface du livre de la Chevalerie ancienne & moderne.

                                        18. 18. V. Lassota en Silesie, de gueules à un fer de dard acculé en corniére crochue.
                                        19. 19. Maréchal en Bourbonnois, d’or à trois rondettes d’azur, chargées chacune d’une étoile d’argent. J’ai autresois mal blasonné ces armoiries, les prenant pour des diadèmes de saints. Mais j’ai dépuis reconnu que ce sont des émaux de l’Ordre de l’Etoile, institué par le Roi Jean, qui’ ordonna l’an 1351 que chaque Chevalier porteroit une étoile blanche dans une ronde d’azur.

                                        Gentils en Limosin, d’azur au chevron d’or accompagné de trois roues de sainte Catherine de même; c’est à dire, armées de rasoirs, une épée, nue en pal, la pointe en haut, brochant sur le tout.

                                        Quand il se trouve ainsi dans les armoiries des figures extraordinaires dont on ignore le nom, il ne faut pas tes blasonner au hazard, comme l’on veut, mais s’informer des personnes intelligentes pour sçavoir ce que c’est.

                                        On peut aussi consulter les noms des personnes qui les portent. Car sort souvent ces armoiries qui ont des figures inconnues, sont des armoiries équivoques aux noms.

                                        D. Pourquoi vous servez- vous de ce terme brochant ?

                                        R. Parce qu’en faisant les ouvrages de broderie sur les cottes d’armes, ces ouvrages se faisoient avec des broches, comme on tricote les bas de soye, & de laine, & cela se nommoit brocher.

                                        Ainsi toutes les fois qu’une piece est posée sur une autre, fut-elle une fasce, un chevron, une croix, ou un sautoir, elle se nomme toujours après celles sur lesquelles elle est mise.

                                        D. D’où vient que les bordures & les cantons ne se nomment qu’après les autres pieces ?

                                        R. C’est que le plus souvent ces bordures & ces cantons ne sont que des brisures & des additions aux armoiries. Comme aux armoiries du Due d’Anjou, qui sont d’azur à trois fleurs de lys.d’or, à la bordure de gueules, cette bordure est brisure.

                                        D. D’où vient que cette bordure d’Anjou, est de gueules sur azur ? Ne fait-elle pas des armes fausses ?

                                        R. C’est qu’anciennement les armoiries de France étoient des fleurs-de-lys sans nombre, qui saisoient un semé, & un champ indifferent à recevoir metal ou couleur.

                                        XXIV. LEÇON.

                                        D. Quelles sont les armoiries les plus nobles?

                                        R. Celles qui marquent les Maisons les plus anciennes, & les plus illustres, de quelque maniere que ces armes soient disposées.

                                        D. Y a-t-il des marques auxquelles on puisse connoître cette antiquité ?

                                        R. Non pas dans les armoiries qui sont arbitraires en leur premiere concession, ou en leur premier usage; Mais on peut le connoître par les sceaux, & par les anciens monumens, où se trouvent ces armoiries.

                                        D. Quelle antiquité donnez-vous aux armoiries ?

                                        R. Six cens ans tout au plus; parce que ce ne fut qu’à l’onziéme siecle se fixer.

                                        P. Ne portoit-on pas auparavant des figures sur les cottes d’armes & sur les boucliers ?

                                        R. Oui: mais ce n’étoient que des devises personnelles & de fantaisie, que chacun prenoit & quittoit comme il vouloit.

                                        D. Elles n’étoient donc pas des marques de noblesse comme à present ?

                                        R. Non: Tous les soldats en portoient indifferemment aussi-bien que les Princes & les Chevaliers: les Princes les changeoient souvent, & d’ailleurs nous ne voyons pas qu’elles fussent de couleurs reglées & déterminées, elles ne passoient pas toujours des peres aux enfans, & les freres en portoient de differentes.

                                        D. A quelle occasion se fixerent les armoiries ?

                                        R. A l’occasion des Tournois, & des combats à la barriére, où la Noblesse s’exerçoit.

                                        D. Falloit-il être gentilhomme pour faire ces exercices ?

                                        R. Oui; & c’est de-là qu’est venu l’usage de faire les preuves de noblesse.

                                        D. Comment se sont ces preuves ?

                                        R. Par témoins, partitres, & par enquêtes ou information. C’est pour cela que ceux qui alloient aux Tournois, portoient des lettres de leurs Souverains & de leurs Seigneurs, qui faisoient foi de leur noblesse; menoient avec eux des hérauts qui tenoient les registres des Maisons nobles, & de vieux Chevaliers qui leur servoient de parrains, & qui rendoient les mêmes témoignages.

                                        D. Vous avez dit que c’étoit des étoffes & des habits qui se saisoient anciennement à bandes, à à faces, à burelles, & échiquetez, ou lozangez, qu’étoit venu l’usage de la plûpart des armoiries.

                                        R. Oui: parce que c’étoit principalement aux Tournois que se portoient ces sortes d’habits. C’est pour cela même qu’il y a tant de merletes en armoiries.

                                        D. Pourquoi cela ?

                                        R. Parce que les merletes étant des oiseaux de passage, qui changent de pais comme les hirondelles, & qui vont sur mer & sur terre, elles étoient le simbole de ces avanturiers voyageurs, qui alloient courre divers païs.

                                        D. Pourquoi n’ont-elles ni bec ni pied en blason ?

                                        R. Parce qu’on les representoit le le plus souvent sur des étoffes rayées, ou burelées dont les galons, ou bureles, couvroient les extremitez de ces oiseaux.

                                        D. C’est donc pour cela qu’il y a tant d’armoiries fascées, ou burelées avec des merletes diversement disposées, ou en orle, ou quatre, trois, deux., une, ou quatre, quatre &c

                                        R. C’est pour cela même.

                                        XXV. LEÇON.

                                        D. Tout l’art du Blason consiste-t-il à connoître ces figures de diverses, especes, naturelles, artificielles heraldiques, chimeriques, & à expliquer en termes propres leurs émaux ou, couleurs, leurs situations ou positions, leurs dispositions, & leur nombre.

                                        R. Ce n’est qu’une partie de l’Art les premiers Elemens.

                                        D. Que faut-il donc apprendre après cela ?

                                        R. La Methode qu’il faut tenir pour blasonner une armoirie.

                                        D. Quelle est cette Methode ?

                                        R. II faut commencer par le champ ou sol, & dire telle Maison porte d’or, d’azur, d’argent, de gueules, de sable, &c, suivant l’émail ou la couleur du fond, & de la passer aux figures principales, comme seroit d’azur à trois fleurs-de-lys d’or.

                                        D. Toutes les Nations obsèrvent-elles cette methode ?

                                        R. Non: les Italiens & les Espagnols, & souvent les Allemans commencent à blasonner par la figure principale & nomment après l’émail ou la couleur du champ. Ainsi les Espagnols disent, Leon de Plata en camp azul, Lion d’argent en champ d’azur. Et les Italiens Torre dóro in campo nero. Tour d’or en champ de sable.

                                        D. Qu’appellez-vous figures principales par lesquelles il faut commencer en blasonnant. Celles qui occupent la place la plus honorable de l’écu, & qui ordinairement les premieres frappent les yeux; comme un Aigle, un Lion, une Tour &c. & sur tout les pieces que l’on nomme honorables ?

                                        R. Il y en a de deux especes, celles qui font du premier ordre, & celles qui sont du second.

                                        D. Quelles sont celles du premier ordre?

                                        R.

                                        D. Quelles sont les pieces honorables du second Ordre ?

                                        R.

                                        D. Pourquoi nomme-con ces pieces honorables ?

                                        R. Parce qu’elles sont du plus bel usage du Blason, & que plusieurs Maisons illustres & des plus distinguées, ont porté & portent encore pour leurs armoiries ces pieces simples. Un chef, une fasce, une bande, un pal, un chevron, une bordure, un canton, un pairle, des girons, un sautoir, une croix, & des hameydes sans aucune autre figure.

                                        D. Vous ne m’avez rien dit des hameydes?

                                        R. Elles sont les armoiries d’une Maison de Flandres de ce nom. Et ce sont trois chantiers de cave sur lesquels on place les tonneaux, qui se nomment hames en Flamand.

                                        D. II faut donc toujours commencer à blasonner par ces figures honorables ?

                                        R. Non pas indifferemment j car il y en a quelques-unes qui ne se nomment qu’après d’autres figures, qui occupent la place principale.

                                        D. Démêlez-moi, je vous prie, ces differences ?

                                        R. Le chef, la bordure, l’orle, le trescheur & le canton, quand il y a d’autres figures qui occupent le milieu de l’écu, ne se nomment qu’après ces figures.

                                        On dit par exemple, Bohier en Auvergne, d’or au lion d’azur au chef de gueules.

                                        D. Feroit-on la même chose si le lion prenoit sur le chef aussi-bien que sur le champ.

                                        R. Non: Car alors le chef fait partie du champ, & vous diriez par exemple.

                                        Brully en Normandie, d’argent au chef d’azur à un lion de gueules, couronné & armé.

                                        D. Quelle méthode avez-vous pour distinguer tant de figures bizarres qui composent les armoiries?

                                        R. Il faut examiner si ce sont des figures naturelles, ou artificielles, particulieres à certains Pais: il faut tâcher de l’apprendre de ceux qui sont de ces Païs-là, ou des livres qu’ils ont écrits, pour ne pas tomber dans les erreurs, dans lesquelles sont tombez les Etran gers en blasonnant nos armoiries. Les Espagnols & les Portugais ont pris nos lambeaux pour des bancs, & les Italiens, pour des râteaux, & reciproquement nous avons pris les feuilles de peuplier pour des cœurs en plusieurs armoiries d’Allemagne: & ceux qui n’ont pas connu ce que c’étoit que le crequier des Crequis, en ont fait un chandelier à sept branches.

                                        Il y a en Languedoc auprès de Narbonne une Maison originaire d’Aragon nommée Exea, qui porte de sable à une barriere ou champ clos d’or, & une bordure échiquetée d’argent & de gueules de deux tires. Les anciennes armoiries de cette Maison étoient un échiqueté d’argent & de gueules; mais depuis qu’un de cette Famille eut vaincu en un combat en champ clos un Anglois, on lui donna cette barriere pour armoiries, & il retint les ancien nes en bordure.

                                        D. Il n’y a que l’usage, qui puisse simples nous faire connoître ces armoiries extraordinaires.

                                        R. Cela est vrai. Mais il y en a d’autres, qui sont plus aisées à expliquer.

                                        D. Quelles ?

                                        R. Celles qui se sont par de simples traits, mais irréguliérement conduits.

                                        D. Comment cela ?

                                        R. Souvenez-vous que je vous ai dit, que par quatre lignes on pouvoit expliquer les figures heraldiques, c’est-à-dire; le parti, le coupé, le tranché, l’écartelé, &c.

                                        D. Je m’en souviens & ce sont les lignes

                                        • à plomb ou perpendiculaire |
                                        • Horizontale, —
                                        • Et les deux Diagonales. \ /

                                        R. Je veux vous en donner des exemples & commencer par les Tiercez qui se sont en fasce, en pal, en bande, & en barre par deux traits tirez dans ces quatre sens differens, c’est-à-dire, par ces quatre especes de lignes dont voici les figures.


                                        • tierce en fasce.
                                        • tierce en pal.
                                        • tierce en bande.
                                        • tierce en barre.

                                        D. Ne sont-ce pas ces armoiries que vous nommez partitions & repartitions ?

                                        R. C’est cela même. Elles se nomment partitions, quand il n’y a qu’un seul trait, qui sait le coupé, le parti, le tranché ou le taillé. Et repartitions quand il y a deux traits qui sont ou les tierces, ou les écartelez. Je dis écartelez, parce que l’écartelé est de deux manieres, en croix & en sautoir.

                                        L’écartelé en croix qui se nomme simplement écartelé, se fait par deux traits croisez, qui partagent l’écu en 4 quartiers égaux.

                                        L’Ecartelé en sautoir, se forme avec les deux lignes diagonales croisées en sautoir.

                                        De ces quatres lignes jointes ensemble, se forme le parti, coupe, tranché, taillé dans un même écu.

                                        Voici quelques exemples de ces Armoiries de partitions.

                                        • La Ville de Metz, porte parti d’argent & de sable.
                                        • Trotti de la Ville d’Alexandrie dans le Milanois, coupé d’or & d’azur
                                        • Capponi à Florence, tranche de sable sur argent.
                                        • Le Canton de Zurich en Suisse, taillé d’argent & d’azurs.
                                        • Sainte Colombe en Beaujolois, écartelé d’argent & d’azur.
                                        • Blanc en Dauphiné, écartelé en sautoir d’azur & d’àrgent.
                                        • Gesterchingen en Allemagne, tiercé en pal de gueules, d’argent & d’azur.
                                        • Polano à Venise, tiercé en face d’or, d’azur & d’argent.
                                        • Nompar en Guyenne, tiercé en bande d’or, de gueules & d’azur.
                                        • Turlinger en Allemagne, tiercé en barre d’or, de sable & d’argent.
                                        • Absperg à Ratisbonne, tiercelé en mantel d’azur, d’argent & de gueules.
                                        • Briese, tiercé en gousset de sable, d’argent & de gueules.
                                        • Negendanck, tiercé, embrassé à droite de gueules d’argent & d’or.
                                        • Vvals, tiercé en girons en barre de sable, d’argent & de gueules.
                                        • Priesen, tiercé en pairle d’argent, de sable & de gueules.
                                        • Die Mengenter, tiercé en girons gironnans ou arrondis de gueules, d’argent & de sable.
                                        • V. Tale, écartelé en équerre d’argent & de gueules.
                                        • Von Elershofen, écartelé en girons gironnant d’argent & de sable.
                                        • Sintzenofen, coupé, tranché, taillé d’argent & de gueules.
                                        • Grolée en Bresse, parti, coupé, tranché, taillé d’or & de sable.

                                        XXVI. LEÇON.

                                        D. Outre ces partitions qui tiennent toutes lieux de figures dans le Blason, y en a-t-il d’autres?

                                        R. Oui: qui ne servent qu’à la distinction des quartiers des Alliances, de Patronage, de Concession, &c.

                                        Les figures suivantes en fournissent des exemples.


                                        Parti,
                                        coupé,
                                        tiercé,
                                        écartelé,
                                        coupé de 2
                                        coupé mi-parti

                                        parti le 1. écartelé, le 2. coupé
                                        parti de 2 coupé d’un
                                        parti d’un coupé de deux.
                                        parti de 2 coupé de 2.

                                        D. Pour compter les quartiers differens des écartelures, & pour les blasonner par ordre, faut-il suivre celui qui est marqué par des chiffres ?

                                        R. Oui: Au parti on dit simplement,

                                        M. porte de… parti de… ou M. porte parti au 1. de.. . qui est de…. au 2. de…. qui est de…

                                        M. porte de… coupé de… de même tiercé, ou parti de deux, ou coupé de deux, qui sont trois quartiers au 1 .de… au 2. de… au 3. de… voyez ci-après Lusignan.

                                        Pour l’écartelé, si tous les quartiers sont differens, on dit au 1. de… au 2., de… au 3. de… au 4. de…

                                        Si le 1. & le 4. le 2. & le 3. sont semblables, on dit au 1 . & au dernier de… au 2. & 3 .de., ainsi des autres à proportion.

                                        D. Pour les armoiries composées de plusieurs quartiers, quelles regles observez-vous ?

                                        R. Je distingue l’ordre de ces quartiers en premier, second, troisième & quatriéme pour les simples écartelez. Pour les six, huit, dix, douze & seize quartiers, il y a d’autres mesures à prendre.

                                        D. Quelles mesures .?

                                        R. Il faut d’abord considerer si tous les quartiers sont differens, & s’il y en a qui se rapportent & qui soient semblables. S’ils sont tous differens, on prend tous ceux qui sont en haut pour les premiers, & après ceux-là on passe à ceux qui sont en bas par l’ordre naturel d’un, deux, trois, quatre, cinq, six, &c.

