Description des armoiries représentées sur une taque

Un de mes lecteurs francophones, Frédéric Warzée, m’a demandé, de l’aider à déterminer les armoiries sur une taque, dont il est devenu propriétaire.

La taque semble dans un bon état, et l’armoirie est en principe assez facile à déchiffrer, il s’agit, des armoiries du royaume d’Espagne, car avec un peu d’exercice on reconnait le château de Castille, le lion de Léon, les pals d’Aragon, etc.
Si on connait un peu l’histoire du pays, il n’est pas étonnant de retrouver les armes du royaume d’Espagne dans la grande-région étant donné que du 16e jusqu’au début du 18e siècle, le roi d’Espagne était bel et bien le souverain des « pays bas espagnoles », c.à.d. la Belgique et le Luxembourg.

Si nous regardons les armoiries de l’état espagnol moderne, nous retrouvons certaines figures semblables à ceux sur notre taque que nous cherchons à identifier, tel que le château, le lion, les pals et la grenade), mais dans une autre composition, ensemble avec d’autres figures et champs que nous ne retrouvons pas sur la taque.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Armoiries_de_l%27Espagne
Les armes sont différentes, étant donné qu’elles viennent d’une autre époque!
En effet, nos armoiries sur la taque sont les armes de l’Espagne toute jeune, qui naquit de la fusion des anciens royaumes de la Castille et de l’Aragon, par le mariage de Ferdinand II d’Aragon dit le Catholique (1452-1516) et Isabelle reine de Castille (1451-1504) en date du 14 octobre 1469. En 1492, ce royaume réunit va conquérir la Grenade, dernière bastion des musulmans en Europe.. L’armoirie présente reflète cet historique de la constitution de l’Espagne. Mais regardons d’abord les éléments de l’écu.

La composition de l’écu

On voit très bien, que certains éléments se répètent. Les 2 traits rouges coupent l’écu en quatre parties égales, ce qu’on appelle en termes héraldiques un « écartelé ». Nous voyons, que les figures du quartier 1 sont les mêmes, que celles du 4, et ceux du 2 se répètent au 3.
Les quartiers 1 et 4 (rouge) sont de nouveau écartelés d’une tour et d’un lion (Marqué bleu). Le terme héraldique d’un écartelé d’un champ de l’écartelé est « contre-écartélé ».
Les quartiers 2 et 3 sont chaque fois parti d’un champ avec des pals (colonnes verticales) et un deuxième, écartelé en sautoir avec des également des pals et des aigles.
Tous ces différents champs représentent les anciens royaumes réunis dans le nouvel royaume d’Espagne. On peut qualifier l’armoirie d’«armoirie d’alliance». Je vais d’abord présenter ces royaumes:

Les armoiries des anciens royaumes espagnols

Ferdinand, le mari représentait la partie catalane de l’alliance. Son royaume s’appelait Aragon dont les armes étaient les suivantes:

d’or à quatre pals de gueules.

Ferdinand était aussi roi de la Sicile, pour laquelle les rois d’Aragon adopteront les armes suivantes:

Écartelé en sautoir d’or à quatre pals de gueules, flanqué d’argent à l’aigle de sable.

cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_rois_de_Sicile et https://fr.wikipedia.org/wiki/Couronne_d’Aragon
Isabelle était la reine d’un royaume en Espagne centrale s’appelant « Castille et Léon », qui était issu d’une fusion des deux royaumes de Castille et de Léon en 1230.

De gueules au château d’or sommé de trois tours, fermé d’azur et maçonné de sable.

Ce sont des « armes parlantes » (castillia=château en espagnol)
Dr. Loutsch a remarqué : «

Se représente malheureusement le plus souvent comme une tour ouverte dans les armes de la branche autrichienne

»… voir notre taque considérée.

D’argent au lion de gueules, armé, lampassé et couronné d’or.

concernant cette armoirie, Dr. Loutsch a remarqué au’à l’origine, le lion était de pourpre.

On remarque que c’est de nouveau le cas dans les armes modernes, ou on a choisi le pourpre comme émail pour le lion.
Ce sont aussi des « armes parlantes »

Une des techniques pour créer une armoirie d’alliance, est d’écarteler les armoiries des deux partenaires. Ainsi Isabelle portait un écartelé de Castille et de Léon en tant que reine de son royaume de départ.
Au 1ier et au 4e quartier, on va retrouvera toujours les armes du partenaire de l’alliance, qui est le plus puissant, en général c’est le mari. Comme nous pouvons le constater, dans notre exemple, c’était bien la femme qui tenait la partie la plus importante du royaume commun: la Castille. Il semble que Ferdinand, qui était le véritable roi, a respecté ce fait dans les armoiries, même après le décès de sa femme : Castille et Léon au 1 et 4.

Comme nous venons de voir l’état régis par le couple royale catholique va conquérir un territoire commun, qui intégra par le moyen de l« enté en pointe » dans les armoiries du nouveau état : la Grenade (5) :

D’argent à la grenade de gueules, tigée et feuillée de sinople.

De nouveau, nous voilà devant des armes parlantes. J’estime que les armoiries ont été crées après la conquista. L’héraldique n’était pas de coutume chez les musulmans.

Conclusion

Les armoiries des rois d’Espagne vont encore changer plusieurs fois plus tard, quand les espagnols auront conquis d’autres territoires. Peut-on donc en conclure qu’il s’agit des armes d’Isabelle et de Ferdinand, et donc d’un travail du début die XVI siècle ? Non, pas forcément!
A mon avis, ce sont les armes d’Espagne et la taque date de l’époque espagnole, mais dans une version simplifié des armes royales (tour au lieu d’un château, le lion n’est pas couronné, etc.), peut-être parce-que l’art métallurgique d’antan exigeait des formes plus simple.
On pourrait envisager de faire des recherches dans les catalogues et inventaires des taques connus, voir si cette taque ou pareil y figureait.
Mais, en général pour les taques, seulement une analyse métallurgique peut clarifier son origine.

La taque est en tout cas très belle.

Voir aussi

  • Catalogue des taques de cheminée de la collection Edouard Metz, Luxembourg 1979

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