                                        D. Donnez-m’en un exemple ?

                                        R. En l’écu de Lorraine qui est de huit quartiers. Le 1. est de Hongrie, le 2. d’Anjou ancien qui est Naples, le 3. de Jerusalem, le quatriéme d’Arragon. Ce sont les quatre quartiers les plus hauts.

                                        Le cinquiéme d’Anjou moderne, le sixiéme de Gueldres, le septiéme de Juliers, le huitiéme de Bar. Et sur le tout de Lorraine.

                                        D. Quand les quartiers se rapportent que faites-vous ?

                                        R. Quand le 1 . & le 4. sont semblables, & le 2. & le troisiéme les mêmes, nous disons au 1. & 4. de… au 2. & 3. de…

                                        D. Que nommez-vous sur le tout ?

                                        R. Le quartier ou l’écusson qui est au milieu des écartelures, & quand cet écu du milieu est encore écartelé avec un sur le tout, ce dernier se nomme sur le tout du tout.

                                        D. Quel ordre observe-t-on pour la disposition de ces quartiers ?

                                        R. Il y a divers usages, quelques-uns placent les premiers, les plus nobles & les plus illustres, comme dans les armoiries de Lorraine, les quatre Royaumes: sont en haut sur quatre Duchez qui sont en bas. Car Hongrie, Naples, Jerusalem & Arragon sont Royaumes. Anjou, Gueldres, Juliers& Bar sont Duchez.

                                        D. Pourquoi Lorraine qui n’est que Duché est-il sur le tout ?

                                        R. Parce que ce sont les armoiries propres de la Maison, qui doivent ordinairement tenir le lieu le plus considerable.

                                        D. Pourquoi dites-vous ordinairement ?

                                        R. Parce qu’il y a des occasions ou elles doivent ceder. Comme les derniers Rois de Navarre avant le Pe e de Henry IV. portoient trois quartiers, en haut sur quatre en bas au 1 . de Navarre, qui étoit leur Royaume, au 2. d’Albret, qui étoit de leur Maison, écartelé de France & de gueules pur. De France par concession, & de gueules pour L’ancien Albret, au 3. d’Arragon. Le 4. qui étoit le premier d’en bas étoit écartelé de Foix & de Bearn. Le cinquiéme écartelé d’Armagnac & de Rhodés. Le sixiéme d’Etampes, de France au bâton componné, au dernier de Sicile.

                                        XXVII. LEÇON.

                                        D. Y-A-t il d’autres mesures à garder?

                                        R. Oui: selon la nature des quartiers de concession, de substitution, de pretention, &c.

                                        D. Que voulez-vous dire par ces, quartiers de concession, de substitution & de prétention ?

                                        R. J’entens autant d’especes differentes d’armoiries.

                                        D. Combien en faites-vous donc d’especes ?

                                        R. J’en reconnois sept especes differentes.,

                                        D. Quelles sondees especes?

                                        R.

                                        1. 1. Les armoiries des maisons, ou des Familles,
                                        2. 2. Les armoiries des dignitez, emplois, ou fonctions.
                                        3. 3. Les armoiries de concessions d’adoption ou agrégation.
                                        4. 4. Les armoiries de patronage.
                                        5. 5. Les armoiries de prétention.
                                        6. 6. Les armoiries des fiefs, des domaines, & des substitutions.
                                        7. 7. Les armoiries des communautez, corps ou compagnies.

                                        D. Je connois les armoiries des Maisons ou Familles. Mais qu’appellez -vous armoiries de dignitez ?

                                        R. Celles qui sont attachées à certaines dignitez Ecclesiastiques, militaires, ou civiles; comme par exemple les armoiries de la dignité Papale, sont les clefs & la thiare. Ce sont les armoiries que portoit le Pape Nicolas V. qui n’en avoit point d’autres.

                                        Le Camerlingue de la sainte Eglise, & les Generaux des armées de l’Etat Ecclesiastique ou les Gonfanonniers portent les clefs; & nos pairs Ecclesiastiques Ducs de Rheims, de Laon, de Langres; Comtes de Noyon, de Châton, & de Beauvais, ont des armoiries de leurs Eglises & de leurs. Pairies.

                                        D. Quelles sont les armoiries de concession ou d’adoption ?

                                        R. Ce sont celles des Souverains ou en tout ou en partie qu’ils permettent à leurs sujets, ou à d’autres personnes de porter: ainsi la Maison d’Albret écarteloit de France; la Maison d’Este, des Ducs de Modene & de Ferrare, porte aussi un quartier de France par concession de nos Rois: les grands Ducs de Toscane, portent un tourteau des armoiries de France. Les Pics en Italie, portent le nom & les armoiries de Savoye par agregation, & cet usage est assez commun en Italie.

                                        D. Les armoiries de Patronage que sont-elles ?

                                        R. Celles des Papes que portent les Cardinaux par reconnoissance d’avoir été élevez à la pourpre. Les uns les écartelent avec les leurs, d’autres les portent en chef, d’autres sur le tout. La plupart des Villes sont le même des armoiries de leurs souverains. Paris, Lyon, Troyes, Rouen, Orleans, Meaux mettent en chef les armoiries de France.

                                        D. Quelles sont les armoiries des fiefs & des domaines ?

                                        R. Celles de diverses Terres que possedent les Souverains & les Princes, comme nos Roys portent de France & de Navarre. Les Rois de la grande Bretagne, Angleterre, d’Ecosse & d’Irlande. Les Rois d’Espagne, de Castille, de Leon, d’Arragon, de Sicile, &c. Ajoutez à cela les armoiries de substitution pour les terres que l’on a par heritages à condition d’en porter les noms & les armes, comme le Duc de Lesdiguieres, qui est de la Maison de Blanchefort, porte par substitution les armoiries de Bonne, de Crequi, d’Agout, de Vesc, de Monlaur, de Montauban, &c.

                                        D. Quelles font les armoiries de pretention ?

                                        R. Des marques du droit qu’on pretend avoir sur certains fiefs, terres ou domaines. C’est ainsi que les Rois d’Angleterre portent les armoiries de France, les Ducs de Savoye des Royaumes de Chipre, de Jerusalem, de Saxe, de Vestphalie & d’Augrie, parce que cette Royale Maison pretend descendre des anciens Ducs de Saxe.

                                        D. Quelles sont les armoiries des Communautez ?

                                        R. Celles des Republiques, des Villes, des Academies, des Ordres Religieux, des Corps des Métiers en certaines Villes, &c.

                                        D. Outre ces armoiries de diverles especes, n’y a-t-il rien dans le blason qui marque ces dignités, ces emplois, ces alliances, & ces prétentions ?

                                        R. Il y a les ornemens, & les marques d’honneur qui accompagnent les armoiries.

                                        D. Quelles sont ces marques d’honneur & ces accompagnemens ?

                                        R. Les Couronnes, les Ordres de Chevalerie, les marques des emplois, les suports, les casques, les cimiers & les lambrequins.

                                        D. Les Couronnes que distinguent-elles ?

                                        R. Les Souverains & les dégrez superieurs de Noblesse: le Pape, les Empereurs, les Rois, les Ducs, les Marquis, les Comtes & les Barons.

                                        D. Quelles sont les marques de la dignité Papale dans les armoiries ?

                                        R. La thiare & les clefs. La thiare est un bonnet haut & rond qui enfile les trois couronnes, & qui a deux pendans, comme les mitres. Les clefs se passent en sautoir derriere l’écu ou au-dessus sous la thiare.

                                        D. Chaque Souverain a-t- il une couronne particuliere ?

                                        R. Oui: Celle des Empereurs est un bonnet ouvert au milieu avec une couronne & deux pendans. Les Rois de France ont une couronne fermée d’un double ceintre qui porte une fleur de lys. Il y a aussi des fleurs de lys tout au tour du cercle d’en bas.

                                        Celle des Rois d’Angleterre est fermée avec une croix au-dessus, des fleurs de lys & des croix autour du cercle.

                                        La couronne des Rois d’Espagne est fermée à fleurons.

                                        D. Comment sont faites les couronnes ducales?

                                        R. Elles sont de feuilles d’ache, ou de persil, c’est-à-dire de fleurons refendus.

                                        D. Et celles des Comtes ?

                                        R. De grosses perles rangées sur un cercle d’or.

                                        D. Celles des Marquis ?

                                        R. Mêlées de fleurons & de perles, c est-à-dire de trois fleurons l’un au milieu, deux aux extremitez & des perles entre deux.

                                        D. Les Vicomres comment les portent-ils ?

                                        R. De quatre perles seulement au milieu & aux extremitez.

                                        D. Et les Barons ?

                                        R. Ils mettent une espcce de bonnet ou de cercle, avec des bandes de perles qui entortillent ce cercle ou bonnet par bandes.

                                        D. Les gentilhommes qui ne sont pas titrez, comment timbrent-ils leurs armoiries ?

                                        R. D’un casque.

                                        D. De combien de grilles doit être ce casque ?

                                        R. Il est indifferent; anciennement ils étoient tous fermez & tournez du côte droit, & c’etoit ainsi que s’exposoient les armoiries aux fenêtres les jours de Tournois.

                                        D. A present comment en use-t-on ?

                                        R. On le met ouvert & de front pour les Souverains; de front, mais grillé pour ceux qui ont commandement dans les armées, pour les Gouverneurs de Province, & pour ceux qui sont chefs des Compagnies; les autres les portent tournez. Mais il faut avouer qu’il y a une infinité d’abus en ces usages- que ni vous ni moi ne corrigerons pas.

                                        D. Les Ecclesiastiques peuvent ils mettre le casque sur leurs armoiries?

                                        R. Quelques Prélats qui sont Seigneurs temporels le mettent, les Electeurs Ecclesiastiques en mettent – autant qu’ils ont de fiefs qui leurs donnent seance dans les cercles. Quelques Evêques en France le pratiquent. L’Evêque de Cahors, l’Evêque de Dol en Bretagne, l’Evêque de Gap en Dauphine le met à côté & l’épée d’un autre côté. L’Evêque de Modene en Italie fait la même chose.

                                        XXVIII. LEÇON.

                                        D. Comment timbrent les Ecclesiastiques leurs armoiries ?

                                        R. Les Cardinaux dans toute l’Italie n’y mettent que le chapeau de quelque naissance qu’ils soient, & quelque dignité qu’ils ayent, & le Pape Innocent X. leur a défendu par une Bulle d’y mettre la couronne.

                                        D. En France on en use autrement.

                                        R. Il est vrai. Le Cardinal de Richelieu, qui étoit Duc & Pair, & qui se faisoit nommer Cardinal Duc, & qui d’ailleurs étoit Amiral & Commandeur de l’Ordre du S.Esprit, mettoit sur ses armoiries la couronne ducale; le manteau fourré d’hermines & armoyé sur les replis embrassoit l’écu, l’anchrí de l’Amirauté passoit derriere, & le cordon bleu avec la croix de l’Ordre du S. Esprit étoit tout au tour. A son exemple les Cardinaux Princes, & les Cardinaux Ducs & pairs Ecclesiastiques ont fait la même chose en ce Royaume.

                                        D. Les Cardinaux ne mettent-ils précisément que le chapeau ?

                                        R. Ceux qui sont Archevêques ou Legats du S. Siege, mettent la croix derriere l’écu. Les Grands Prieurs de l’Ordre de S. Jean de Jerusalem, ou les Commandeurs mettent la croix de Malthe. Les Cardinaux Espagnols, qui ont autour des armoiries de leurs Maisons des bannieres & des guidons, les retiennent, comme le Cardinal Porto- Carrero.

                                        D. Quelles sont les marques de la dignité des Archevêques ?

                                        R. La Croix, & le Chapeau.

                                        D. De combien de houpes sont les chapeaux ?

                                        R. II est indifferent. Celui des Cardinaux n’en avoit anciennement qu’une liée sous la pointe de l’écu, & puis deux, une de chaque côté: aujour d’hui on leur en donne quinze, treize aux Archevêques, onze aux Evêques, ou sept.

                                        D. De quelle couleur sont ces chapeaux ?

                                        R. Rouges pour les Cardinaux, verds, pour les Archevêques & Evêques, noirs pour les Protonotaires, & autres dignitez au-dessus des Evêques.

                                        D. Les Evêques ne portent-ils que le chapeau ?

                                        R. Ils mettent la crosse & la mitre, & des couronnes à ceux qui sont Princes, Ducs, Comtes, & Seigneurs temporels.

                                        D. Et les Abbez que portent-ils,

                                        R. La crofle & la mitre s quand ils sont mitrez & croisez: aujourd’hui par abus tous les Abbez commendataires, qui n’ont nulle jurisdiction, poitent l’une & l’autre.

                                        D. N’y a-t-il point d’autres marques d’honneur pour les Ecclesiastiques ?

                                        R. Il y en a quelques-unes d’un usage assez moderne, un bourdon pour les Prieurs, un bâton de chœur pour les Chantres des Cathedrales, &c.

                                        D. Et pour les dignitez militaires, quelles en sont les marques ?

                                        R. Deux épées à côté des armes pour le connectable, deux bâtons fleurdelisez, & passez en sautoir derriere l’écu pour les Maréchaux de France. Deux canons acculez sous l’écu pour le grand Maître de l’artillerie, des cornettes de Cavaliere autour du casque ou de la couronne pour le general de Cavalerie, .des drapeaux pour le Colonel de l’Infanterie.

                                        D. Pour les grands Officiers, n’y a-t-íl point de marques ?

                                        R. Le Chancelier met aujourd’hui un mortier d’or rebrassé d’hermines, un manteau fourré d’hermines, & les deux masses de la Chancellerie qui se portent devant lui en cerémonie; ce qui est moderne. Le Chancelier Seguier est le premier qui ait pris ces ornemens à la persuasion de Vulson la Colombiere.

                                        Le grand Ecuyer porte deux épées en fourreau femées de fleurs de lys avec la ceinture.

                                        Tous les autres ornemens pour le grand Aumônier, grand Panetier, grand. Echanson, grand Maître, &c. sont des inventions nouvelles, qui ne se pratiquent pas ordinairement.

                                        D. Pour les dignitez de la robbe, n’y a-t-il rien de particulier ?

                                        R. Les Presidens au Mortier se sont mis en possesion de porter le casque de front, le mortier au-dessus de velours noir avec un galon d’or, les premiers Presidens en mettent deux, un manteau rouge fourré de petit gris.

                                        D. Pour les Ordres de Chevalerie, qu’observe-t-on ?

                                        R. Le grand Maître de Malte comme Prince met la couronne Ducale, & le manteau écartelé des armoiries de la Religion

                                        Les Commandeurs mettent derriere l’écu la croix à huit pointes avec un chapelet, & les armoiries de la Religion en chef. Les Chevaliers de S. Jaques portent l’épée ou croix de l’Ordre, toute droite derriere l’écu. Ceux d’Alcantara, d’Avis, de Calatrava, & les Chevaliers Teutoniques font la même chose.

                                        D. Et pour les autres Ordres de Chevalerie ?

                                        R. Tous les Chevaliers entourent leurs armoiries des colliers du S. Esprit, de S. Michel, de la Toison d’or, de S. Maurice de Savoye, de S. Lazare, de l’Annonciade, de S. Etienne de Florence, du precieux Sang de Mantoue, de l’Elephant de Dannemarck, &c. Les anciens Chevaliers militaires mettoient l’épée on droite, ou en travers derriere l’écu, ou à côté.

                                        D. Pour les armoiries des femmes, que doit-on observer ?

                                        R. Les Reines mettent leurs couronnes, les Duchesses, les Marquises & les Comtesses sont la même chose. Les palmes sont le simbole de l’amour conjugal, les nœuds d’amour font la même chose. La Cordeliere pour les veuves fait voir qu’elles ont le corps delié, & qu’elles sont devenues libres.

                                        Les femmes partagent leurs armoiries avec celles de leurs maris comme leurs moitiez, ou accolent deux écus.

                                        Les filles mettent leurs armoiries dans des lozanges, avec une guirlande autour

                                        D. Et les Abbesses comment les doivent-elles porter ?

                                        R. Selon l’ancien usage simplemenc avec la crosse, & le chapelet. Aujour d’hui elles mettent des couronnes qui sentent sort la vanité. Les plus modestes mettent la couronne d’épines, ou le chapelet.

                                        D. Est-ce là tout ce qu’on peut dire du Blason ?

                                        R. Oui, ce me semble, pour une simple méthode de l’Art de blasonner, & pour vous la rendre encore plus aisée, je veux bien vous reciter en peu de Vers ce que j’ai appris touchant le Blason.

                                        ABREGÉ DU BLASON EN VERS.

                                        Le Blason composé de differens émaux, n’a que quatre couleurs, deux panes, deux metaux.
                                        Et les marques d’honneur qui suivent la naissance,
                                        Distinguent la Noblesse, & font sa recompense,
                                        Or, argent, sable, azur, gueules, sinople, vair,
                                        Hermine, au naturel, & la couleur de chair,
                                        Chef, pal, bande, sautoir, face, barre, bordure,
                                        Chevron, pairle, orle & croix de diverse figure,
                                        Et plusieurs autres corps nous peignent la valeur,
                                        Sans metal sur metal, ni couleur sur couleur,
                                        Suports, cimier, bourlet, cri de guerre, devise,
                                        Colliers, manteaux, honneurs, & marques de l’Eglise,
                                        Sont de l’art du Blason les pompeux ornemens,
                                        Dont les corps sont tirez de tous les Elemens,
                                        Les astres, les rochers, fruits, fleurs, arbres & plantes,
                                        Et tous les animaux de formes differentes,
                                        Servent à distinguer les Fiefs, & les Maisons,
                                        Et des Communautez composent les Blasons.
                                        De leurs termes précis énoncez les figures
                                        Selon qu’elles auront de diverses postures,
                                        Le Blason plein échoit en partage à l’aî né
                                        Tout autre doit briser comme il est ordonné.

                                        XXIX. LEÇON.

                                        D. Le dernier vers me laisse un doute que je n’entens pas!

                                        Tout autre doit briser comme il est ordonné.

                                        Que veut dire cela ?

                                        R. Cela veut dire qu’il y a dans le Blason des armoiries pleines & des armoiries brisées. Les armoiries pleines sont le partage du seul aîné d’une Maison Noble; & tous les autres les doivent differencier en quelque chose pour marquer qu’ils ne sont que puînez & cadets.

                                        D. Pourquoi cela ?

                                        R. Pour observer dans les grandes Maisons l’ordre des substitutions, & des degrez directs ou collatéraux; afin que l’ordre de ces substitutions ne puis se être troublé.

                                        D. Comment se pratiquent ces differences ?

                                        R. De plusieurs manieres,

                                        1. en ajoutant quelques pieces aux armoiries quî ne les alterent point. Comme un lambel, une étoile, un annelet, une bordure, une bande, un bâton, une cottice, &c.

                                        D. Donnez-m’en des exemples ?

                                        R. Très-volontiers. Nous avons en France Monseigneur le Dauphin qui pour se distinguer du Roi écartele les armoiries de France des armoiries de Dauphiné.

                                        • Monseigneur le Duc de Bourgogne écartele de Bourgogne ancien.
                                        • Monseigneur le Duc d’Anjou brise d’une bordure de gueules.
                                        • Monseigneur le Duc de Berri, d’une bordure engrêlée.
                                        • Monseigneur le Duc d’Orléans, d’un lambel d’argent.
                                        • Monseigneur le Prince, d’un bâton alezé de gueules entre les trois fleur-de-lys.
                                        • Monseigneur le Prince de Conti ajoûtoit pour subrisure une bordure de gueules.

                                        Quelques puînez brisent en écartelant des armoiries de leurs Meres.

                                        D’autres en changeant les émaux ou couleurs de quelques pieces du blason.

                                        D’autres en retranchant quelques pieces.

                                        Enfin tout ce qui met quelque différence aux armes pleines est censé brisure.

                                        Il y en a quelques-uns, qui alterent les pieces principales. Comme dans la Maison de Loras en Dauphiné dont les armoiries sont de gueules à la fasce lozangée d’or & d’azur.

                                        Une branche au lieu d’une fasce porte une bande lozangée, & une autre écartele de toutes les deux.

                                        D. Vous avez dit, ce me semble, que Monseigneur le Dauphin, & Monseigneur le Duc de Bourgogne brisent les armoiries de France.

                                        R. Il est vrai: & j’ai autrefois fait imprimer une lettre ou dissertation en forme de lettre sur ce sujet, que je veux vous repeter pour vôtre instruction,

                                        MONSIEUR,

                                        Puisque vous desirez de sçavoir quel est mon sentiment touchant la maniere dont Monseigneur le Duc de Bourgogne doit porter ses armoiries, je vous répondrai selon les maximes, & les lois de la Science Heraldique, qu’il les doit porter écartelées de France & de Bourgogne: & voici les raisons sur lesquelles j’appuye mon sentiment.

                                        La premiere est qu’il y a une grande difference entre les armoiries des Etats & celles des Maisons. Les armoiries des Etats ne conviennent uniquement qu’à celui qui est Chef & Souverain de l’Etat, de quelque maniere qu’il le soie ou par élection, ou par droit de succession, ou par conquête.

                                        Ainsi le seul Empereur porte les armoiries de l’Empire, ce que ses Enfans ne peuvent faire, parce qu’ils ne sont pas Empereurs. Ils peuvent porter les armoiries d’Austriche, de Haspourg, de Stirie, de Carinthie & des autres Pais hereditraires, qui sont censez bien affectez à leur Maison. Mais l’Aigle à deux têtes ne convient qu’au seul Empereur. Le Roi des Romains, quoiqu’heritier presomptif de l’Empire, auquel il doit succeder, la porte d’une seule tête.

                                        A l’égard de celles de France, le Roi seul les peut porter pleines, comme seul Souverain: & cela est si constant qu’a vant S. Louis qui fixa les fleurs de lys pour tous les Princes du sang royal avec différentes brisures, tous les Princes du Sang de France ne portoient auparavant que les armoiries de leurs appanages. Robert de France fils de Louis le Gros porta les armoiries de Dreux avec le titre de Comte, & Pierre de France son frere les armoiries & le titre de Courtenai.

                                        Les anciens Ducs de Bourgogne, quoique descendus d’un Roi de France, n’en prirent jamais les armoiries.

                                        Olivier de la Marche qui fut au service des derniers, & qui a écrit leur histoire, dit en l’introduction de cette histoire, parlant des armoiries de Philippe le Hardi fils du Roi Jean: [ Si prit le Duc Philippe le Hardi les armes de Bourgogne, qui sont de six pieces d’or & d’azur en bandes bordées de gueules, & les écartela de France en chef, semé de flcurs-de-lys. Car j’ai sçû par Meílìre Jean de S. Remi, Chevalier, du tems qu’il fut Roi d’armes de la Toison d’or, & l’un des renommez en l’Officc d’armes de son tems, que tous les Fils de France doivent porter semé de fleurs- de-lys, & n’appartient à nul d’apporter les trois fleurs-de-lys seulement, sinon à celui qui est Roi de France ou l’heritier apparent portant les lambeaux.

                                        Voilà la décision du cas proposé,puis- que l’heritier apparent doit porter les lambeaux, comme les portent l’Infant aîné d’Espagne, l’Infant de Portugal, & le Prince de Piedmont fils aîné de la Royale Maison de Savoye.

                                        On a quitté en France les lambeaux pour les Enfans aînez, parce que l’écartelure des armoiries de Dauphiné a fait une difference notable selon Jean de S. Remi, qui dit parlant des lambeaux, «Si la difference n’est si grande en l’écu qu’elle soit à tous manifeste &C connoistable. »

                                        Avant la donnationdu Dauphiné, Jean de France Fils de Philippe de Valois portoit le titre de Duc de Normandie & écarteloit de Normandie, comme on- voit encore à Chartres sur des ornemens d’Eglise.

                                        Les lambeaux demeurerent aux Maisons d’Anjou, & d’Orleans, branches des puînez, parce qu’ils étoient les plus proches heritiers après le fils aîné, qui brisoit d’autre maniere.

                                        La seconde raison qui semble érablir cet usage, est que si aujourd’hui Monseigneur le Duc de Bourgogne portoit les armoiries pleines de France, il paroîtroit plus proche de la Couronne que Monseigneur son Pere, qui les porte écartelées de Dauphiné; & s’il falloit suivre l’usage des Loix Heraldiques à la rigueur, Monseigneur le Duc de Bourgogne devroit porter écartelé contreécartelé de France, de Dauphiné & de Bourgogne,comme François de France, Dauphin de Viennois & Duc de Bretagne, fils de François I. portoit écartelé contreécartelé de France & de Dauphiné, de France & de Bretagne,comme on voit à la porte de la Parroisse de S. Severin, ou les armoiries sont attachées au col d’un lion. Monseigneur le Duc de Bourgogne est présomptivement heritier du titre de Dauphin plûtôt que de celui du Royaume, dont il n’est qu’au second degré.

                                        3. Les nos des Enfans deFrance,& des Princes du Sang sont une espece de brisure à laquelle les armoiries sont attachées. Quand Monfieur Frere unique du Roi portoit le titre d’Anjou, il en potoit les armoiries de France à la bordure de gueules,& après la mort de feu Monsieur Gaston Jean-Baptiste de France Duc d’Orleans on lui donna le nom d’Orleans, & les armoiries d’Orleans, de France au lambel d’argent.D’où j’insere conséquemment que le Roi ayant donné à Monseigneur Louis de France son Petit fils le titre de Bourgogne, il lut en a aussi donné les armoiries qui sont affectées à ce titre, comme les deux autres Enfans de France portent le nom & les armoiries d’Anjou & de Berri.

                                        Les armoiries de Bourgogne que doit porter Monseigneur Louis de France à raison de ce titre sont les seules bandes d’or & d’azur à la bordure de gueules. Car ce qu’on nome Bourgogne moderne de France à la bordure componée, est dit abusivemét, puisque ces armoiries n’ont jamais été celles de Bourgogne, mais celles de Jean Duc de Bourgogne Comte deNévers, fils de Philippe le Hardi, qui durant la vie de son Pere brisa les armoiries de France d’une bordure componée d’argent & de gueules, que sa Posterité retint. Car Philippe le Hardi, comme a remarqué Olivier de la Marche, porta simplement semé de France & écartelé de Bourgogne. Cet exemple du fils aîné de Bourgogne qui brisoit du vivant de son pere, est une autre preuve que Mon seigneur le Duc de Bourgogne ne doit pas porter les armoiries pleines de France: La différence que l’on prétend établir par la Couronne ouverte bien diverse de la Couronne fermée n’est pas une différence selon les loix heraldiques, qui veulent que les brisures soient dans le corps même de l’armoirie.

                                        4. Les trois fleurs-de-lys sont tellement les armoiries du Royaume affectées au Roy seul, que les concessions qu’on en a faites, n’ont jamais été des armes pleines en un écusson. La concession des Medicis est sur un tourteau, celle d’Este est avec la bordure endentée, la Maison d’Estaing les porte avec un chef d’or, les Gentiens en bande, & la Maison de l’Hôpital n’a qu’une fleur-de-lys dans un petit écusson. Quand on en concede trois, on les met en bande, en fasce, en pal, ou en chef, & avec d’autres pieces.

                                        L’Abbaye de S. Denis met un cloud de la passion entre les fleurs-de-lys, l’Abbaye de S. Germain des Prez un petit écusson de trois tourteaux. Les Pairs Ecclesiastiques les ont brisées de croix, de crosses de de sautoirs.

                                        Pour les Filles de France on leur a permis de porter les armoiries pleines parce que les portant en lozange tout le tems qu’elles sont filles, ces lozanges sont une espece de brisure d’autant plus grande que la Loi salique exclue les filles de la succession à la Couronne. Quand elles sont mariées, leurs armoiries jointes, à celles de leurs maris, & partagées par la moitié selon l’ancien usage, se distinguent assez sans qu’il soit necessaire de leur donner d’autre brisure. On voie, ainsi les armoiries d’Anne de France fille du Roi Louis XI. mariée avec Pierre de Bourbon, parties avec celles, de son mari dans un écu à lozange rempli de trois fleurs-de-lys, mais la cottice de Bourbon passe sur une fleur-de-lys, & sur une moitié de celle d’embas, l’écu étant divisé par une ligne.

                                        Mesdames Jeanne de France & Bonne de France Filles du Roi Charles V. n’ont chacune qu’une fleur-de-lys dans une lozange sur leurs tombeaux dans l’Eglise de l’Abbaye de S. Antoine des. Champs lés-Paris.

                                        Voilà, Monsieur quel a été jusqu’à present l’usage des armoiries pour les Enfans des Souverains, sur quoi je ne décide rien, ne m’appartenant pas de le faire ; je yous expose seulement l’ancien usage, & ce qui m’a obligé de le suivre pour ne rien faire contre les regles d’un art que j’enseigne en cette methode.

                                        XXX. LEÇON.

                                        D. Vous m’avez donné une assez ample connoissance de l’art du Blason, & une méthode facile de déchifrer toutes sortes d’armoiries. Faites-moi maintenant la grace de m’apprendre en quoi consiste la Science du Blason.

                                        R. Pour parvenir à la connoissance parfaite de cette Science, il faut s’accoûtumer à connoître les Familles par leurs armoiries & les armoiries par les Familles: à sçavoir rendre compte des écartelures & des divers quartiers qui composent les armoiries, ou par alliance, ou par substitution, ou par prétention, ou par concession, &c. & s’instruire des principales Maisons de L’Europe, & de leurs armoiries.

                                        D. Comment se peut acquerir cette eonnoissance ?

                                        R. Il faut commencer par les armoiries de toutes les Maisons souveraines, & de leur&domaines, comme sont les.deux.Empires-d’Orient & d’Occident, & les Royaumes de France, de Navarre , de Castille , de Leon , d’Arragon ,de Portugal , d’Angleterre , d’Ecosse, d’Irlande , de Prusse, de Pologne, de Suede, de Dannemarck, de Naples de Sicile, &c.

                                        Des Maisons d’Austriche, Lorraine, Savoye, d’Hollande, de Suisse y de Venise, de Genes, de Luques, de Haspourg, de Saxe, de Baviere, de Wirtemberg, de Medicis, de Gonzague, de Farnese, de Mecklebourg, de Bade, de Brandebourg, de Hesse, &c. Des Provinces, des Republiques, des Etats les plus celebres, &c. parce que ce sont ces armoiries qui se presentent tous les jours dans les monnoyes, dans les étendarts, dans les sceaux, & dans les Actes publics.

                                        D. Après qu’on a acquis cette connoissance, à quoi faut-il s’attacher ?

                                        R. Il faut commencer à connoître les armoiries les plus simples, comme sont les armoiries où il n’y a qu’un chef, qu’une fasce, qu’une bande, qu’un pal, qu’un chevron, qu’une croix, qu’un sautoir, &c.

                                        D. Donnez-m’en des exemples.

                                        R.

                                        • Saluces en Piedmont, d’or au chef d’azur. Châteauneuf en Dauphine de même
                                        • Gand en Flandres, de sable au chef d’argent.
                                        • Avaugour en Bretagne, d’argent au chef de gueules.
                                        • La Forest d’Armaillé, d’argent au chef de sable.
                                        • Chastelier, d’or au chef de sable.
                                        • Gamaches, d’or au chef d’azur.
                                        • Vintimille, de gueules au chef d’or.
                                        • Tende de même.

                                        D. Qui sont ceux qui portent une feule fasce ?

                                        R. Austriche Bouillon, Vianen, Louvain, Pot-Rhodes, Bethune, Sainte Maure, Villiers la Faye, Bouton Chamilly, Guefault d’Argenson, Cicon, & quelques autres.

                                        D. Gomment les distinguez-vous ?

                                        R.

                                        • Austriche, Bouillon, Louvain, & Yianen portent tous quatre de gueules à la fasce d’argent. La Poype en Bresse & en Dauphiné de méme. Norry de méme.
                                        • Pot-Rhodes, d’or à la fasce d’azur.
                                        • Bethune, & Sainte Maure, d’argent à la fasce de gueules.
                                        • Blot Gilberte d’azur à la fasce d’argent.
                                        • Bouton-Cha milly en Bourgogne, de gueules à la fasce d’or.
                                        • Auger en Champagne, d’azur à la fasce d’or. Amandre en Bourgogne de même.
                                        • Villiers la Faye en Bourgogne, d’or à une fasce de gueules. Denis en Tie rasche de même.
                                        • Guefault d’Argenson, d’argent à la fasce de sable.
                                        • Grachaux en Franche – Comté, & Cicon, d’or à la fasce de sable. Maurs de même.
                                        • Balathier en Champagne, de sable à la fasce d-‘or.

                                        D. qui sont ceux qui portent des bandes ?

                                        R.

                                        • Ligne en Flandre, Longvy en Bourgogne, d’azur à la bande d’or.
                                        • Le Roy Chauvigny, d’argent à la bande de gueules. Le Plantei de même en Bresse.
                                        • Nedonchel en Beauvoisis, & Tournebu en Normandie d’azur à la bande d’argent. Duval en Champagne de même.
                                        • Noailles en Limosin Tonnerre en Bourgogne, Chalon la même, Menou en Nivernois & Touraine de gueules à la bande d’or.
                                        • Gomiecour en Flandres, & Gounelieu en Normandie, d’or à la bande de sable. Briord en Bresse de même.
                                        • La Riviere, de sable à la bande d’argent.
                                        • La Barge en Auvergne, d’argent à la bande de sable.
                                        • La Balme de Mares en Dauphine, & la Baulme Saint-Amour en Bourgogne, d’or à la bande d’azur.
                                        • Didier en Champagne, de gueules à la bande d’argent.

                                        D. Donnez-moi des exemples de ceux qui ont un pal.

                                        R.

                                        Il est plus rare que les bandes & les fasces.

                                        • Bolomier en Dauphiné & Bresse, de gueules au pal d’argent.
                                        • Biedma en Espagne, d’or au pal de gueules.
                                        • Meyferia en Bresse, de sinople au pal d’argent.
                                        • D’Escars, de gueules au pal de vair.
                                        • Hugues de Grandmenil Lord de Hinckley en Angleterre, portoit de gueules au pal d’or.

                                        D. Les simples chevrons sonc-ils fre quens ?

                                        R. Il y a un bon nombre de Maisons qui en portent, & plusieurs Maisons, éteintes qui l’ont porté.

                                        D. Quelles?

                                        • R. Eschalard la Boulaye , d’àzur au chevron d’or. Gorrevod en Bresse de même. Belanger en Poitou de même. Tivarlan de même.
                                        • Nettancouit en Champagne, de gueules au chevron d’or. Monthoux au Genevois d’or au chevron de gueules.
                                        • Chalet au pais de Vauds, de sable au chevron d’argent.
                                        • Luirieux en Bresse, d’or au chevron de sable.
                                        • Trevisani à Venise, d’or au chevron d’azur. Colombier sur Morges, d’azur au chevron d’argent.$
                                        • Savorgnan à Venise, d’argent au chevron de Sable.
                                        • Renier là-même, parti d’argent & de sable au chevron de l’un à l’autre.
                                        • Montarbi & Nogent en Champagne, de gueules au chevron d’argent.

                                        D. Qui sont ceux qui portent des sautoirs ?

                                        R.

                                        • Gerente en Provence d’or au sautoir de gueules. Chini de même.
                                        • La Guiche en Bourgogne, de sinople au sautoir d’or.
                                        • Angennes de sable, au sautoir d’argent.
                                        • Du Fresnoy d’or, au sautoir de sable.
                                        • Messey en Mâconnois, d’azur au sautoir d’or.
                                        • Brignac en Bretagne, de gueules au, sautoir d’argent. Chassault en Bourgogne de même.
                                        • Autry au Barrois, de gueules au sautoir d’or.
                                        • Ossignies, de gueules au sautoir d’argent.

                                        D. Pour les croix, quel moyen de les démêler ?

                                        R. Il est vrai qu’il y en a un grand nombre de différences, dont vous avez des exemples dans la methode, mais sans vous arrêter d’abord à remarquer ees différences, attachez-vous aux croix simples que nous appellons croix plaines, & vous trouverez que les armoiries de Savoye & de l’Ordre de saint Jean de Jérusalem sont de gueules à la croix d’argent.

                                        • Mortagne Nivelle, d’azur à la croix, de gueules.
                                        • Mery, d’azur à la croix d’argent.
                                        • Saint Gelais de même: Pape en Dauphine de même.
                                        • Barbasan, d’azur à la croix d’or.
                                        • Brianson en Dauphiné, de même.
                                        • Aspremont en Lorraine, d’argent à une croix de gueules.
                                        • S. George, dont il y a eu un Archevêque de Lyon, de même.
                                        • Albon en Lionnois, de sable à la croix d’or.
                                        • Laye Messimieu en Dombes, d’argent à une croix de sable.
                                        • La Porte en Dauphine, de gueules à la croix d’or. Alinge en Savoye de même.
                                        • Vangrigneuse en Bresse, de sinople à la croix d’or.
                                        • Arnais au païs de Vauds, d’argent à la croix de sable.
                                        • Sainte Croix de Pagni, d’or à une croix de sinople, &c.

                                        D. Les figures de partition, ou qui se sont par de simples traits, sont- elles du bel usage du Blason ?

                                        R. Oui, sans doute: & plusieurs Maisons celebres de divers endroits de l’Europe en portent de cette maniere. Elles sont cependant plus frequentes en, Italie qu’ailleurs.

                                        D. Pourriez- vous m’en donner quel ques exemples ?

                                        R. J’ai dequoi vous satisfaire à commencer par le parti, le coupé & le tranché.

                                        • Ramsau au Païs de Holstein, d’or parti d’azur.
                                        • Ebrard Saint Sulpice, d’argent parti de gueules.
                                        • De Lomay en Touraine, parti à’d’or & de gueules.
                                        • Passaggi à Genes, coupé d’or sur azur.
                                        • Falarmonica là même, coupé d’or sur sable.
                                        • Gauffridi en Provence, tranché de gueules sur argent.
                                        • Capponi à Florence, tranché de sable sur argent.
                                        • Le Charron en Lyonnois, tranché d’or & d’azur.
                                        • Medaillan Montataire, tranché d’or & de gueules.

                                        D. Et pour les écartelures?

                                        R. J’en ai bon nombre à vous donner.

                                        • Tournemine en Bretagne, écartelé d’or & d’azur.
                                        • Moulsy le vieil, ou les Bouteillers de Senlis. Chaugy en Bourgogne, Noyelle aux Païs-bas. Du Saix en Bresse. Thesan en Languedoc. Beauvoir en Dauphiné. Gontaut Biron, écartelé d’or & de gueules.
                                        • Lens en Picardie, écartelé d’or & de sable.
                                        • Arel en Bretagne, Bussy en Bourgogne écartelé d’argent & d’azur.
                                        • Sainte Colombe en Beaujolois de même. Crevant, Humieres , & Brigneul de même.

                                        D. L’écartelé en sautoir est-il plus rare ?

                                        R. Beaucoup plus rare. Il y en a nean moins quelques exemples.

                                        D. Quels sont ces exemples ?

                                        R.

                                        • Blanc en Dauphiné écartelé en sautoir d’argent & d’azur.
                                        • Bagny à Florence, écartelé en sautoir d’or & d’azur.
                                        • Bazu en Bourgogne écartelé en sautoir d’argent & de sable.

                                        D. Apres avoir appris ces armoiries de figures simples, quelles jugez-vous à propos que je doive remarquer ?

                                        R. Celles qui ont les mêmes pieccs d’hermine & de vair, & celles qui sont engrêlées, échiquetées, ondées, bandées, chevronnées, &c car tout cela contribue à fixer l’imagination sur ces sortes de figures.

                                        D. Faites-moi la grace de m’en donner des exemples ?

                                        R. Très-volontiers.

                                        • Montgaseon de gueules, au chef de vair. Fougerolles de même. Escars, de gueules-au pal de vair.
                                        • Bours, de gueules à une bande de vair.
                                        • Annebaut, de gueules à la croix de vair.
                                        • Arod en Beaujolois, d’or à la fasce airée.
                                        • Illigni, de gueules à l’orle de vair. Varax en Bresse, écartelé de vair & de gueules.
                                        • Ognies en Picardie, de sinople à la fasce d’hermine.
                                        • La Chapelle, de gueules à une fasce d’hermine.
                                        • Montbrun en Normandie, d’azur à la bande d’hermine.
                                        • La Pallu en Bresse, de gueules à la croix d’hermine.
                                        • La Riviere en Guienne, & Ghistel- les au Païs-bas de gueules au chevron d’hermine.

                                        D. Voilà de quoi remplir la mémoire d’un bon nombre de Maisons par leurs armoiries ?

                                        R. Vous pouvez après cela vous accoutumer insensiblement à connoître les Maisons qui portent fascé, pallé, bandé, burelé, échiqueté, lozangé, fretté, fuzelé, &c. & les chefs, les bandes, les fasces, les croix, étiquetées, lozangées.

                                        D. Cette méthode est aisée, &c soulage l’imaginauon.

                                        R. Il est vrai ; mais si vous voulez voulez vous en rendre l’usage encore plus facile, il faut vous même dessiner ces armoiries, & y mettre les couleurs & les noms; vous verrez par experience que cela contribuera beaucoup à- fixer l’imagination.

                                        D. Quelles sont les plus difficiles à retenir ?

                                        R. Celles qui ont trop de ressemblance les unes avec les autres, & qui sont trop multipliées.

                                        D. Qui sont-elles ?

                                        R. Toutes celles d’un seul Lion. Car le nombre en est si prodigieux, qu’il y a peut-être plus de six cens Maisons qui ne portent qu’un Lion. Ainsi vous en trouverez trente qui portent d’azur au lion d’or, de gueules au Lion d’argent, d’argent au Lion de sable, &c.

                                        D. Que faut-il faire pour ne pas y être trompé ?

                                        R. Il faut observer cinq ou six choses qui vous aideront à les distinguer.

                                        1. Qu’il y a des Lions seuls, qui sont écartelez avec d’autres armoiries.
                                          • Les Alberts de Luines écartelent le Lion de leurs armoiries avec les macles de Rohan.
                                          • Les Dursort, Duras, ou Durassort écartelent le leur avec un quartier d’argent à la bande d’azur.
                                          • Celui de la Gauchie en Boulonois est écartelé avec Estrée.
                                          • Celui de Grammont avec les fasces ondées de Toulongeon, &: les dards d’Aste.
                                        2. Il y a des differences à observer en ces Lions: celui de Luxembourg, & celui de Bournonville ont la queue double, fourchée & passée en sautoir. Ce sont ces differences qui distinguent Luxembourg, ou Limbourg, ou Bohe me, qui portent de gueules au Lion d’argent à la queue fourchée & passée en sautoir d’avec Clisson, Grammont en Bugey, Ponceton, &c. qui portent de gueules au Lion d’argent: cette queuë double & fourchée est la difference.

                                          C’est la même difference entre les armoiries de Bournonville & de la Chaise en Forêts: ils portent l’un & l’autre de sable au Lion d’argent couronné, armé, & lampassé d’or. Mais celui de Bournonville a la queuë fourchée, ce que n’a pas l’autre. De cette Maison sont M. le Comte de Soustemon, &: M. le Comte de la Chaise, Capitaine de la Porte du Louvre , M. le Marquis son fils, & feu le R. P. de la Chaise Confesseur du Roi, son frere.

                                        3. Il y a des Lions assez distinguez d’eux-mêmes pour être reconnus, comme les Lion d’hermines, de vair, les Lions échiquetez, lozangez, bandez coupez, posez, partis, écartelez.
                                        4. Il y a des situations & des dispositions qui ne servent pas moins à distinguer les armoiries & à les rendre singulieres comme les Lions accroupis, couchez, passez en sautoir, adossez, affrontez, mis l’un sur l’autre.

                                        D. Que dites vous des armoiries parlantes, ou équivoques aux noms ?

                                        R. Qu’elles sont presque les plus anciennes, & qu’il n’en est point de plus aisées à retenir.

                                        D. Quelles sont les Maisons de France qui ont des armoiries parlantes.

                                        R. Les quatre celebres de Picardie, Ailly, Mailly, Tanques & Crequy. La Tour d’Auvergne, la Tour du Pin, la Tour S. Vidal, la Tour de Gouverner, Ray, Pontevez, Pontis, Pontac, Orge- mont, Roquelaure, Arpajon, Maugi- ron, Pellevé, Virieu, le Loup, Berbisy, la Croix, Tiercelin, Chevrier S. Mauris, Salmes, Retel, Nogaret, Martel, Mauleon, du Lion, Hornes, Grueres, Fougeres, Fouquet, Davi du Perron, Diane, Bureau, Bresse, Brûlart, Apchier, &c.

                                        D. Dans les autres Païs y a-t-il des armoiries parlantes ?

                                        R. Elles sont en très-grand nombre en Italie, en Espagne, en Allemagne & en Angleterre.

                                        D. Quelle autre industrie, me donnerez-vous pour avancer dans la Science du Blason ?

                                        R. Il faut s’accoutumer à distinguer les Maisons de même nom, & les Maisons différentes qui portent les mêmes armes.

                                        D. Me pourriez-vous donner des exemples des premieres ?

                                        R. Plusieurs.

                                        • La Tour d’Auvergne, semé de France à la tour d’argent.
                                        • La Tour du Pin en Dauphine, de gueules à une tour d’argent crenelée de trois pieces, senestrée d’un mur de même.
                                        • La Tour Landry, d’or à la fasce de gueules crenelée de deux pieces & deux demies.
                                        • Livron en Champagne, d’argent à trois fasces de gueules à un Roc d’Echiquier, de même au franc quartier du chef. Livron en Savoye, une bande avec deux cottices.
                                        • Luillier en Champagne, d’azur à trois coquilles d’or, & Luillier à Paris d’azur à trois paniers d’or.
                                        • Clermont Tonnerre, ou Clermont-Talart en Dauphiné, de gueules à deux clefs d’argent addossées & passées en sautoir.
                                        • Clermont Lodeve, d’or à trois fascesde gueules au chef d’hermines.
                                        • Clermont Galerande ou Clermont-d’Amboise, d’azur à trois chevrons d’or.
                                        • Gramont ou Grammont au Bugey, de gueules au lion d’argent.
                                        • Grammont de Dauphiné, de gueules au lion d’or.
                                        • Grammont en Franche-Comté, d’azur à trois têtes de reines de carnation couronnées d’or.
                                        • Grammont en Guyenne, d’or au lion d’azur.

                                        D. Quelles sont les Maisons qui onc des armoiries semblables sans être sorties de même sang, & sans avoir le même nom ?

                                        R.

                                        • Chabanes en Bourbonois, Baugé en Bresse, d’Aubigny & Montaigu portent tous quatre de gueules au Lion d’hermine armé, couronné & lampasse d’or.
                                        • Des Roches Baritaux, Brouilly en Picardie, Saredau Maine, Bolacre en Nivernois, le Normand, de sinople au Lion d’argent.
                                        • Foras en Savoye, Billy à Paris, Recourt en Flandres, Villers la même d’or à la croix d’azur. Thezan en Languedoc, Noyelle en Flandre, Du Saix en Bresse, Chawgy en Bourgogne, Estrac ou Astarac en Guyenne, Policeni à Venise, écartelé d’or & de gueules.
                                        • Montezan en Anjou, Polloud S. Agnin en Lionnois, Neuville, Hamelincourt, Souastre, d’or freté de gueules.
                                        • Rohaut-Gamaches, Dinteville en Bourgogne, le Roux en Guyenne, de sable à deux Leopards d’or.
                                        • Damas en Bourgogne, Aubusson en la Marche, Villeneuve en Limosin, Stainville en Lorraine, Beauçay en Poitou, Bernieules, Vauglans, Cousans, d’or à la croix anchrée de gueules.
                                        • Bellefourriere Soyecourt, Marsas & Du Pas, de sable semé de fleurs-de-lys d’or. Brillac en Touraine, & Quebriac d’azur à trois fleurs-de-lys d’argent.
                                        • Plessis Richelieu en Poitou, Bassompierre en Lorraine, & Chasteaugontier, trois Maisons differentes, portent toutes trois d’argent à trois chevrons de gueules.
                                        • Vantadour en Limosin, Sanzay en Poitou. Du Puy Vatan en Berry, Auxy Monceaux en Picardie, Kergournadec en Bretagne. Courcelles en Poitou, Ternant échiqueté d’or & de gueules.
                                        • Mamueil en Brie. Sonzier en Dauphine. La Touche en Bretagne de gueules à Trois besans d’or.

                                        D. Quelles autres armoiries faut-il remarquer ?

                                        R. Toutes celles qui sont singulieres, comme les deux Dragons monstréux d’Ancezunc, le Massonné des Marillacs, la croix & les quatre ombres de Soleil des Hurauli, les deux fasces & les deux serpens de Refuge la Guivre de Milan, le Crequier de Crequy. Les armoiries de Goulaine parties d’Angleterre & de France, & un grand nombre d’autres aussi distinguées.

                                        D. Est-ce là tout ce qu’il faut remarquer pour acquerir la science du Blason ?

                                        R. La principale chose est d’observer les armoiries écartelées, des grandes Maisons, & d’apprendre les causes de ces divers quartiers.

                                        D. Quelles sont-elles ?

                                        R. Il y en a plusieurs. Les plus ordinaires sont les alliances honorables avec les Princes, avec les grandes Maisons du Royaume, ou avec les Maisons étrangeres, les substitutions, les pretentions, &c. dont vous trouverez des exemples dans plusieurs livres.

                                        XXXI. LEÇON.

                                        D. Tout l’artifice du Blason autant que je le puis concevoir par ce que vous m’avez enseigné jusqu’ici, consiste principalement à sçavoir bien énoncer en termes propres tout ce qui se voit dans les armoiries.

                                        R. Oui sans doute. Et c’est pour cela même qu’il faut s’exercer à déchifrer celles qui paroissent les plus embarrassees. C’est ce que n’ont pas observé la plupart de ceux qui ont décrit les armoiries. Et l’un des meilleurs avis que je vous puisse donner, est de ne recevoir jamais d’armoiries d’aucune Maison, sans en avoir les figures, parce que autrement vous les renverseriez la plûpart, si rous en jugiez sur ces descriptions mal énoncées.

                                        D. Je profiterai de vôtre avis, & si j’en fais jamais de recueil, je prendrai soin de les faire sur des figures bien sûres.

                                        R. Je veux vous en donner le plus d’exemples que je pourrai des plus difficiles & des plus curieuses.

                                        D. Vous me ferez plaisir.

                                        1. 1. Darot en Poitou, de sable à deux cignes afrontez, acolez de leurs cols, entrelacez d’argent, tenant chacun au bec un anneau d’or, leurs têtes contournées. Voila quatre termes necessaires pour blasonner regulierement ces armoiries.
                                        2. 2. Caupene en Guyenne, d’azur à six pennes ou plumes d’autruche d’argent, acolées & passées en sautoir par le pied, deux & deux en chevrons renversez
                                        3. 3. Gozon en Rouergue, de gueules à la bande d’azur, bordée d’argent, le bord de l’écu denticulé de mêmet.
                                        4. 4. Kerguen en Bretagne, d’azur à la croix alezée, le pied ouvert en chevron d’argent, accompagnée de trois coquilles de même.
                                        5. 5. Papacoda à Naples, de sable au Lion d’or, la queue retroussée sur la tête, & tenue entre les dents.
                                        6. 6. Toraldo au Royaume de Naples, d’argent au mont de sinople, à cinq coupeaux arrondis en gauderons, & plus élargis que le pied de la montagne, chargée d’un lion d’or, qui est brisé d’un lambel de gueules.
                                        7. 7. Lardennois au Stavelo Païs de Liege, d’argent à un Tortil ou guillochis de deux pieces entrelassées en rond & étendues en face d’azur, acosté de deux jumelles de sable.
                                        8. 8. Poncrats en Hongrie, d’argent à l’aigle à deux têtes de sable, chargé en cœur d’un grand triangle, assis sur un de ses cotez d’azur, rempli d’une couronne d’or d’où sort un bras mouvant vers le chef, la main de carnation, le bras vêtu de gueules.
                                        9. 9. Balassa en Hongrie, de…. à un rencontre de taureau enfermé dans un dragon, en rond mordant sa queue. Ces dragons que j’ai remarquez en plus de vingt armoiries differentes de Hongrie, d’Allemagne & d’Italie étoit un ordre de Chevalerie établi par l’Empereur Sigismond sous le nom & la protection de S. George. La Colombiere & Paillot, qui en ont vû un dans l’armorial Allemand autour de l’écu des Wartembergs l’ont mal pris pour un suport, puis que c’est la marque d’un Ordre; comme les croissans de René d’Anjou Roi de Sicile, qui sont au dessous des armoiries des Chevaliers du Croissant. Quelques-uns mettoient une petite croix sur la tête du Dragon, comme j’ai vû en un écusson de la Maison Pusterla de Milan.
                                        10. 10. Glatigni en Normandie, d’azur à un gouffre ou trait recercelé de trois tournans en ligne spirale d’argent.
                                        11. 11. Palfi en Hongrie, d’azur à un cerf issant d’or d’une demi roue de même sur un mont de Sinople.
                                        12. 12. Le Duc en Normandie, de gueules au dauphin contourné d’argent entravaillé dans une jumelle d’azur en bande. J’ai tiré ces armoiries d’un Armorial M.S. de Normandie par Hector Le Breton Sr. de la Doineterie.
                                        13. 13. Houvevel au Païs d’Overissel, d’argent à trois bornes ou butes de sable aboutées ou appointées en cœur, & mises en pairle.
                                        14. 14. Scorciati ou Scoriati à Naples, de gueules à une dépouille de lion d’or entortillée à une épée de même mise en bande, au chef de France.
                                        15. 15. Abenbrouch en Hollande, de gueules à un caleçon d’argent, ce sont des armoiries parlantes.
                                        16. 16. Prevot en Normandie, d’azur au Lion d’or, tenant de trois pates un sabre, la poignée en haut, la pointe en bas.
                                        17. 17. Kagg en Suéde, d’azur à une pile renversée d’or en bande.
                                        18. 18. Touges au Païs de Cominge, de gueules à deux besans d’or, l’un sur l’autre.
                                        19. 19. Messemé en Touraine , de gueules à une étoile de cinq palmes d’or.
                                        20. 20. Suwartschonung , d’or à une agrafe ou boucle , gringolée en croissant de sable.

                                        XXXII. LEÇON.

                                        D. Les quatre traits que m’avez donné pour regles generales des figures heraldiques, peuvent-ils me servir à décrire les figures les plus irrégulieres ?

                                        R. Oui: Si vous les considerez bien de la maniere dont ils sont tirez par demi lignes tirées, & retirées, en divers sens. Parce que c’est des demi lignes que se sorment la plûpart des autres figures: j’appelle demi lignes celles qui ne vont pas d’un bord de l’écu à l’autre à passer par le milieu: ces demi lignes sont en divers sens, les émanches, l’émanché, les pointes, les girons, les entures, les vivres, le pallissé &c. Les pieces retraites ou alesées, pals alesez, bandes retraites, les chevrons, &c.

                                        Il faut donc observer deux choses, la premiere de quelles sortes de lignes sont composées ces figures extraordinaires, si c’est de lignes perpendiculaires, horizontales, ou diagonales &c. Et dequel sens ces lignes sont tirées. Secondement si ces figures ont des noms particuliers dans le Blason, ce qui se peut voir par celles que j’ai données. Si elles ont des noms particuliers, il faut retenir ces noms en blasonnant, comme seroit enté, chape, émanché, freté, lozangé, échiqueté, tiercé en bande, fascée &c. Si elles n’ont point de nom particulier, il faut considerer les figures dont elles approchent d avantage, comme sont les croix, les lozanges, les fretes, les girons, les entures, les quartiers, les piles, les pairles les chevrons, & s’ajuster à ces noms, en expliquant les différences de plis, de retours, de canelures, d’entrelas &c.

                                        Divers exemples de la pratique, & de la Methode de blasonner par l ‘ordre des traits et des lignes.

                                        1. Fromberg en Baviere., mi-coupé, mi-parti, vers là pointe, & recoupé d’argent & de gueules.
                                          On voit ici que je prends les demi-traits l’un qui coupe à demi vers le chef, l’autre qui partit en décendant vers la pointe, & le troisiéme qui recoupe.
                                        2. Aufberg en Baviere, mi-coupe en pointe mi-parti, & recoupé vers le chef.
                                        3. D’Arpo, mi-coupé en chef, failli en taillant, & recoupé vers la pointe de gueules & d’argent.
                                        4. Haldermansteten en Suaube, parti d’argent & dor, enté en pointe d’azur.
                                        5. V. Priesen en Misnie, tiercé en pairle d’argent de sable & de gueules.
                                        6. Kawfungen en Misnie, mi-tranché au-dessous du chef, mi-taillé en remontant vers le chef, & retaillé au flanc de l’écu d’or & de gueules.
                                        7. V. Tale au Pais de Brunswik, écartelé en équerre de gueules & d’argent.
                                        8. Beurl en Stirie, de gueules à un coude en triangle d’or, mouvant de l’angle senestre de l’écu en traverse, & recoupant en burele, rempli de sable: autrement de gueules à une pointe de giron d’or, mouvante du flanc senestre de l’écu depuis le chef & chargée d’une autre pointe de sable.
                                        9. Kollere en Pomeranie, de gueules vêtu d’argent, ou d’argent à une grande lozange de gueules, aboutissante aux quatre flancs de l’écu.
                                        10. Corrado à Venise, coupé d’argent & d’azur, vêtu de l’un à l’autre, ou coupé d’argent & d’azur, à une grande lozange de l’un à l’autre aboutissante au quatre flancs de l’écu.
                                        11. Gleisenthal en Misnie, de sable à une face d’argent dejointe au milieu de l’écu, une moitié haussée vers le chef, l’autre abaissée vers la pointe, & accolées par le bout.
                                        12. Woodville en Angleterre, d’argent à la fasce-canton à dextre de gueules.
                                        13. Yatton là même, d’argent à deux fasces de gueules, la plus hauts à dextre fasce-canton.
                                        14. Lindeczu lizana, d’azur au giron d’or mouvant du canton dextre de la pointe en forme de croissant versé vers la senestre d’or.
                                        15. Heinspach, tranché, canelé d’or d’azur
                                        16. Die Hochsteter en Autriche, taillé, canelé d’or & d’azur.
                                        17. Domantz en Silesie, d’argent, embrassé de gueules de senestre à droite.
                                        18. Tanberg en Baviere, de gueules à une pointe d’argent, mouvante de deux coupeaux ronds.
                                        19. Seybolsdorf en Baviere, taillé, pignonné d’argent & de gueules de trois pieces.
                                        20. Kunige en Tirol, tranché d’argent & de gueules, fiché sur l’argent.

                                        II n’est pas moins necessaire d’observer la disposition des figures que leur position & leur situation.

                                        La dispoíition suppose plusieurs figures de même, ou de diverse espece.

                                        II y en a de même espece, qui remplissent également tout l’écu j comme le fascé, le pallé, le bandé, le barré, le burelé, le coticé, le vergeté, le freté, l’échiqueté, le lozange, les points équipollez, le fuselé, &c dont vous avez’ des exemples dans l’Alphabeth des termes.

                                        Les autres figures se mettent 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14, 15. 16. 17. 18. 19. 20.

                                        Une seule figure se place ordinairement au milieu de l’écu, comme.

                                      • 1. De la Porte la Meilleraye, de gueules au croissant d’argent, chargé de cinq mouchetures d’hermine, ou simplement au croissant d’hermine. La situation de ce croissant, ni sa position ne s’expriment point, parce qu’elles sont naturelles.
                                      • La disposition naturelle de deux figures est d’être l’une sur l’autre, comme.

                                      • 2. Rouhaut, de sable à deux Leopards d’or, sans dire l’un sur l’autre, par ce que c’est leur disposition naturelle.
                                      • La disposition naturelle de trois figures en armoiries est d’être 2. & 1. comme.

                                      • 3. Courtenay, d’or à trois tourteaux de gueules.
                                      • La disposition naturelle de quatre figures est d’être deux deux comme.

                                      • 4. Beauvau, d’argent à quatre lionceaux de gueules, armez, lampassez, & couronnez d’or.
                                      • Quelques-uns ajoutent cantonnez ou mis en écartelure, ce qui est inutile puisque c’est la situation naturelle des lions & la disposition naturelle de quatre figures.

                                        La dispolition naturelle de cinq figures est d’être mises en sautoir, comme.

                                      • 5. Dorne en Lorraine d’argent à cinq annelles.
                                      • Quelques-uns ajoutent en sautoir. Ces cinq figures peuvent aussi être mises en croix, comme.

                                      • 6. Arlatan à Ailes en Provence, de gueules à cinq lozanges en croix, ou à la croix de cinq lozanges.
                                      • Six figures se mettent, trois, deux, une, comme.

                                      • 7. Prunelay en Normandie, de gueules à 6. annelets d’or 3. 2. 1. ou les uns sur les autres en deux pals, comme.
                                      • 8. Castor, d’argent à six tourteaux d’azur, 2. 2. 2.
                                      • Sept figures se disposent en divers sens, trois trois & une, comme.

                                      • 9. Melun, d’azur à sept bezans d’or 3.3. 1. au chef de même, ou trois, une, trois; comme.
                                      • 10. Courran, d’or à sept macles 3. 1. 3. ou quatre & trois, comme.
                                      • 11. De l’Etang de Breuil d’Andesigny en Poitou, d’argent à sept fusées de gueules, ou sept lozanges 4. & 3.
                                      • Huit .figures se posent en orle,comme.

                                      • 12. Argies, d’or à l’orle de huit merlettes de sable. Neuf figures se posent 3. 3. 3.
                                      • 13. Le Senéchal de Kercado en Bretagne, d’azur à neuf macles d’or, 3. 3. 3.
                                      • ou trois trois, deux, un.

                                      • 14. Morainvillier, d’argent à neuf merlettes de sable. 3. 3. 2. 1.
                                      • Dix figures se peuvent poser en divers sens quatre, deux, quatre comme.

                                      • 15. Saint Denoiiac en Bretagne, de gueules à dix billettes d’or. 4. 2. 4.
                                      • Quatre, trois, deux, un.

                                      • 16. Acerac de Rieux Sourdiac, d’azur à dix besans d’or. 4. 3. 2. 1.
                                      • En orle.

                                      • 17. Cheyna, de sable à dix bezans d’or, posez en orle.
                                      • Onze figures se peuvent poser quatre, trois, quatre.

                                      • 18. Beaumanoir Lavardin, d’azur à onze billettes d’argent. 4. 3.4.
                                      • En orle.

                                      • 19. Gontenai, d’or à l’écusson de geules, & onze merlettes de même en orle.
                                      • Douze figures se metent quatre, quatre, & quatre. Treize, quatorze, quinze, seize , dix-sept , dix- huit, dix-neuf & vingt figures se posen de divers sens.

                                        Enfin on les nomme semées, non pas quand elles passent le nombre de 20. comme ont dit quelques uns, mais quand elles remplissent tellement l’écu à égales distances, qu’il s’en perd des moitiez & des extremitez dans tous les bords de l’écu. Ainsi on dit:

                                      • 20. Simiane en Provence & en Dauphiné, d’or semé de fleurs-de-lys, & de tours d’azur, alternativement.
                                      • A ces dispositions regulieres des figures multipliées, il faut joindre les dispositions des figures, qui ont une espece de longueur, & des cotez differens, qui sont naître divers termes dans le Blason, à l’egard de ces dispositions.

                                        1. 1. Deux figures de certe sorte peuvent être paralleles en pal comme les deux tronc à’Orgello, ci -devant sous le mot ébranché numero 37. de la lettre E. de l’alphabet des termes.
                                        2. 2. Ou l’une sur l’autre comme les deux lions du Monsfier de Merinville, sous le mot Passant n. 10. de la lettre P.
                                        3. 3. Ou paralleles adossées comme les deux clefs de Clugni, sous le terme Adossé n. 54. de la lettre A, où il y en a trois autres exemples.
                                        4. 4. Elles peuvent aussi être afrontées, comme vous verrez sous ce terme n. 56. 57. 58. S9.
                                        5. 5. Ou passées en sautoir, comme les malles de Gondy, sous le terme lié. Les épées de Bontin, sous le terme Garni. Les lys des Delbenne, &c.
                                        6. 6. Ou appointées en pointe, & en chevron renversé, comme les deux épées d’Armes sous le terme appointé, no. 93. Elles pourraient aussi être mises en chevron comme les piles renversées d’Aquin, n. 94.
                                        7. 7. Guillard à Paris, de gueules à deux bourdons de pelerins d’argent, mais en chevron accompagnez de trois montjoyes de pelerins de même. Ces montjoyes sont des monceaux de pierre qui marquent les chemins.
                                        8. 8. Trois figures longues se peuvent mettre paralleles en pal, comme les flambeaux de la Fare. Sous le mot allumé, n. 77. les trois pieux de Fiquemont, n. 61. de la lettre A.
                                        9. 9. En bande l’un sur l’autre comme les trois tisons des Tisoni. n. 78.
                                        10. 10. En poignée, comme les trois fléches des Suramont, n. 17. de la lettre E.
                                        11. 11. En fasce l’un sur l’autre, comme trois leopards de Canmont, & les trois feuilles de Cosser.
                                        12. 12. Elles peuvent être mises en pairle ou en Y, comme les trois fleurs-de- lys de Dieloldstein, n. 95.

                                        Quatre figures longues se placent en divers sens.

                                        1. 13. Les unes sur les autres en. fasce, comme les quatre lions d’Escodca.
                                        2. 14. Etendues en sautoir comme les quatre chaînes d’Alberti, liées en cœur à un anneau.
                                        3. 15. En chevron comme les 4. piles appointées & renversées d’Aquin en Dauphine, n. 94. de la lettre A.
                                        4. 16. Couchées dans le sens des 4. flancs d’un grand lozange comme Don Vela, n. 97. la même lettre.
                                        5. 17. Cinq peuvent être placées en étoile comme Messemé.
                                        6. 18. Six adossées & aculées, comme les six plumes d’Autruche de Caupene.
                                        7. 19. Et les Canons de Guipuscoa. n. 46.
                                        8. 20. Les figures qui ont longueur peuvent être semées, quoi qu’elles ne soient pas en grand nombre. Les faux des Thomassins d’Aix en Provence qui sont au nombre 48 de la lettre A sont semées.

                                        Quand les figures sont de differente espece, il y a plus de difficulté à blasonner regulierement, parce qu’il faut observer celles qui tiennent lieu de champ, ou de seantes partitions, & qui doivent être nommées les premieres, & avant celles qui sont brochantes, ou qui les chargent ou qui les accompagnent; comme.

                                        1. 1. De Refuge, d’argent à deux fasces de gueules, & deux serpens d’azur tortillez, ou ondoyans en pal, & affrontez brochant sur le tout.
                                        2. 2. Beauvillier en Berry, d’argent à trois fasces de sinople, accompagnées de six merlettes de gueules 3.2. 1.
                                        3. 3. Chambes Monserau en Anjou, d’azur semé de fleurs-de-lys d’argent au lion de même couronné d’or.
                                        4. 4. Estrées, d’argent freté de sable de six pieces, au chef d’or chargé de 3 merletes de sable.
                                        5. 5. Choiseul en Champagne, d’azur à la croix d’or cantonnée de vingt billettes de même, de cinq en cinq en sautoir en chaque canton.
                                        6. 6. Châtillon sur Marne, de gueules à trois pals de vair, au chef d’or.
                                        7. 7. Coursillon Marquis de Dangeau, d’argent à la bande de fusees couchées de gueules, à un lion de sable courant le long de la bande.
                                        8. 8. La Tremouille, d’or au chevron de gueules, accompagné de trois aiglettes d’azur, bequées & membrées de gueules.
                                        9. 9. Goulaine en Bretagne, parti de la premiere moitié d’Angleterre, de gueules à trois demi leopards d’or, l’un sur l’autre, & de la seconde moitié de France, d’azur à une fleur- de-lys d’or, & une demie mouvante de la partition.
                                        10. 10. Brulart, de gueules à la bande d’or chargée d’une traînée tortillée de sable, & de cinq barils de même, trois d’un côté, & deux de l’autre alternez.
                                        11. 11. Le Clerc Fleurigny, d’où sont sortis un Chancelier de France sous Charles VI. & Charles VII. & deux Commandeurs de Malthe, qui servent utilement la Religion, de sable à trois roses d’argent, & un pal de gueules, brochant sur la roíè d’en bas.
                                        12. 12. De Francs en Mâconnois, d’azur à une tierce d’argent mise en barre, au canton dextre de l’écu, & une cottice d’ardent brochant sur le tour.
                                        13. 13. Vieux-bourg, d’azur à la fasce chargée à dextre d’un T. de sable, & à senestre d’une molette de même.
                                        14. 14. Bourdalouë en Berry, d’azur au lion d’or, couronné & regardant un soleil de même, au canton dextre du chef.
                                        15. 15. Villeneuve en Provence, de gueules freté de lances d’or, les claires voyes remplies d’écussons de même & sur le tout un écusson d’azur à une fleur-de-lys d’or.
                                        16. 16. Villars en Lionnois, dont le Duc de ce nom, d’où sont sortis cinq Archevêques de Vienne en Dauphiné, d’azur à trois molettes d’or, au chef d’argent, chargé d’un lion passant de gueules.
                                        17. 17. Lamoignon originaires du Nivernois, lozangé d’argent & de sable, au franc canton d’hermine.
                                        18. 18. Suirot en Poitou, gironné de gueules & d’argent de huit pieces, le 1. & 4. giron d’argent chargez de trois pals de gueules , le 2. & 3. de trois fasces de même.
                                        19. 19. Brissonnet, d’azur à la bande componée d’argent & de gueules de six pieces, le premier, compon de gueules, chargé d’une étoile d’or & senestré d’une autre de même, au canton senestre du chef.
                                        20. 20. Marans ou Pressigny, fascé, contre-fascé d’argent & d’azur, au chef palé, contre-palé de même, flanqué d’azur, à deux girons d’argent, & sur le tout, un écusson de d’argent.

                                        Un vieux Armorial imprimé l’an 1530 dit

                                        d’or & d’azur au chef parti.
                                        Au chef palé contre-paléfascé cótrefascé,
                                        A deux cantons gironné,
                                        Et un écu d’argent parmy,
                                        Sont les armes de Pressigny.

                                        XXXIII. LEÇON.

                                        D. Après m’avoir si bien enseigné les principes de l’Art Heraldique, & de la science du Blason, je voudrois bien en connoître l’usage & la pratique pour toutes les personnes, qui ont droit de porter des armoiries & qui sont de conditions diverses dans l’Ordre de la Noblesse.

                                        R. C’est-à-dire, que vous vouiez apprendre les diverses espèces d’ornemens, qui accompagnent les armoiries, & qui marquent les dignitez, & l’état ou la condition des personnes. Je veux vous satisfaire sur ce point: Et vous donner les armoiries du Pape, des Cardinaux, des Archevêques & des Evêques; des Abbez, des Prieurs, des Protonotaires & autres Ecclesiastiques; du grand Maître de Malthe, des Pilliers de l’Ordre, Grands-Croix, Commandeurs, &c. des Chevaliers Teutoniques, des Chevaliers de Christ, de Saint Lazare, des anciens Commandeurs de S. Antoine, &c.

                                        D. Ce sont là les dignitez Ecclesiastiques. Je voudrois qu’ensuite vous me donnassiez les politiques, & les militaires. Des Empereurs, des Rois, des Princes, des Chefs des Republiques, des Ducs, Marquis, Comtes, Vicomtes, Barons, Seigneurs, &c. des Chevaliers, Premiers Presidens, Presidens à Mortier, des Chevaliers des Ordres du Roi, des Chevaliers de S. Louis, des Anciens Chevaliers, des Connétables, des Maréchaux de France, du grand Maître de l’artilîerie, du Colonel de l’Infanterie Françoise, du General de la Cavalerie: du grand Escuyer, &c.

                                        R. Sur tout cela je n’ai que des exemples à vous donner, c’est-à-dire, des figures où ces ornemens soient representez avec la maniere de les déchifrer.

                                        D. C’est cela même que j’attends de vous, avec la pratique des armoiries des personnes nobles du sexe.

                                        R. C’est-à-dire des Dames.Celles des Imperatrices, des Reines, des Princesses, des Duchesses, des Marquises, des Comtesses & des Baronnes ont les mêmes ornemens que leurs maris. Je veux dire quant aux couronnes, manteaux, &c. Car il y a des ornemens qui ne leur conviennent pas, comme sont les casques, les colliers des Ordres de Chevalerie, &c. Cependant les Femmes des Maréchaux de France quand elles portent leurs armoiries accolées à celles de leurs maris, mettent les bâtons en sautoir derriere les deux écus accolez, &c les Chancelieres font la même chose des masses.

                                        D. Et les filles comment doivent-elles porter les leurs ?

                                        R. Elles ont pris la coutume en France de les mettre en lozanges. Cet usage est venu des Païs bas.

                                        D. Les Abbesses, les Prieures, & les Religieuses comment les portent-elles ?

                                        R. Indifféremment ou en lozanges, ou dans un écusson. Les Abbesses les accollent d’une crosse, d’un chapeller, d’une couronne d’épines, d’une guirlande de fleurs.

                                        D. Les Veuves n’ont-elles point de marques particulieres ?

                                        R. Elles y mettent assez souvent des cordelieres.

                                        D. Et les Femmes mariées ?

                                        R. Des Palmes qui sont le simbole de l’amour conjugal.

                                        D. Venons maintenant aux exemples, si vous le voulez bien ?

                                        R. Je le ferois très-volontiers, mais pour vous délivrer de la peine d’apprendre ce grand nombre d’exemples, & pour ne pas grossir ce Livre, vous n’avez qu’à prendre le jeu de Cartes du Blason, où vous trouverez des exemples de toutes ces pratiques differentes pour la France, l’Italie, l’Espagne & l’Allemagne, &c. Je n’aurai à vous donner ici que des exemples de la pratique & de l’usage des Personnes du sexe. Aussi bien l’une des manieres d’apprendre aisément le Blason& de connoître les armoiries de plusieurs Maisons est de vous divertir en jouant à ces divers jeux faits pour l’instructiots de la jeunesse.

                                        XXXIV. LEÇON.

                                        D. Vous m’avez parlé des armoiries des communautez, dont vou, avez fait, ce me semble, une espece différente de celles des Maisons. Je voudrois bien en sçavoir l’usage ?

                                        R. Vous avez raison de vous en informer puisqu’elles sont une partie considerable du Blason, Elles ne sont pas néanmoins des marques de noblesse comme celles des Familles, mais seulement des marques de distinction, qui servent à les faire connoître.

                                        D. Quelles sont ces Communautez ?

                                        R. Je les distingue en deux especes, de Communautez Ecclesiastiques, & de Communautez séculieres, & laïques, parce que toute Communauté est un corps composé de plusieurs membres.

                                        Ainsi l’Eglise universelle, qui est la Congregation de tous les Fidéles, est un Corps, & une Communauté. Les Etats, les Provinces, les Villes sont des Communautez.

                                        D. Quelles sont les Communautez Ecclesiastiques ?

                                        R. Les Chapitres, les Patroisses, les Dioceses, les Monasteres, les Ordres Religieux, les Congregations, les Seminaires, les Confreries, &c.

                                        D. Tout cela a-t-il des armoiries ?

                                        R. Oui: ou plutôt des devises & des signes pour se distinguer. Car ce n’est qu’improprement qu’on leur donne le nom d’armoiries, qui ne leur convient pas, puisque ces Communautez ne sont pas profession des armes.

                                        D. Quelles sont les Communautez Laïques ?

                                        R. Les Royaumes, les Republiques, les Provinces, les Villes, les quartiers de Villes, les Universitez, les Academies, les Colleges, les Arts & Métiers, les Compagnies & Societez de Commerce, les Corps des Marchands, &c.

                                        D. L’usage de ces devises est-il ancien?

                                        R. Il l’est beaucoup plus que le Blason , parce qu’il y a eu des marques de distinction avant qu’il y eût des armoiries qui marquassent la Noblesse.

                                        D. Comment se distinguoient donc les Maisons avant l’usage du Blason ?

                                        R. Par leurs noms, leurs surnoms, de leurs pronoms, qui distinguoient les personnes, les maisons, & leurs diverses branches.

                                        D. Donnez-m’en des exemples ?

                                        R. Je le veux bien;& je choisis parmi les Romains la Famille desEmilies, l’une des plus celebres. Le nom commun à toute cette illustre race étoit celui d’Emilie. Aemilii. Les diverses branches étoient les Mamertins, les Barbulesdes Pauls, les Lepides, les Regilles, les Scaures, &c. parmi lesquels il y a eu des Lucius, des Marcs, des Caies,&c. comme il y a dans nos Familles des Pierres, des Jeans, des Antoines, &c. Et quand ils vouloient se distinguer encor (sic) plus par leurs Peres & leurs Ancestres ils se nommoient Lucius Aemilius Marci Filius. Lucii Nepos, Marci Pronepos, Paulus. Après quoi ils marquoient leurs offices, leurs dignités. Ainsi le grand Pompée en une inícription se designoit par ces mots Cneius Pompeius Cnei Filius Sexti Nepos, Magnus III Proconsul, Imperator, &c. Cétoient ces noms qui étoient parmi les Romains le caractere de leur Noblesse.

                                        D. Comment cela ?

                                        R. Parce que les esclaves n’avoienr qu’un nom Caius, Abascantus, Tyro & quelques autres noms barbares. Les Affranchis en avoient deux, parce que celui qui les affranchissoit leur donnoit ou son nom ou quelque autre nom. Les Ingenus en avoient trois, comme Marcus Tullius Cicero, ausquels quand on ajoûtoit Marci Nepos, Marci Pronepos, Lucii Abnepos, on marquoit autant de degrez d’ingénuité.

                                        D. Quand est-ce que les Communautcz ont pris ces marques de distinction, à quelle occasion, & quelles sont les plus anciennes ?

                                        R. Vous me faites trois demandes qui demandent autant de réponses differentes. Je commence par la plus ancienne des Nations qui est la Juive, qui fut distinguée en douze Tribus dont les fils de Jacob furent les chefs. Quand ces Tribus sortirent de l’Egypte pour aller habiter la Palestine, elles marcherent en corps d’armée, & se firent des signes & des étendars pour se reconnoître, & pour empêcher la confusion en leurs campemens & en leurs marches. La Tribu de Juda portoit un lion, &c.

                                        D. Etoient-ce des armoiries ?

                                        R. Non pas à les prendre comme celles dont on use à present, puisqu’elles n’etoient pas des marques de noblesse, qui eussent des couleurs fixes comme les émaux du Blason: Mais simplement des signes pour distinguer les Tribus. Cependant Bara & quelques autres Blasonneurs en ont voulu faire la premiere origine des armoiries.

                                        D. Les Grecs, & les Romains qui en portoient sur leurs boucliers & en leurs signes militaires, n’en firent-ils pas de veritables armoiries ?

                                        R. Non ? parce que tous les soldats d’une même legion, ou d’une même cohorte avoierit tous les mêmes figures sur leurs boucliers, quoiqu’ils fussent de diverses familles, & souvent de diverses nations. Voilà les plus anciennes devises de distinction, qui ont servi de modele aux armoiries des Communautez; car, les Peuples, les Nations, les Republiques, les Tribus & les Villes le distinguerent par ces sortes de lignes, soit dans leurs monnoyes, soit dans leurs étendars, soit dans leurs ouvrages publics.

                                        D. Me pourriez-vous assigner des causes generales des armoiries des Communautez ?

                                        R. Oui; & plus aisément que de celles des Familles. Car pour commencer par celles des Eglises, la plupart portent les Images de leurs saints Titulaires, ou les Hieroglyphes de ces Saints. Un très-grand nombre d’Eglises de ce Royaume dediées à S. Pierre portent des clefs pour armoiries. Celles qui sonc dediées à S. Pierre & à S. Paul joignent une épée aux clefs comme l’Abbaye de Cluny. Les Chapitres & les Eglises qui ont S. Laurent pour Patron ont un gril; les Eglises de Sainte Catherine une roue armée de rasoirs & une épée. Les Eglises dediées à Nôtre Dame la figure de la Sainte Vierge. Celles de S. Jacques un bourdon & des coquilles. Les Congregations de Saint Augustin un cœur ardent percé de fléches, qui sont les simholes du zele & des ardeurs de ce Saint. L’Abbaye d’Esnay dediée à S. Martin, un S. Martin.

                                        D. N’en ont-elles point de conformes à leurs noms; comme sont les armoiries que l’on nomme parlantes ?

                                        R. Ce font les plus communes particulierement pour les Villes, les Provinces & quelques Eglises. La Ville de Lyon un lyon, celle de Tours des tours, Grenade une grenade, Florence une fleurs-de-lys, Leon en Espagne un lyon, l’Abbaye de Pontigny un pont & un nid sur un arbre, la Ville de Munich en Baviere monachium, un Moine, l’Abbaye de Chelles une échelle, &c. Plusieurs Villes portent les premieres lettres de leurs noms. Soissons deux SS. antiques. Rion en Auvergne un R. Brignole en Provence un B. Montargis une M. L’ Abbaye de Montmartre deux MM. La Ville de Rome son ancienne devise de quatre lettres en bande. S. P. Q. R.

                                        Plusieurs autres ont pour leurs marques leurs portes, leurs ponts, leurs tours, leurs ports, leurs châteaux ou citadelles. Carcastonne en Languedoc une de ses portes. Ville-Franche en Beaujolois une porte avec sa tour.

                                        Bourdeaux sont (sic) port, Trevoux Capita le de Dombes sa Tour, la Ville de Liege son Perron, Anvers son Port, plusieurs Villes de Hollande leurs Canaux.

                                        D N’y en a-t-il point qui ayent retenu pour armoiries leurs singularisez ?

                                        R. Un très-grand nombre. La Ville de Chartres trois de ses anciennes Monnoyes ; Segovie son beau pont ; la Ville de Carpentras l’un des clous de Nôtre-Seigneur, formé en mors de bride, par l’Empereur Constantin qu’elle a dans son Eglise Cathedrale. Cologne trois Couronnes, parce qu’elle a Jes Corps des trois Rois. Nismes a pris le revers de ses anciennes Medailles d’un Crocodille lié à un palmier avec ces mots Col. Nem. Colonia Nemausensis. Le Chapitre de N.D. de Chartres, d’azur à une tunique ou chemise d’argent, parce qu’il y a .dans le Tresor de cette Eglise une chemise ou tunique de N.D.

                                        D. Quels simboles ont choisi les Universitez, les Colleges, & les Academies qui sont profession de Litterature, & de science ?

                                        R. Des figures convenables à leurs études, des Livres ouverts ou fermez, des paroles de l’Ecriture ou des Anciens.

                                        • L’Université de Paris a pour armoiries un bras, ou main íortant d’une nuée au chef de l’Ecu, qui tient un livre au milieu de trois fleurs-de-lis avec ces mots. Hic & ubique terrarum, pour marquer le pouvoir qu’elle donne à ses Docteurs de lire & d’interpreter à Paris, & en tous les endroits du monde.
                                        • L’Université d’Oxsort a le Livre de l’Apocalypse à íept seaux ouvert, & l’on lit sur ses deux faces Dominus illuminatio mea; ce livre est entre trois couronnes, parce qu’elle reconnoîc trois Rois pour ses fondateurs Alfred, Richard, & Henry VII. Elle met aussi derriere l’Ecu six masses d’argent en sautoir, qui sont celles que portent ses bedeaux quand elle marche en cérémonie.
                                        • La Maison de Sorbonne qui est du corps de l’Université de Paris, porte les armes de son fondateur Robert Sorbon, c’est une roue de fortune par allusion à Sors bona, les rais de cette roue sont fleurdelisez, & elle accompàgne ce corps de ces mots d’un Pseaume Vox tonstrui tui un rota, pour faire allusion à ses censures & à ses décisions.

                                        D. Les Academies, qui sont des assemblées libres de personnes qui font profession d’Eloquence, de Poësie, d’Histoire, de Critique, & d’autres bel les Lettres, ont-elles aussi des armoiries ?

                                        R. Elles se contentent d’avoir des devises particulierement en Italie, où chaque Academie en a une generale, & chaque Academicien une particulière, qui a quelque rapport à la generale. Ils se sont même des noms academiques, par rapport à ces devises.

                                        L’Academie Françoise établie par le Cardinal de Richelieu, a pour devise une couronne de laurier avec ces mots à l’immortalité. Monsieur Charpentier, qui en a été Doyen prît pour la sienne un jeune laurier qu’une main arrose avec ces mots qui sont l’anagramme de son nom latin Carpentarius Speranticura, par lequel il a voulu témoigner qu’il aspiroit comme ses Confreres à l’immortalité. Tout ainsi qu’un Jardinier cultive & arrose de jeunes plantes dans l’esperance , qu’elles lui donneront un jour du fruit. Monsieur Chapelin avoit pris pour la sienne un oiseau qui s’élance vers le ciel avec ces mots de Virgile Viamque affectat olympo.

                                        D. Les Corps des Métiers ont- ils des armoiries ?

                                        R. Ils ont des marques pour se distinguer les uns des autres, mais on ne doit pas les appeller armoiries, puisques ces marques n’ont rien de Militaire, ni qui tienne de l’usage du Blason, au contraire les Corps des Métiers se distinguent ou par les instrumens de leurs arts, ou par quelques-uns de leurs ouvrages. Les Tailleurs par des ciseaux, les Boulangers par de longues pelles chargées de pains, les Bouchers par des couteaux & des couperets, ou par des bœufs & des moutons, les Tisserans par des navettes. Les haches, les douloires, les marteaux, les équerres, les compas, sont les marques de quelques autres.

                                        D. Je conçois bien maintenant que semblables figures ne peuvent pas proprement être nommées armoiries; puis que la définition des armoiries que vous avez donnée ne leur peut convenir, n’étant pas des marques d’honneur données ou autorisées par le Souverain, & composées de figures & d’émaux déterminez pour distinguer les Maisons, & pour marquer la Noblesse ?

                                        R. Vous raisonnez fort bien; car rien de tout cela ne leur convient que d’être marques de distinction.

                                        D. A quoi servent donc ces marques ?

                                        R. Elles servent à distinguer ces Corps, & comme ils sont parmi eux des Statuts, des Reglemens, qu’ils ont des lieux où ils s’assemblent, des Confreries, des Chapelles, &que la plupart de ces Corps sont obligez de faire des actes publics, ils ont des sceaux, & des cachets, qui sont la plupart des armoiries, ou devises, qu’ils sont mettre sur leurs édifices & aux lieux de leurs assemblées, porter par leurs Bedeaux, Valet, Mandeurs, Sergens, Huissiers, Messagers, &c. Imprimer à la tête de leurs Statuts, Regles, Ordonnances, Mandemens, Livres, Placards, Theses Conclusions, &c.

                                        D. Vous avez nommé entre les Communautez Ecclesiastiques les Ordres Religieux, ces Communautez. Ont-elles des armoiries ?

                                        R. Comme S. Paul a dit qu’il ya des armes spirituelles, dont il veut que les Chrétiens soient revêtus, les Ordres Religieux, qui sont profession d’embrasser la perfection évangelique, s’engagent par vœux à & revêtir de ces armes spirituelles & à s’en servir d’une maniere plus parfaite que le reste des Fideles. Ainsi j’ai vu dans une Eglise de S. François un écusson avec une croix & deux bras passez en sautoir sur cette croix, l’un nud & l’autre vétu de la manche de l’habit de l’Ordre, les deux mains percées, pour marquer les stigmates, & ces mots Hic sunt arma militia nostra.

                                        Enfin pour vous délivrer de la peine de me faire plusieurs demandes sur ces armoiries des Communautez, je veux vous en dire en divers articles ce que j’en ai pû remarquer.

                                        Des Corps du Clergé, Chapitres, Eglises Cathedrales, Collegiales & Parroisses.

                                        Comme ces Eglises ont une juridiction particuliere, elles en portent les marques en leurs armoiries.

                                        • L’Eglise d’Embrun, qui est Archevèché, porte un Pallium acoté de la croise & de la mitre.
                                        • L’Eglise de Sens, une croix cantonnée de 8. clefs.
                                        • L’Eglise de Beauvais, une croix cantonnée de 4. clefs.
                                        • L’Abbaye de S. Medard de Soissons, porte pour marque de sa fondation royale & de sa jurisdiction, de gueules à une croise d’or, & un guidon avec son haste d’argent adossez, & acôtez de deux fleurs-de-lys d’or.

                                        Plusieurs Eglises Cathedrales ont retenu pour armoiries la figure de leur Eglise, ou la façade, ou le clocher, celle d’Avignon a un dôme d’Eglise.

                                        Le Chapitre de S. Just de Lyon, parce qu’il a jurisdiction dans le quartier appelle de S. Just, & de S. Irenée, & même sur quelques villages voisins, a pour armoiries le lyon des anciens Comtes de Lyon, avec une bordure chargée de bezans, qui sont les plaques, ou metaux dont on se sert dans les Eglises Collegiales pour les distributions.

                                        L’Eglise de Palerme porte de gueules à l’aigle imperiale de deux têtes couronnées d’or. Ut Panormitana Ecclesia pra ceteris primaria sit, & dignitatis in temporalibus & spiritualibus primum obtineat locum. Dit le decret de l’Empereur Frederic II. né à Palerme, rapporté par Sancetta.

                                        Le Chapitre de Lyon composé de Chanoines Comtes de Lyon, porte un lyon & un griffon affrontez, pour marque de ses deux jurisdictions temporelle & spirituelle, le lyon est couronné d’une couronne de Comte, pour marque de leur dignité de Comtes de Lyon, & le griffon animal composé moitié aigle, moitié lyon, est le simbole des deux parties de cette Ville, dont un côté étoit de l’Empire qui a l’aigle pour simboie, & l’autre étoit du Royaume dont les anciens Comtes, qui l’étoient aussi du Forest avoient un lyon pour armoiries. Anciennement ce Chapitre faisoit porter en ses processions outre la banniere d’un lyon, deux griffons, dont je donnerai les raisons dans l’Histoire de Lyon, quand je parlerai de cet auguste Corps.

                                        Il y a des Chapitres, qui ont pris des armoiries par rapport à divers évenemens, ou diverses circonstances de leur fondation.

                                        Le Chapitre de Langres, porte de gueules au gand d’argent, pour avoir eu l’investiture de Roland – pont par Roland neveu de Charlemagne en leur donnant un de ses gands.

                                        L’Eglise de Lisbonne, a une barque, sur la proue & la poupe de laquelle sont deux corbeaux en mémoire de la barque qui y porta miraculeusement le corps de S. Vincent depuis le cap qui a encore aujourd’hui le nom de ce Saint & qui anciennement se nommoit le promontoire sacré des Algarves.D. Alonse Enriqués premier Roi de Portugal mit ce sacré depôt dans l’Eglise Cathedrale, qui en fit ses armoiries aussi bien que la Ville de Lisbonne

                                        En memoria de la nave que año 1173. milagrosamente conduxo el divino cuerpo de san Vincente Martir Patron suyo des de el cabo affi dicho, antiguamente promontorio sacro del Argarve, colocada en la Catedral por el primero Re; D. Alonso Enriquez” dit l’Historien.

                                        II y a plusieurs Eglises, & Chapitres qui portent à cause des Reliques insignes qu’elles ont, des armoiries qui ont rapport à ces Reliques. L’Eglise de Compostelle a pour armoiries le sépulcre de S. Jacques, dont elle pretend avoir le corps.

                                        Des Ordres Religieux.

                                        Il y a plusieurs sortes d’Ordres Religieux, des Anacoretes, des Moines, des Mendians, des Chevaliers ou Ordres Militaires, des Hospitaliers, des Clercs Réguliers.

                                        • Les Chartreux qui sont Anacoretes & Solitaires, pour montrer qu’ils croient crucifiez au monde, & que le monde leur étoit crucifié, ont pris un globe ceintré qui represente le monde & une croix au-dessus.
                                        • Les Carmes, & les Dominiquains portent un chapé de deux couleurs de leurs habits.
                                        • L’Ordre de S. François, deux bras croisez l’un de J. C. nud & celui de S. François vêtu, tous deux avec les Stigmates aux mains.
                                        • La Congregation de S. Maur. des Religieux Benedictins, le mot Pax dans une couronne d’épines, parce que Saint Benoît leur Fondateur appaisa une tentation violente dont il étoit pressé, en se roulant tout nud sur les épines.
                                        • Les Camaldules, qui sont Anacoretes comme les Chartreux, ont retenu une vision de S. Romuald leur Fondateur, qui vit ses Religieux comme des colombes qui beuvoient dans un Calice.
                                        • Les Ordres militaires de Chevaliers ayant été instituez pour les Croisades & pour la défense des Lieux saints, ont porté des croix différentes. Les Templiers une croix noire sur leur habit blanc. Ceux de S. Jean de Jérusalem la croix de S. Jean-Baptiste ou de la banderole de l’Agnau Paschal d’argent sur gueules. Ceux de S. Maurice, la croix treflée que l’on appelle de Saint Maurice.
                                        • Les Religieux de S. Antoine anciens Hospitaliers des Invalides, une crosse ou bequille changée depuis en un tau ou croix potencée.
                                        • Les Théatins Clercs réguliers, une croix du Calvaire sur trois monticules, pour avoir commencé leur Congregation le jour de l’Exaltation sainte Croix.
                                        • Les Peres Minimes ont retenu le mot Charitas, distingué par ses trois syllabes l’une sur l’autre dans un écu rayonant , comme un Ange le donna ou le fit voir à S. François de Paule leur Fondateur.
                                        • Les Chevaliers du S. Sepulchre, des Croix de Jerusalem, marques de leut pelerinage.
                                        • Les Confreries ont aussi leurs armoiries. Celle du S. Sacrement a la figure d’une hostie sur un calice, & nous voyons aux processions de la Fête- Dieu cette armoirie attachée aux Flambeaux des Confreres, & aux grandes torches qui se portent en cette ceremonie. Les Penitens du Crucifix ont la figure d’un crucifix. Ceux du Confalon portent une croix patée de deux couleurs.
                                        • La Confrerie de la Trinité, a l’image de la Trinité, & parce que le College de Lyon fut fondé des deniers & des biens de cette Confrerie établie dans l’Eglise de saint Nizier à Lyon, & appliquez à la fondation de ce College par le Roi François I. qui ordonna que les biens des Confreries du Royaume, qui étoient mal administrez fussent convertis à d’autres usages utiles au Public, comme sont les Hôpitaux & les Colleges, Symphorien Champier gentilhomme Lionnois, habile Medecin, & l’un des Consuls de la Ville de Lyon fit faire cette Fondation, dont le College a retenu le nom de College de la Trinité, & pour ses armoiries, l’Image du Mystere de la Trinité que l’on met à la tête des Placards, des Theses, des Harangues, des Enigmes & autres compositions qui se sont en ce College pour les exercices scholastiques.

                                        Des Nations qui font Corps.

                                        Les Corps des Nations qui trafiquent dans les païs étrangers, retiennent ordinairement pour leurs marques les armoiries de leurs Païs. Ainsi la Nation Allemande qui trafiquoit dans Lyon avoit l’Aigle à deux têtes de l’Empire pour ses armoiries. Les Florentins la fleur-de-lys de Florence. Les Genois, la, Croix de saint George. Les Parisiens, les armoiries de la Ville de Paris. Les Venitiens, le Lion de saint Marc. Les Portugais, les armoiries de Portugal. Les Luquois, les armoiries de leur Republique, du mot Itbertas sur une bande.

                                        Les quatre Nations des Arts dans l’Université de Paris font la même chose, l’Allemande, a l’Aigle , celle de France les Fleurs-de-lys, de Normandie les deux Leopards, & de Picardie les trois Lionceaux.

                                        Toutes les Nations qui trafiquent sur les Mers, ont aussi leurs pavillons particuliers qui les distinguent, & aux quels on les reconnoît.

                                        Quelques Communautez jalouses de leur liberté en ont fait leur devise, pour témoigner qu’elles étoient prêtes de tout sacrifier pour un gage si precieux.

                                        La Republique de Luques, qui a scû la conserver dans un état de peu d’étendue au milieu d’autres peuples qui ont souvent changé de Maîtres, en a fait sa devise propre, portant ce mot Libertas en caracteres d’or sur une bande. La Republique de Genes l’a aussi ajouté à ses anciennes armoiries, & quelques Historiens d’Italie ont remarqué que quand Louis Duc de Baviere se fut fait Empereur & fut entré en Italie, la Ville de Florence & quelques autres crierent à la liberté, & mirent ce mot dans leurs Etendars, même des Villes de l’Etat Ecclesiastique qui vouloient secouer le joug, & se tenir neutres entre les Guelfes & les Gibelins, dont les uns favorisoient le parti du Pape & de l’Eglise, & les autres celui de l’Empereur.

                                        Ainsi plusieurs causes differentes ont concouru à former les armoiries des Villes. Quelques-unes les ont par concession des Souverains pour récompense de leur fidélité.

                                        Plusieurs Villes du Royaume ont un chef de fleurs-de-lys par concession de nos Rois. Le Roi Charles V. n’étant encore que Dauphin, mais Regent du Royaume, pendant la prison du Roi Jean son pere pris par les Anglois en la bataille de Poitiers, donna à la Ville de Pesenas en Languedoc, qui lui avoit été fidèle, un quartier des armoiries du Dauphiné.

                                        La Ville de Madrid, qui est le Siege des Rois d’Espagne, a des armoiries triplement parlantes. Elle porte d’argent à un ours au naturel rampant contre un Amandier de sinople qui se nomme en Espagnol Madrono, avec une bordure d’azur chargée de sept étoiles d’or, qui sont les étoiles de la constellation de l’ourse celeste, dite en Latin Carpentum, & par le vulgaire nommée le Chariot, parce qu’elle en a la figure. Ce qui faisoit allusion à l’ancien mot latin de Madrid appelle Mantua Carpentanorum ou Carpentanea. L’ Auteur de la poblation de España, dit las fiete estrellas constellacion dicha carro, que alude a giroglifico de la orla. Cette Ville prend en ses titres la qualité de très-ancienne, noble & couronnée Ville de Madrid, Siege des Rois Catholiques, depuis que Charles – Quint lui donna ces titres d’honneur avee permission de mettre la couronne Royale sur ses Armoiries. “La muy antiqua noble y coronala Villa de Madrid silla de losCatholicos Reyes traë escudo timbrado de corona merced de Carlos – Quinto iunto con el appellido coronada.”

                                        La Ville de Tolede qui avoit anciennement pour armoiries deux mondes & deux étoiles, porte à present la figure d’un Empereur assis sur un trône avec l’épée nuë en une main & un globe imperial en l’autre, & se nomme la Imperial Toledo.

                                        Quelques unes ont affecté de se distinguer par les choses dont elles abondent. Bourges en Berri, pais abondant en troupeaux de moutons, en porte trois. OuIIioules en Provence, près de Toulon, Pais rempli d’Oliviers, en porte un. La Ville de Vienne en Dauphine, a pour armoiries un grand Orme qui étoit autrefois en une de ses places publiques, sur lequel elle met une Hostie avec un Calice, parce que la Fête du saint Sacrement y fut instituée au tems d’un Concile, & met autour ces mots: Vienne Ovitas Sancta.

                                        Quelques Pais ont retenu les marques de leurs inventions, & de leurs découvertes. La Principauté d’Amalfì où fut trouvée l’invention de la Boussole en a pris une.

                                        Les armoiries équivoques aux noms des Provinces, des Villes & des Communautez sont des plus frequentes, les Royaumes de Leon, de Castille, de Galice ont un lion, un Château & un calice ou coupe couverte; la Ville de Retel trois têtes de rateaux: Turin un taureau: Horn en Hollande un cornet. La Ville de Rheims qui s’écrivoit Rains, ou Raim, un rameau ou branche d’arbre.

                                        Les Villes Maritimes ont pris des vaisseaux, des poissons, des ports, des phares & des instrumens de navigation, de pêsche & de marine. Dieppe un Vaisseau: Dunkerque un dauphin : Enchuse des harencs.

                                        Le Païs de Queici donc Cahors est est la Capitale, située sur une riviere, porte de gueules au pont à cinq arches d’argent sur une riviere d’azur, des tours élevées sur le pont, & chacune surmon tée d’une fleur-de-lys d’or.

                                        Chastillon sur Seine en Bourgogne, porte de gueules au château à quatre tours crenelées d’argent, massonnées de sable.

                                        Semur en Auxois, d’azur à la tour d’argent chargée d’un petit écusson de Bourgogne ancien; c’est son ancienne tour.

                                        Plusieurs Villes en Hollande ont des paux, des faces & des bandes pour marquer leurs canaux, des sautoirs pour representer leurs digues.

                                        Si nous recherchons les causes de ces marques de distinction que les Communautez ont choisies, je veux dire du choix qu’elles ont fait de certaines figures, nous en trouverons autant de differentes que j’en ai remarqué autresois, à l’égard des armoiries de la, Noblesse. Car il y en a qui sont des concessions des Princes 8c des Souverains. Comme celles de la Ville du Havre de Grace,-qui sont une salemandre & des fleurs-de-lys, parce que François I. ayant donné à cette Ville naissante les droits de communauté, lui donna en même – tems sa devise de la salamandre, & les fleurs-de-lys.

                                        Les Païs de bois, de forêts, de montagnes ont des arbres, des animaux sauvages, des montagnes, des rochers, la Ville de Pignerol bâtie en un pars de Montagnes couvertes des Pins qui lui ont donné son nom, en a un pour support de ses armoiries d’argent à trois fasces de sable attachées à un pin. La Ville de Vannes en Bretagne à cause du Château de l’hermine, & de la devise de ses anciens Ducs, porte de gueules à une hermine au naturel, accolé d’un mantelet d’hermine doublé d’or voltigeant sur son corps.

                                        Les Villes qui portent les noms de quelques Saints, ou qui en ont les Reliques, ou des Eglises Cathedrales qui leur sont dediées t ou à quelques-uns de nos Misteres, en ont retenu les marques, les simboles, les instrumens de leur martire, ou d’autres signes qui en marquent les emplois, les miracles, la Sainteté. S. Quentin en Picardie a le bust de ce saint Martyr avec deux gros cloux sur ses épaules instrumens de son Martire. L’Abbaye de S. Benigne de Dijon, deux lances d’or en sautoir la pointe ou fer d’argent, surmontées d’un madrier, instrumens du Martire de ce Saint.

                                        L’ Abbaye de saint Denis en France, porte un clou de la Passion entre trois fleurs-de-lys, parce qu’elle a une partie de l’un de ces cloux. Saulieu en Bourgogne, une épée, dont S. Andoque son Patron fut décolé. La Ville de Lima au Perou, dont les Espagnols se mirent en possession le jour de l’Epiphanie ou des Rois, trois couronnes & l’étoile qui conduisit ces Mages. S. Jean de Maurienne, un bras de S. Jean – Baptiste, dont elle a un des doigts. Le Chapitre de Besançon de S. Jean & de S. Etienne, l’aigle du simbole de l’Evangeliste & un bras des Reliques du Martir. Venise qui est sous la protection de saint Marc, le lion aîlé, simbole de cet Evangeliste.

                                        Plusieurs Villes ont pris une croix pour leurs armoiries pour diverses raisons. Les Villes maritimes, parce qu’elles la portent en leurs pavillons de Vaisseaux. Marseille a une croix d’argent sur azur; Toulon une croix d’or. Quoique la Ville d’Ambrun ne soit pas Ville Maritime, toutefois parce qu’elle est la Capitale des Alpes Maritimes, elle a les mêmes armoiries que Marseille.

                                        Une autre raison de ces croix sont les guerres que les Villes d’Italie se faisoient les unes contre les autres durant, les factions des Guelfes & des Gibelins, celles qui étoient des Guelfes & qui tenoient pour le Pape, regardoient ces guerres comme une espece de Guerres saintes, parce que les Papes publierent des croisades contre celles qui tenoient pour les Empereurs. Elles avoient des chariots tirez par des bœufs, sur lesquels étoit élevé un grand mât, auquel étoit attaché le Pavillon ou l’Etendard de la Ville, autour duquel toutes les troupes se rangeoient & se rallioient, parce que quand ce char étoit pris, on se tenoit pour vaincu.

                                        Les portugais, les Espagnols & les Hollandois ont donné des armoiries aux Provinces, aux Villes, aux habitations & aux compagnies qu’ils ont dressées pour le Commerce des Indes. Les Isles Canaries ont une mer & cinq Isles, trois mouvantes du flanc senestre de l’écu, & deux du flanc senestre en Opposition ou échiquer.

                                        Les Isles Orientales ont un vaisseau entre deux colonnes avec ce mot plus ultra, sur le vaisseau dans un liston volant entrelassé aux colonnes, & un petit écusson de Castille & de Leon en chef. Les Isles Occidentales un coupé de…. à la Sphere d’or sur les armoiries de Portugal.

                                        Quelques Empereurs, quelques Rois de Dannemarck & quelques Rois de Suede ont mis dans leurs sceaux & dans leurs monnoyes un cercle des armoiries de leurs Provinces, ou de leurs Villes principales autour de leurs armoiries. Et dans leurs funerailles ou a coutume de porter autant de bannieres differentes, qu’ils ont de Royaumes, de Provinces, & de grands fiefs. Cela s’est pratiqué pour les Ducs de Lorraine, comme on peut voir en la relation des Funerailles de Charles II. Duc de Lorraine.

                                        Ce sont ces armoiries de Communautez que les Herauts portent sur leurs cottes d’armes, avec les noms des Provinces, Etats, & cotnmunautez qu’ils representent.

                                        Les Chevaliers Tcutoniques mettent ordinairement les armoiries de Ieurs Maisons au milieu d’un écusson de celles de l’Ordre au cœur de la croix.

                                        Les Abbez en Allemagne accolent souvent à l’écu de leur Famille celui de leurs Abbayes. A quoi les Electeurs Ecclesiastiques ne manquent jamais pour celles de leurs Eglises qui sont la marque de leur dignité. Les Evêques Princes font aussi la même chose.

                                        La plupart des grandes Confreries font porter aux convois funebres des Confreres, des flambeaux avec des écussons ou cartouches des armoiries de la Confrerie.

                                        Nos Parlemens n’ont d’autres armoiries que celle du Roi, qu’ils sont mettre dans leurs placards, dont ils scellent leurs Arrêts, & qu’on voit dans leurs jettons, où ils ajoutent seulement quelques legendes differentes, aussi bien que les Chambres desComptes, le grand Conseil, & quelques Cours subalternes.

                                        La Chambre des Communes du Parlement d’Angleterre a ses armoiries d’une masse & d’une clef. Les Conseils d’Espagne ont les leurs, celui de l’Inquisition a une croix avec une branche de laurier d’un côté & une épée de l’autre.

                                        Celui de la Cruzada une croix potencée & une bordure. Celui des Indes les deux colonnes de la devise de Charles Quint sur une mer avec un vaisseau entre-deux & ces mots plus ultra, un petit écusson de Castille & de Leon au-dessus.

                                        Les Armoiries desCommunautez accolées & écartelées.

                                        Comme plusieurs Communautez Ecclesiastiques & Séculieres ont des Chefs, des Seigneurs, & des Souverains qui les gouvernent, plusieurs de ces Chefs, de ces Seigneurs & même de ces Souverains sont gloire de joindre aux armoiries de leurs Maisons celles de ces Communautez pour marquer leur superiorité. Tous les Rois-Electifs le pratiquent ainsi, parce que les Royaumes auxquels ils sont appellez ont leurs armoiries propres, sur lesquelles ils placent celles de leurs Maisons. Ainsi Henri de Valois étant Roi de Pologne mit les armoiries de France en cœur de l’Aigle de Pologne. Les Rois Sigismond, Uladiflas, Casimir, Michel Coributh, & Jean Sobieski ont fait la même chose. La Maison d’Autriche fait la même chose de ses armoiries qu’elle place sur l’estomac de l’aigle à deux têtes de l’empire.

                                        Nos Pairs Ecclesiastiques ont longtems écartelé leurs armoiries avec celles de leurs Eglises, ou Pairies.

                                        Quelques Cardinaux tirez des Ordres Religieux écartelent les armoiries de leurs Maisons, de celles de leur Ordre. Le Cardinal Bona qui avoit été Feuillant, écarteloit de celles de Cîteaux.

                                        Quelques autres Cardinaux de l’Ordre de S. François &de l’Ordre de S. Dominique, ont porté en chef sur leurs armoiries celles de leur Ordre.

                                        Les grands Maîtres de l’Ordre de S. Jean de Jerusalem écartelent des armoiries de l’Ordre, les Commandeurs les mettent en chef. Quelques Chanoines Reguliers de l’Abbaye de S. Victor de Paris, ont porté en chef les armoiries de l’Abbaye qui sont un Rai pometé & fleuronné.

                                        Les Comtes de Lyon sont servir de supports aux armoiries de leurs Maisons le lion & le grifon du Blason de leur Eglise.

                                        Fin de la Matiere